SCENE IL
IDAMORE, NÉALA, ALVAR, Guerriers, Prêtresses.
NÉALA.
Pourquoi me déguiser vos nouvelles alarmes! Ces hommages publics, ces emblèmes, ces armes, Des festons suspendus les riantes couleurs, Importunaient vos yeux où j'ai surpris des pleurs. Avez-vous des chagrins que vous deviez me taire J'en saurai sans effort respecter le mystère; Quand d'un zèle inquiet je cherche à l'éclaircir, C'est moins pour les savoir que pour les adoucir.
IDAMORE
Néala , chère épouse, ô noble et tendre amie, Contre une horreur pieuse es-tu Lien affermie? Tes crédules esprits détrompés par ma voix ,
LE PARIA. -ACTE IV
Codant au vœu d'un père, ont confirmé son choix ; Mais c'est peu, si troublé d'une frayeur nouvelle A l'autel près de moi ton courage chancelle. Est-il bien sûr de lui?
NÉALA.
Ne vous abusez plus :
Vos discours ont fixé mes vœux irrésolus, Mais n'ont pu dans mon sein étouffer la croyance Qu'une longue habitude y nourrit dès l'enfance. Mon cœur, se détournant d'une fausse clarté, ( tonnait, respecte encore et fuit la vérité : Au penchant qui l'entraîne, esclave, il s'abandonne; Il n'est pas convaincu , mais il aime , il se donne. Un Dieu qui vous repousse en vain me tend les bras. Comment serais-je heureuse où vous ne serez pas?
ÎMMORE.
Et sur loi, dès ce jour, si mon exil appelle
Ces malheurs éloignés que l'avenir recèle ,
S'il faut dès ce soir même... Hélas! le pourras-tu?
INe sentiras-tu pas expirer ta vertu
Au seul penser de fuir, et pour ta vie entière,
Les objets et les lieux qui te la rendaient chère?
NÉALA.
Quoi? déjà! Quoi ? ce soir nous exiler tous deux ! D'une race en horreur les vêtemens hideux Succéderont demain à ces habits de fête ; .le n'aurai plus d'asile où reposer ma tête ! Ah ! cruel !
1DAMORE.
Il est vrai ; désespéré , confus ,
J'ai honte de ma rage et j'implore un refus.
O généreux objet de mon idolâtrie ,
Tu m'as sacrifié ta céleste patrie :
Je veux te ravir l'autre! Ah! tu m'as trop aimé.
Repousse un furieux A ta perte animé.
Puisses-tu le haïr autant qu'il se déteste!
(I en est temps encor : romps cet hymen funeste...
NÉALA.
Quand voulez-vous partir ? Commandez, je vous suis.
IDAMORE
Je dois te refuser, hélas! et ne le puis. Contre ton dévoùment ma gloire en vain s'indigne, Je sens , quand j'y souscris , que je n'en suis pas digue. O mon père !
NÉALA- Et le mien !
Les ministres sacrés Du temple en ce moment descendent les degrés. Séparons-nous... .Vlvar, que la cérémonie
Prépare à ma tendresse une lente agonie ! Ah ! veille à mes côtés...