SCÈNE PREMIÈRE
NÉALA, ZAÏDE, MIRZA; le Choeur.
NÉALA , aux prêtresses.
Za'ide, et toi, Mirza, vous, qu'un vœu solennel Réunit dès l'enfanee autour du même autel, Longtemps par les plaisirs permis dans ces demeures Notre tendre amitié remplit le cours des heures; Os arbres l'ont vu naître, et, témoins de nos jeux. En croissant chaque jour l'ont vu croître avec eux. La fête qu'on prépare en va rompre les charmes, Et vous vous étonnez de voir couler mes larmes!
ZAÏDE
Aimable et cher objet de nos soins assidus, Tes soupirs sont compris et te sont bien rendus; Et, si ce prompt départ te semble un coup si rude, Que de fois, en songeant à notre solitude, Que de fois de nos mains les festons et les fleurs, Préparés pour ton front, tombent mouillés de pleurs!
MIRZA
Notre jeune compagne à nous quitter s'apprête; Mais l'avenir pour elle est un long jour de fêle. L'hymen n'a point de gloire ou de rians appas, Dont il ne prenne soin d'environner ses pas. On l'aime, elle est heureuse, est-ce à nous de nous plaindre ?
NÉALA.
Hélas!
MIRZA
Pourquoi gémir ?
ZAÏDE
Ne cherche pas à feindre; Tu le voudrais en vain.
MIRZA
Parle, un songe imposteur Des troubles de ton âme est peut-être l'auteur?
NÉALA.
Celui par qui du ciel la volonté s'explique, Mon père, en eût levé le voile prophétique.
ZAÏDE
Entends-tu quelque dieu, que le fer a louché, Se plaindre sous l'écorce où Brama Ta caché? Quel bruit te fait pâlir? Quelle -voix inconnue Perce les marbres saints ou déchire la nue .'
Aurait-on profané cet asile de pais.'
NÉALA, vivement.
Non, ne le croyez pas; eh! comment? non, jamais! Qui l'eût osé ?
MIRZA
Serait-ce une secrète haine Oui de ton jeune époux le fait craindre la chaîne?
NÉALA.
Ah ! je ne le hais pas! je m'engage aujourd'hui A vivre, et, s'il le faut, à souffrir avec lui. Oue ses maux soient les miens, et que l'hymen nous lie Pour toujours, pour le temps et l'éternelle vie.
ZAÏDE
Cesse donc, Néala , de voir avec effroi L'existence nouvelle ouverte devant toi.
Va, nos divinités te défendront sans cesse : Elles n'oublieront pas que tu fus leur prêtresse; Qu'à tes devoirs par toi nuls objets préférés N'ont distrait tes esprits sous ces bosquets sacrés; Qu'on n'eût pas vu ta bouche approcher d'une eau pure, Sans que ta piété, rafraîchit leur verdure, Et que ta main jamais, dans son respect pour eux, Ne leur fit un larcin pour parer tes cheveux. Ce monde séduisant, qui cause tes alarmes , Sansdanger pourton cœur, aura pour lui des charmes. Quel bien à ses plaisirs se pourrait comparer, Puisqu'à la vertu même on peut les préférer?
NÉALA.
Ils ne me rendront pas nos tranquilles études ,
Nos secrets entretiens, nos douces habitudes.
Je vous quitte à regret , les dieux m'en sont témoins :
Puissent-ils vous bénir! Je confie a vos soins
Les plantes que par choix cultivait ma tendresse.
Les rameauxquemesclonscourbaientsous leur richesse,
Les oiseaux familiers qui , nourris dans ces bois ,
Descendaient sur ma trace et venaient à ma voix.
Qu'au lever du soleil ma gazelle chérie
Trouve sur vos genoux l'onde et l'herbe fleurie;
En souvenir de moi protégez-la toujours;
Mêlez, en lui parlant, mon nom à vos discours.
\)v ma longue amitié gardez chacune un gage.
A une prêtresse.) Toi, ees voiles brillans dont tu vantais l'ouvrage:
LE PAU) A. — ACTE ill.
Mirza, les omomens que mes bras ont portés... Mais Zaldc , mes sœurs, n'est plus a nos côtés. D'où vient que ses regards sont troublés par la crainte?
ZAÏDE
Voyez, un étranger pénètre en cette enceinte. NÉ A LA.
( " guerrier, dont la bouche honore un autre dieu , Le devance, lui parle, et lui montre ce lieu; 11 le quitte,
MIRZA
Vers nous ce voyageur se traîne Sous d'obscurs vêtemens qui le couvrent a peine ; 11 vient, un frêle appui guide ses pas pesans; Sa barbe et ses cheveux sont blanchis par les ans. Mes sœurs, rentrons au temple.
néala.
Eh! pourquoi? quelle offense ( '.raignez-vous d'un vieillard sans force et sansdéfense? Osons le secourir; ses vœux reconnaissais Seront pour le Très-Haut plus doux que notre encens.
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SCE?sE II.
NÉALA, ZAIDE, MIRZA, ZARÈS, le Choeur.
ZARÈS. Il s'avance appuyé sur un bâton. Prêtresses des forêts, j'ignore vos usages; Puis-je au pied de vos murs m'asseoir sous ces ombrages '. D'un moment de repos ma faiblesse a besoin. NÉALA.
Vieillard, vous le pouvez.
ZARÊS.
J'arrive de si loin!
NÉALA , s'approchaut pour le soutenir.
Tout eu vous nous révèle un pieux solitaire.
ZARÈS
«foi!
NÉALA.
Qui donc êtes- vous?
ZARÈS
Étranger sur la terre.
Aux prêtresses qui l'entourent.) .le ne mérite pas ces secours empressés.
NÉALA.
Vous êtes malheureux?
ZARÊS.
Je le suis.
NÉALA.
( t'est assez;
(Zarès s'assied sur un banc de gazon.) Je dois vous les offrir. Pourquoi, courbé par l'âge, Entreprendre sans guide un pénible voyage?
ZARÈS
Je n'ai pas un ami.
NÉALA.
De l'hospitalité Nul n'a rempli pour vous le devoir respecté ! Oui vous nourrit.'
ZARÈS
Les dons du passant que j'implore; Pauvre, demandant peu, recevant moins encore, Satisfait cependant...
NÉALA.
O dieux, que je vous plains !
Nous venez visiter les tombeaux de nos saints, Consulter le grand prêtre, ou bien votre vieillesse D'un long pèlerinage accomplit la promesse?
ZARÈS
Non.
NÉALA.
Que cherchez-vous donc ?
ZARÈS
Un bien que j'ai perdu.
NÉALA.
S'il dépend d'un mortel il vous sera rendu. Faut-il armer pour vous l'autorité suprême? Mon père est tout-puissant.
ZARÈS
Vous l'aimez, il vous aime...
Ne le quittez jamais !
D'où vient que vous pleurez ?
ZARÈS
Hélas! c'est malgré moi.
NÉALA.
Mais, si vous l'implorez, Akébar va d'un mot finir votre misère.
ZARÈS
Un seul homme le peut : il le voudra , j'espère... Le chef de vos guerriers.
NÉALA.
ldamore?
ZARÊS.
C'est lui.
NÉALA.
Vieillard, pour le fléchir empruntez mon appui.
ZARÈS. Il se lève.
Il est connu de vous?
LE PARI