SCÈNE III
IDAMORE, ZAKÈS, Guerriers.
ZARES.
On ne me flattait pas d'une trompeuse joie ; Akébar désarme permet que je te voie ! Il a donc pardonné ? réponds; tu m'es rendu ? Je retrouve mon fils que je croyais perdu ! Lui me suivre! est-il vrai?... Je m'abuse peut-être.
IDAMOKE.
Sans vous devant le peuple il doit encor paraître.
zarès.
Mais, ce devoir rempli , tu reviens? nous fuyons? Dût le jour à nos pas refuser ses rayons, Sous ces murs menaçans que rien ne te retienne ! Soutenu par ton bras, une main dans la tienne , Sous ta garde , avec toi , par (a voix ranimé , La nuit n'a point d'horreur dont je sois alarmé. Que dis-je? un sang nouveau bouillonne dans mes veines. Des douleurs et des ans j'ai dépouillé les chaînes. Le cœur rempli d'un feu qu'il ne peut contenir, De joie à tes côtés je me sens rajeunir. Tu n'auras pas l'ennui de traîner à ta suite Un vieillard chancelant , qui gênerait la fuite : Ma force qui renaît l'épargnera ce soin!...
IDAMORE
Hélas! dans un moment vous en aurez besoin.
ZARÈS
Ah ! que ta défiance irrite mon courage! Tout est plaisir pour moi dans ce prochain voyage : Chaque jour de fatigue au bonheur me conduit. L'œil fixé sur le but que mon espoir poursuit , Vers nos monts en idée avec toi je m'élance. J'en connais les chemins ; c'est moi qui te devance. C'est moi qui suis ton guide , et quelle volupté De nous asseoir tous deux où seul je m'arrêtai! Je t'embrasse au lieu même où, me rendant la vie. Ton nom frappa soudain mon oreille ravie... Que vois-je ? 6 mon pays ! à jour cent fois heureux ! Mespleursbaignent ces champsqu'ont animés tesjeux. Leurs charmes sont flétris, leur enceinte est déserte... Qu'ils cessent désormais de déplorer la perte ! Oui le voilà ! c'est lui! je reviens triomphant : Je ramène mon (ils, non plus un faible enfant .
C'est mon ferme soutien, mon orgueil, ma conquête. Prévois-lu les transports que ce beau jour m'apprête ? Conçois-tu quelle ivresse inondera mes sens, Quand nos échos chéris rediront tes accens ; Quand je verrai la mer réfléchir ton image , Et , moins beau que mon fils, ce palmier du même âge, Qui semblait loin de toi pleurer son frère absent , Se couronner de fleurs en le reconnaissant ?
IDAMORE , à part.
Je cède à la pitié que son erreur m'inspire. Mon père... Je ne puis, et mon courage expire.
ZARÈS
Que dis-tu? j'ai des droits sur tes chagrins secrets. Tu n'oses dans mon sein répandre tes regrets? Crains-tu de m'offenser si tu me les confies? Non , pleurons- les ces biens que tu me sacrifies : Cette jeune beauté qui t'engageait sa foi, Par sa grâce modeste elle est digne de toi.
IDAMORE
Hélas!
ZARÈS
Son amour même à son sort m'intéresse, Et la voir ta compagne eût comblé mon ivresse. Pleurons-la, parlons d'elle et laissons faire au temps. Sans flatter ton orgueil par des nœuds éclat ans , Ma tribu peut t'offrir une épouse aussi chère... Tu me croiras, mon fils, au tombeau de ta mère.
IDAMORE
Ah ! que son souvenir me protège à vos pieds : Dites-moi qu'en son nom mes torts sont oubliés.
ZARÈS
Toi seul lu l'en souviens.
IDAMORE
De ce touchant langage Que vos embrassemens me soient un nouveau gage. ZARÈS, l'embrassant.
Crois-les donc , si ton cœur doute de mes discours.
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