II \. MORE
Mon malheur. Vous qu'un vain peuple adore, Oui portez saintement d'inévitables coups; Oui, vous, mon ennemi, le plus cruel de tous; Oui, ce que n'auraient pu ni chrétiens ni Tartares, Vous l'avez fait : c'est vous... Malheureux, tu t'égares!
AKÉBAR.
Que répondre, Idamore, à ces vagues discours,
Dont la fureur commence et rompt soudain le cours?
0 vous qui m'accusez, je plains votre délire.
Connaissez-la cette âme où vous avez cru lire :
Moi, me préoccuper de soins ambitieux,
Quand la nuit du tombeau se répand sur mes yeux,
Quand l'eau lustrale attend ma dépouille glacée. '
Qu'un plus sublime objet absorbe ma pensée!
Le bonheur de ma fille, après de longs combats,
Est l'unique devoir qui me trouble ici-bas.
Le ciel, dont la bonté la rend à mes tendresses,
A dérobé sa tête au bandeau des prêtresses.
Une illustre alliance embellirait ses jours;
J'ai cherché dans l'armée, au temple, dans les cours,
Quelque mortel si grand, que son sang trouvât grâce
Devant l'éclat divin des auteurs de ma race.
Il est choisi sans doute?
AKÉBAR.
Oui, seigneur. Je le croi Digne de mes aïeux, de ma fille et de moi.
IDAMORF.
Son nom?...
AKÉBAR.
Il porte un nom que PIndostan révère.
Le destin des combats ne lui fut point sévère, Il est brave, puissant...
IDAMORE
Mais enfin, cet époux, Ce vainqueur, ce héros, quel est-il donc?
\KF.RAIt.
( '.'est vous.
LE PARIA. — ACTE 11
tÛAMORE.
Qu'cntends-je!
A Kl- bar.
Le voilà cet ennemi terrible...
IDAMORE
Ah! croyez... J'ignorais... 0 ciel! est-il possible.'
Oui, moi?
AKÉBAR.
De cet espoir je flattais mes douleurs,
Et ce jour le premier de la saison des fleurs,
Ce jour, que nous comptons parmi nos jours propices,
Eut éclairé vos nœuds formés sous ses auspices.
IMMORE.
Mon père! l'Éternel me parle par ta voix ;
Il t'inspire, il me nomme, il a dicté ton choix.
J'accepte ses bienfaits, j'adore tes oracles.
Un seul mot de ta bouche enfante des miracles ;
Oui, mon orgueil vaincu s'humilie à tes pieds.
Que par mon repentir mes torts soient expiés.
J'avais vu Néala. j'aimais sans espérance;
J'ai maudit tes autels, vos lois, ma dépendance,
Toi-même, toi, mon père;... et tu combles mes vœux!
D'un amour téméraire excuse les aveux ;
Pardonne à mes fureurs. J'abjure, je déteste
De ce cœur révolté l'égarement funeste;
Mais du moins à la haine il fut toujours fermé ;
Mon crime, ah ! mon seul crime est d'avoir trop aimé !
AKÉBAR.
Ne vous condamnez point, peut-être ma sagesse
Gênait par ses leçons votre ardente jeunesse.
Je puis à votre oreille épargner mes avi;...
IDAMORE
Non, parlez, commandez : ils seront tous suivis. Prenez sur ma raison un souverain empire. Eh ! ne vous dois-je pas le seul bien où j'aspire? Néala, mon amante... ah! daignez l'appeler. Ne puis-je la revoir? vais-je enfin lui parler? Quel lieu doit nous unir? quelle heure fortunée Verra bénir par vous un si cher hy menée?
AKÉBAR.
Eh bien, que de nos lois la sainte austérité Fléchisse pour vous seul devant ma volonté ! Ces bois religieux, dont un antique usage Aux pompes de l'hymen consacre le feuillage, Vers la quatrième heure entendront vos sermens ; Qu'ils soient de vos aveux les premiers confidens. Attendez votre épouse aux lieux où je vous laisse. Adieu, mon fils.
( Il présente sa main à Idamore , qui .s'incline pour la baiser. , A part.) Superbe, enfin (on front s'abaisse.