‹ Magasin théâtralChapitre 415 sur 1377 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Le mabquis de POLLA, le comte de SASSANE,

LE DUC D' ALBANO, TROIS HUISSIERS avec des portefeuilles.

ALBANO

Messieurs , je méditais quelque chose de gr and ; Je vous en ferai part.

POLLA.

Tenez ; moi , je suis franc :

Sassane , et vous , cher duc , pardon si je vous blesse, Mais vous travaillez trop, vous travaillez sans ce^se ; Vous vous sacrifiez.

SASSANE, au duc d'Albano.

Pour vous c'est dangereux ; In esprit créateur est un don malheureux.

ALBANO

Je m'immole , c'est vrai ; mais j'ai droit de le dire, Votre exemple m'y force.

SASSANE, lui serrant la main.

Union que j 'admire !

POLLA.

Sans jamais se fâcher c'est un rare bonheur Que de se dire ainsi ce qu'on a sur le cœur.

SASSANE. Il fait signe aux huissiers de se retirer. Asseyons-nous, messieurs. La circonstance est telle Que sur l'État , le trône , ainsi que la tutelle , Dont les trois intérêts semblent se compliquer. J'ai des réflexions à vous communiquer.

Par nos grands aperçus, notre sagesse active, Nous sommes du pouvoir l'âme administrative ; (Montrant Polla.)

Soit qu'un esprit sans borne en sa capacité Combatte sur la carte ou prépare un traité ,

Se tournant vers Albano.

Soit que, par des impôts, un soin prudent tempère L'essor commercial devenu trop prospère, Soit qu'une politique ignorée au dehors , Ébranle l'Italie en cachant ses ressorts-

LA PRINCESSE ÀUKELIE. ACTE II

SASSANE- Ce malheur est prochain :à sa majorité, La princesse de droit reprend l'autorité, Règne, et sur les débris d'un pouvoir qu'elle brise Place un prince inconnu de Toscane, de Pise , De Ferrare ou de Lucque; enfin je vous apprends Que le duc de Modène est déjà sur les rangs.

ALBANO

Gagnons l'ambassadeur !

POLLA.

Mais, pour Dieu ! point de guerre!

SASSANE.

Le fer qui tranche tout n'est qu'un moyen vulgaire : Alexandre le Grand me plaît sous un rapport ; Mais comme diplomate il s'est fait bien du tort. Ne tranchons pas le nœud : qu'une manœuvre habile Le forme a notre gré pour nous le rendre utile. La princesse, messieurs, nous estime tous trois, Nous aime : unissons-nous pour diriger son choix , Non sur un étranger qui , fier du diadème , Se mettrait dans l'esprit de gouverner lui-même: 11 faudrait dans sa cour choisir un souverain , Un roi digne de l'être , un roi de notre main , Noble comme... nous trois.

POLLA.

D'accord.

ALBANO

C'est sans réplique.

Grand adminisl rateur...

SASSANE.

Ou profond politique.

rOLLA.

Ou capitaine habile.

SASSANE.

Et qui nous conservât ; Car avant tout , messieurs , l'intérêt de l'État !

POLLA.

Eh bien ! je vais au fait : à quoi bon le mystère? 11 est temps de parler en loyal militaire. Je vois qu'aucun de nous ne veut penser à lui : Pourquoi ? Qu'un de nous règne, et son royal appui Préserve ses rivaux d'une double disgrâce ; Vous restez , nous restons , et tout reste â sa place.

Alors, cherchons A plaire ; et pour moi je promets Qu'au choix de Son Altesse en tout je nie soumets.

ALBANO

Faisons-nous par nos soins des droits à la couronne , Sans nous nuire entre nous, et sans nuire â personne.

POLLA.

M'en préserve le ciel ! Pourtanl , sans intriguer, Tous trois contre Modène il faudra nous liguer.

SASSANE.

La vérité suffit en pareille matière , Et je veux au conseil la dire tout entière. Appuyez-moi.

ALBANO

C'est bien.

SASSANE, à AII.au..

Mais votre cher neveu Est un témoin gênant.

POLLA.

Je l'embarque , morbleu !

Je veux humilier la puissance ottomane; Et voici quatre mois que la flotte est en panne. Qu'elle parte: au conseil appuyez mon projet.

SASSANE.

Vous y pouvez compter.

ALBANO

Moi , sur un autre objet , J'y réclame à mon tour votre utile assistance.

SASSANE.

( Ils se lèvent. ) Vous l'aurez. Ainsi donc tout est réglé d'avance.

POLLA.

Arrêtez : nous savons ce que vaut un serment. Jurons donc d'accomplir ce saint engagement , En conservant chacun dans ses prérogatives, Titres , pouvoirs , emplois , dignités respectives.

ALBANO

Et traitemens, messieurs !

SASSANE.

En un mot, jurons tous De forcer nos neveux à redire après nous Que trois rivaux d'amour...

POLLA.

De gloire...

ALBANO

De fortune...

SASSANE.

En disputant le trône ont fut cause commune, Pour se le partager, sans regret , sans débat , Et dans un but sacré :

TOUS TROIS , étendant la main pour jurer. L'intérêt de l'État.

(Us sortent)

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