A.MORE
Tu l'ordonnes, je pars; Mais vers moi pour adieu tourne au moins tes regards. Ne me refuse pas...
NÉALA . se retournant vers lui.
Idamore !
IDAMORE , se rapprochant d'elle par degrés.
Ma vue N'a pas troublé tes sens d'une horreur imprévue. Non. Qu'avais-tu pensé? que tu reconnaîtrais Le sceau de la vengeance empreint sur tous mes traits. Se sont-ils revêtus d'une forme nouvelle? Crois-tu qu'un feu sinistre en mes yeux étincelle?... Ils brillent, Néala, de tendresse et d'espoir. Laisse-les s'enivrer du plaisir de te voir. Ne tremble pas ainsi; que mon bras te soutienne; Que je sente ta main tressaillir dans la mienne... Eh bien ! le Tout-Puissant de mon bonheur jaloux , Pour désunir nos mains, descend-il entre nous? Sa fureur sous tes pieds n'ébranle pas la terre; Il ne t'accuse pas par la voix du tonnerre : Il pardonne, il sourit à d'innocens transports; Pardonne à son exemple, étouffe un vain remords, Consens à notre hymen...
NÉALA.
Je ne puis, je frissonne.
Qu'un moment à moi-même en paix je m'abandonne. Tant de coups différons m'ont frappée aujourd'hui, J'ai peine à rappeler ma raison qui m'a fui. [des; L'heure approche où m es sœurs couvrent l'autel d'offran- Ellesvont m'entourer... que je crains leurs demandes! Comment à leurs regards déguiser mon effroi! Où me cacher?... je veux... de grâce épargne-moi!
Ah! d'un doute accablant qu'un seul mot me délivre: Dois-je fuir ou rester, dois-jc mourir ou vivre?
NÉALA.
Reste pour mon malheur...
ji
LE PARIA. — ACTE Iî.
IDAMORE
Arbitre de mes jours, Va , décide à ton gré du sort de nos amours. Tout est douleur pour moi, tout, jusqu'à l'espérance. Ou'il soit prompt cet arrêt que ma terreur devance; Dût-il me condamner j'aspire à le savoir : 11 finira mes maux; réduit au désespoir, Un cœur tel quelemienn'eslpaslongtempsà plaindre. El préfère un refus au tourment de le craindre!
(Idamore sort d'ua côté , Néala de l'autre; les prêtresses entrent par le fond. )