SCENE XVIII
Les Mêmes, cn Envoyé du grand-dcc et decx Pages, dont l'importe un coussin de velours sur l< quel est placé le laurier d'or.
l"envo\'É. Le grand-duc accorde le laurier d'or à Rolla, et lui donne une année pour faire une autre statue.
LÉONOR, couronnant Rolla. Rolla, Rolla, ranime-toi. C'est le laurier de Raphaël et de Peu arque !
MICHEL-ANGE. C'est le laurier de Virgile ; il n'ombragera qu'un tombeau !
T out le monde s'tgenouille.
FIN
IMPRIMER!* DE Ve DONDEY-DUPRÉ , RUE SàJKT-LoUIS, 46, AU MARAIS.
Les conclusions de ce draine ayant été diversement appréciées, j'avais résolu de donner quelques explications sur l'individualité de mon personnage principal. On lui a reproché de rappeler Pygmalion et le Tasse : ce ne sont point ces ressemblances que je voulais contester. Elles devaient exister dans ma pièce, puisque Rolla est un type sur lequel j'ai essayé de rassembler toutes les souffrances et toutes les joies qui peuvent se presser dans une existence d'artiste. Il ressemble à Pygmalion, au Tasse et à beaucoup d'autres : Corrége, par exemple, Torrégiano, André Chénier.
Mais ces figures héroïques, ces noms rayonnans appartiennent à tout le monde, et je ne vois dans aucune littérature un poète qui s'en soit à tout jamais emparé par l'autorité du génie. J'avais droit de leur emprunter tout ce qui pouvait mettre en saillie la physionomie de mon héros : comme Praxitèle fit poser devant lui toutes les femmes célèbres de la Grèce pour composer saVénus, je me suis servi de tous les artistes pour composer mon artiste. lien est un cependant auquel je ne pouvais toucher : c'est celui qui a donné son nom à un drame joué naguère au Théâtre-Français, et dont la représentation n'a peut-être excité nulle part autant de sympathies que dans mon cœur. Celui-là appartient au poète qui l'a ressuscité, comme Phèdre appartient à Racine, Cinna à Corneille, Othello à Shakespeare. L'auteur du drame dont je veux parler est assurément un de ceux qu'on peut être fier d'imiter, et je me ferais gloire d'être son élève ; mais ici l'imitation aurait ressemblé de trop près au plagiat. Il m'a paru que je ne pouvais laisser passer sans réponse l'imputation qui tendait à faire considérer mon drame comme une réminiscence de Chatterton; j'allais essayer d'indiquer les différences radicales qui existent entre les deux pièces , quand le National du 26 juin est arrivé sous mes yeux. Cette question y est traitée avec autant de précision que de sagacité, et les moindres nuances du caractère de Rolla y sont expliquées beaucoup mieux que je n'aurais pu faire. Je vais donc copier le journal, en remerciant l'ami inconnu qui m'épargne un travail difficile.
« Des critiques ont voulu réduire Rolla aux exigences de la raison exacte et du bon » sens pratique. Rolla ne serait point dramatique à ces conditions-là , s'il n'avait pas » l'aine troublée de ces mille susceptibilités, de toutes ces petites blessures douloureuses » et irritables, qui saignent goutte à goutte, et intérieurement dans les hommes d'ima~ » gination, dans les grands artistes et dans les poètes. Rolla n'est point un fou de vanité » et d'orgueil, comme on l'a dit; il veut de la gloire ; cela est légitime; mais il est ti-
» mide devant elle, niais il en a peur, et s'il dérobe ses travaux aux yeux de tocs, c'est » qu'il ne croit jamais avoir assez bien fait pour la mériter. Il n,y a que les amouis-pro- » près comme on en voit tant et les vanités grossières qui sejjettent brutalement en pâture » aux premiers venus. Rolla ne ressemble pas non plus à Chatterton ; il n'en a point la ■' mélancolie sans remède et l'intraitable désespoir. Rolla ne demande qu'à vivre, et il » vend des statuettes au juif Salomon , ce que ne ferait pas Chatterton : Rolla travaille ; • Chatterton reste immobile dans ses souffrances et son désespoir contemplatifs. Rolla » ne brise point sa statue comme Chatterton brûle ses vers, par un pur accès d'exalta- " tion désespérée; Rolla sacrifie son œuvre à sa maîtresse, sa gloire à un sentiment de » loyauté et de reconnaissance... Il n'y a pas enfin de pensée de suicide à côté de Rolla, >■ et le Chef-fïOEuore Inconnu ne contient pas le danger de cette fatale contagion. Rolla » renaîtrait et revivrait volontiers pour souffrir encore et recommencer un chef-d'œuvre, » si ses forces physiques n'étaient pas vaincues. »
Maintenant j'acquitte un devoir sacré de reconnaissance, en faisant hommage de mon succèsaux admirables artistes qui l'ont assuré. Je ne veux point leur parler de leur talent : qu'est-ce que je leur dirais de nouveau? Leurs noms sont écrits en tète de ma pièce :cesont les premiers de notre première scène. J'aime mieux signaler à la reconnaissance sympathique de tous les jeunes gens l'empressement généreux qu'ils ont mis à accepter L'ambitieuse distribution d'un jeune homme qui se présentait à eux, pour la première fois, avecun drame de si petites proportions Ceci servira à faire apprécier leur cœur par tous
ceux qui n'avaient encore apprécié que leur talent.
P. S. La picce est imprimée lelle que je l'ai écrite ; mais des coupures ont été jugées nécessaires à la représentation : ces coupures sont indiquées par des guillemets. Messieurs les directeurs de province qui monteront l'ouvrage sontin\ités a en profitai