‹ Magasin théâtralChapitre 386 sur 1377 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

YAQOUB, BÉRENGÈRE, soulevant la tapisserie, et s' assurant qu'Yaqoub est seul.

BÉRENGÈRE

Yaqoub !

yaqoub, tressaillant et levant la tête.

Oh ! que vous êtes pâle t

Ce n'est rien... j'ai souffert...

YAQOUB.

Vous, souffrir !

BÉRENGÈRE

Pourquoi pas?

Chacun porte sa part des douleurs d'ici-bas.

YAQOUB.

Vous n'avez pas dormi?

BÉRENGÈRE

Non... Mais vous, comme une ombre, Je vous ai vu debout ; quoique la nuit fut sombre, Je vous ai reconnu : qu'est-ce que vous faisiez?

YAQOUB.

Ce qu'hier je faisais, mais hier vous dormiez Et ne m'avez pas vu. ..Combien de fois, madame, Comme un cerf aux abois, etqui pleure et qui brame, N'ai-je pas cependant passé mes longues nuits Au même endroit, avec des sanglots et des cris, Suivant sur vos vitraux une ombre passagère, Et frappantma poitrine en disant : « Bérengère !.. »

BÉRENGÈRE

Etpourquoi, dans vospleurs et dans votre abandon, Chercher des yeux mon ombre et prononcer mon

[nom?

YAQOUB.

Pourquoi le matelot, dans une nuit sans voile, Fixe-t-il ses regards sur une seule étoile? Pourquoi prononce-t-il, entre ses dents froissé, Un nom qu'il a déjà mille fois prononcé?... C'est que , sans espoir même , il est doux de se

[ plaindre j

C'est qu'il sait bien qu'aux cicux son bras he peut

[ atteindre; Mais que, si bas qa'i'. est, sur cette étoile d'or 11 peut du moins mourir les yeux fixés encor.

BÉRENGÈRE

Oui, je comprends, Yaqoub: dans la fond de votre

[ ame, A tous les yeux cachée, il existe une flamme... Sans doute, aux bords du Nil, pendant vos pre-

[ miers jours Une voix vous promit d'éternelles amours; Et vous, dans votre cœur, comme en un sanctuaire, Enfermant les accens de cette voix si chère, Vous lesavez gardés. . . et dans l'ombre, sans bruits, C'est elle qui vous vient parler toutes les nuits... Et peut-être ma voix, à la sienne étrangère, Lui ressemble pourtant...

YAQOUB.

C'est cela, Bérengère!...

Amèrement.

Vous avez deviné.

BÉRENGÈRE

Mais vous, à votre tour, Yaqoub, vous avez dû lui promettre en retour...

YAQOUB.

Moi, je n'ai rien promis...

Regardant fixement Bérengère.

Mais je pourrais promettre Ce qu'on demanderait avec sa voix...

BÉRENGÈRE

Peut-être Qu'on demanderait trop, et qu'alors...

YAQOUB.

Écoutez.

Si cette voix me dit: Ou restez ou partez, Soyez triste ou joyeux, frappez ou faites grâce, Soit que la voix me prie ou qu'elle me menace, Tout ses ordres seront aussi bien observés Qu'un mot le fut hier quand elle a dit: « Vivez! »

BÉRENGÈRE

Et qu'exigeriez-vous pourtant d'obéissance?

YAQOUB.

Qu'exiger de celui qui nous lient en puissance?... Je n'exigerais rien, j'attendrais à genoux Qu'elle me dit: « C'est bien. Maintenant levez-,

[ vous, f

BÉRENGÈRE

Si, plus juste pourtant, de sa foi qu'elle engage A son tour en vos mains elle laissait un gage...

VAQOUB.

A moi?... Vous avez dit un gage de sa foi?...

Oh ! vous raillez, madame... ayez pitié de moi !... bérengère, laissant tomber son gant.

Ramassez-moi ce gant.

Pendant que Yaqoub est baissé Bérengère laisse tomber la tapisserie et ferme son appartement. Au même instant le roi et Agnès paraissent sur la porte opposée.

yaqoub, se relevant.

Le voici...

Regardant et cliercliant en vain Bérengère.

Ciel et terre, Disparue!... A l'instant elle était... Bérengère!. ..,

Bérengèrct... Ce gant, entre mes mains laissé...

Il le baise avec transport.. Il aperçoit le roi et Agnès.

Elle a craint qu'on la vit; voilà tout... Insensé !...

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