SCÈNE IV
IDAMORE
Son fils! je suis son fils! l'époux de Néala !
Son fils... De ce doux nom un autre m'appela.
II me pleure... il me cherche, et mon hymen s'apprête.
Il n'assistera point à cette auguste fête.
Zarès n'est plus mon père, hélas! il ne l'est plus!...
Des biens communs à tous les hommes l'ont exclus,
Et tu t'es fait leur frère à force d'imposture!
Ton àme s'avilit en fuyant la nature :
Ils t'ont rendu cruel, perfide, ingrat comme eux ;
Renonce a ton vieux père, achève et sois heureux.
Quel bonheur de tromper une vierge innocente,
De frémir au doux son de sa voix caressante,
De la craindre en l'aimant, de dire avec effroi :
Ce cœur, s'il me connaît, va se fermer pour moi !
D'étouffer un secret dont le poids vous oppresse!...
Et s'il éclate , ô ciel ! quel prix de sa tendresse?
La malédiction dont mes jours sont couverts,
L'exil, le désespoir, la mort dans les déserts!...
Non : elle connaîtra le proscrit qu'elle adore...
Mais contre ses terreurs si l'amour lutte encore ,
De ces nœuds réprouvés affrontant le danger,
Si de mon avenir elle ose se charger,
Nature, il faut céder, j'oublierai tout pour elle.
Dieux! je la vois: heureuse, elle en paraît plus belle.
De quel funeste aveu je la vais accabler !
Je tremble!!.. Elle m'apprend que je pouvais trembler.