‹ Magasin théâtralChapitre 442 sur 1377 · LES TROIS RÉGENS · texte numérisé non relu

LES TROIS RÉGENS

Le comle !

POLICASTRO

O bonheur !

ALPHONSE, s'élançant au pied du Irônc

La surprise!...

La joie ! est-il possible !

POLLA, àAurélie.

Excuse/, ma franchise; Mais veuillez consulter l'acte signé par nous. AURÉLIE.

Je Le connais.

ALPHONSE

O ciel !

AURÉLIE

Que me demandiez- vous!

( ASassane.) Pouvez-vous contester l'éclat de sa naissance?

(APolla.) JN'a-t-il pas dans les camps signalé sa vaillance ? Marquis, votre suffrage est ici d'un grand poids. Oui plus tpie vous tantôt m'a vanté ses exploits? Le docteur a soigné sa dernière blessure.

POLICASTRO

Presque mortelle! ô Dieu ! c'est ma plus belle cure. ( Avec effusiou. )

J'ai'donc sauvé mon roi !

AUREUE. — ACTE V.

M RELIE, aux n

Messieurs, le souvenu D'un dévouement si beau vivra dans l'avenir. Kl je veux qu'après vous nos annales fidèles Aux ministres futurs vous citent pour modèles.

SASSANE,â Aurélie.

Madame, en vous quittant j'avais tout découvert; Forcé de vous tromper, messieurs, j'en ai souffert, Mais d'un si noble choix l'excuse est sans réplique. (A Béatrix.

Comtesse, vous voyez dans quel but politique. A la feinte avec vous contraint de recourir...

BÉATRIX

Je n'ai pas, monseigneur, de trône à vous offrir.

ALPHONSE, tombant aux pieds de la princesse. J'en reçois un de vous; mais vous savez, madame, Si l'éclat des grandeurs avait séduit mon âme.

Alphonse, levez-vous. Prince, je vous remets Un sceptre que vous seul porterez désormais. Prenez : c'est sans regret que je vous l'abandonne ; Mais laissez-moi vous dire à quel prix je le donne. Vous allez commander à des sujets nombreux ; Ne régnez pas pour vous, prince, régnez pour eux. Cherchez la vérité , f ùt-elle impitoyable , Ou faites-vous aimer pour vous la rendre aimable. Aux lois, reines de tous, soumettez le pouvoir; Soyez grand, s'il se peut; juste, c'est un devoir. Soyez bon: la grandeur y gagne quelque chose. Régnez donc, et des soins que l'État vous impose, Quand le bonheur public n'exigera plus rien, S'il vous reste un moment, vous penserez au mien,

EXAMEN CRITIQUE

DE LA PRINCESSE AURÉLIE

PAR M. DUV1QUET.

De tous les ouvrages dramatiques de M. Casimir Delavigne, la Princesse Aurélie est celui qui a obtenu le moins de représentations ; ce qui ne veut pas dire qu'il ait eu à la représentation moins de succès que les autres , mais seulement que le succès a été moins soutenu , moins retentissant de vogue, moins brillant d'affluence, qu'il a trouvé moins de défenseurs dans ce grand nombre d'écrivains qui se constituent du jour au jour les distributeurs de la renommée littéraire et de la gloire théâtrale. Si le mérite d'une comédie dépendait des jugemens portés sur sa première représentation , de la foule plus ou moins nombreuse qui se presse aux représentations suivantes ; si le temps et la réflexion ne faisaient pas justice de ces arrêts précipités et enlevés à la légèreté rapide d'une composition de quelques heures, ainsi qu'à l'influence inévitable des souvenirs de la veille, il y aurait plus d'un siècle et demi que le Misanthrope et Britannicus seraient bannis de la scène française. Il suffirait de rappeler ce qui n'aura pas échappé dans son temps au sieur de Visé, que le chef-d'œuvre de Racine ne fut , dans sa nouveauté , représenté que trois fois , et que celui de Molière ne se soutint qu'à l'aide du bâton dont Sganarelle corrige avec délices les reproches de son impertinente moitié.

Qu'arrive-t-il ? Le temps marche , emportant avec lui les critiques éphémères. Ce qui est bon est bon et reste bon. Les imperfections, les fautes graves elles-mêmes passent par le crible du vieux Saturne, ou, comme la lie d'un vin généreux, tombent au fond du vase ; ce qui survit , ce qui surnage , n'en paraît que plus pur, plus naturel

et plus énergique. Telle est la condition de toutes les choses d'ici-bas. Dans le domaine de la matière comme dans celui de l'intelligence , il n'existe rien d'absolument parfait , rien sans mélange. On a reproché , non sans quelque raison , à Tartufe, l'invraisemblance fondamentale d'une donation que la présence de deux héritiers directs frappe de nullité; au Misanthrope, le vide, ou, si l'on veut, la faiblesse de l'action ; à Cinna, la mobilité du caractère principal et le démenti qui donne à l'exaltation de sa rage primitive l'adorable Furie ; à la tragédie de Phèdre, le sacrifice fait à un seul personnage de tous les personnages de la pièce ; à Andromaque , un intérêt double et divergent. Que n'a-t-on pas dit et de la marche languissante d'Eslher, et de la note fortement entachée de jésuitisme , communiquée au nom du grand prêtre Joad à la vieille Athalie ? Toutes ces critiques peuvent être fondées; pour le moment, je ne le sais ni ne m'en soucie. S'il me prenait jamais fantaisie de les réfuter, peut-être la tâche serait moins glorieuse que facile ; mais enfin , ces critiques existent ; elles ont cours ; elles ont occupé des esprits éclairés , mais prévenus , qui n'ont cessé de combattre, au profit de réputations naissantes, contre des réputations affermies par l'admiration de vingt siècles. Hé bien ! admettez la légitimité de ces critiques ; donnez le bon droit à ces censeurs désintéressés de nos immortelles productions; faites plus large encore , si vous l'osez , la part des défauts ! ne voyez-vous pas que deux scènes de Molière, deux scènes de Phèdre , le récit de Cinna , le monologue d'Auguste , rachètent avec une usure judaïque toutes ces faiblesses sur la

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