‹ Magasin théâtralChapitre 479 sur 1377 · ALVAR, IDAMORE, GUERRIERS · texte numérisé non relu

ALVAR, IDAMORE, GUERRIERS

IDAMORE , à un d'eux.

Cachez-lui ma sentence :

Pourrait-il de son fils supporter les adieux? Que , trompé sur mon sort, on l'amène en ces lieux Akébar l'a permis. Allez; comme à lui-même Qu'on m'obéisse encore à mon heure suprême !

ALVAR

Quoi ! n'est-il plus d'espoir?

IDAMORE

Alvar, je vais mourir.

ALVAR

Tant de bienfaits passés n'ont pu les attendrir.'

IDAMORE

De leurs faibles esprits Akébar seul dispose. Si le glaive à la main j'avais plaidé ma cause, On l'eût vu le premier m'absoudre en pâlissant. Désarmé , que lui dire? Il a soif de mon sang : Eh bien donc, qu'il s'y plonge!

ALVAR

Instruit qu'à vous entendes Son orgueil en secret avait daigné descendre, J'ai cru que la pitié ramenait sa faveur Sur le héros déchu qu'il nomma son sauveur.

il tremblait pour l'honneur de sa noble famille : D'une flamme coupable on accuse sa fille, Lui-même la soupçonne , et , n'osant pardonner, Si j'atteste son crime il la doit condamner; Victime du pouvoir qu'un vain peuple lui donne Par les devoirs étroits où son rang l'emprisonne, Il s'est plaint des vieillards, dont l'orgueil irrité Arrachait ma sentence à sa triste équité ; Mais, sans effet pour moi , sa divine influence Pouvait d'un bien plus cher acheter mon silence : La grâce de.Zarès en devenait le prix.

Pour lui , pour INéala , que n'aurais-je entrepris ? Le conseil m'attendait , j'y cours ; mon témoignage De leurs soupçons loin d'elle a repoussé l'outrage. Puis de la voix d'un chef qui parle à des soldats , Tel , et plus fier encor qu'au milieu des combats : «Point de grâce, ai-je dit, point de pitié : justice ! «J'attends ma récompense ainsi que mon supplice. «En épargnant mon père , accordez à la fois «Sa vie à mes bienfaits et ma mort ;\ vos lois.» Emus par ce discours, surpris, honteux de l'être, Touscherchaicnt leur avis dans les yeux du grand prêtre; Lui, pourvu qu'il immole un rival dangereux, Que font à sa grandeur les jours d'un malheureux? Aussi s'est-il levé , fidèle ;\ sa promesse; D'un père au désespoir excusant la len Iiy.ns \ Du pardon de ses dieux il vienl de le couvrir.

LE PAMA. — ACTE V.

Pour moi, je le l'ai dit , A!\ ai. je vais mourir.

ALVAR

Que deviendra Zarès sans appui sur la terre? Ouels aecens répondront à sa voix solitaire? li n'aura plus de fils.

Eh ! ne vivras-tu pas?

ALVAR

Oui? moi!

IDAMORE

Ta liberté doit suivre mon trépas :

Eh bien ! à ee vieillard mon amitié l'engage : Des soins que je lui dois aeeepte l'héritage.

ALVAR

Oui, je le remplirai ce vœu de l'amitié ; Du poids de ses regrets je prendrai la moitié; Sa douleur sur mon sein coulera moins amcre. Vous lui laissez un fils : qui me rendra mon flrere?

IDAMORE

Prends soin de fuir les lieux où mes restes épars Viendraient sur votre route effrayer ses regards. N'attendez pas la nuit , partez: crains pour toi-même Le sort contagieux d'un réprouvé qui t'aime. Il ne pourra demain t'accorder son appui : Ce jour qui va s'éteindre est le dernier pour lui. L'arrêt porté par eux et qu'un héraut proclame , ( hdonne que la mort réservée a l'infâme, Au lâche, au meurtrier, qui n'ont point de tombeaux , De mon corps lapidé disperse les lambeaux.

ALVAR

Et je vous quitterais, alors que leur vengeance Rassemble autour de vous l'outrage et la souffrance , Présente à vos esprits ce trépas douloureux Comme un affreux chemin à des maux plus affreux!... J'écarterai de vous ces images funèbres; .le fermerai vos yeux ; j'irai dans les ténèbres Vous creuser un asile, et , (rompant leurs mépris, De ce devoir furtif honorer vos débris. Oui d'entreeuxvous rendrait ce dangereux hommage? Je l'oserai moi seul...

IDAMORE

Eh ! qu'importe à ma rage Que mon corps en pâture aux vautours soit livré , Ou d'un bûcher pompeux par leurs mains entouré ? Qu'on l'abandonne aux vents, que le vautour dévore Celui qui les fit vaincre et qui fut Idamore ! Et viennent à ce bruit , du fond de l'Occident , Ces chrétiens renversés par mon seul ascendant! .l'appelle en ces climats leurs flottes vengeresses : Ils reviendront, Alvar, ils ont vu nos richesses.

Qu'ils desccndehl . pareils aus insectes ailés,

Par un souffle brûlant dans les airs rassemblés; Ou'ils inondent nos bords; qu'ils changent celte terre En une arène ouverte où renaisse la guerre; Ou'ils portent dans ses murs l'épouvante et la croi* ; Ou'ils détrônent ses dieux, qu'ils écrasent ses rois; Que leur foule étrangère et balaie et remplace Les lâches possesseurs endormis sur sa face, Pour adieux, en partant, pour prix de ses trésors, Lui laissent des débris, de la cendre el des morts ; Et quelques chàtimens que me garde la tombe, Si ce peuple est puni , s'il pleure , s'il succombe , J'oublierai mes revers en apprenant les siens, Et l'horreur de ses maux finira tous les miens !

ALVAR

Dans quels vœux vous égare une aveugle furie ! Quels que soient avec nous les torts de la patrie. Le fils qui la maudit , ce fils dénaturé Prouve qu'elle était juste et meurt désespéré, chaîne, Mais vous, ah! croyez-moi. quand votre heure est pro- Comme un poids importun déposez votre haine. Lesturbulens transports par la rage inspirés, La soif de voir punis ceux par qui vous souffrez, N'aident point a franchir ce pénible passage. De ma religion le précepte plus :age Nous apprend que l'oubli de nos ressent imens Verse un calme inconnu sur nos derniers momens , Nous dit de pardonner même à qui nous immole ; Il en fait un devoir, et ee devoir console.

IDAMORE

Tes discours dans mon cœur font descendre la paix . Et, nouveau pour mes yeux, d'où tombe un voile épais. Je ne sais quel espoir m'éclaire el me ranime : Je combattrais encor pour l'État qui m'opprime. Mais c'en est fait , Alvar, non , je ne dois plus voir Les étendards flottans dans les airs se mouvoir ; Non , je n'entendrai plus le signal des batailles ; Je ne dois plus rentrer vainqueur dans ces murailles, Et, déposant mon glaive à l'ombre des drapeaux, Goûter près d'une épouse un glorieux repos. Demeure... Jeune, aimé, célèbre par les armes, Je sens trop que la vie avait pour moi des charmes. Prêt à me détacher de tout ce que j'aimais , De toi j'attends ma force !... Ah ! si tu vois jamais Cet objet d'une ardeur si tendre et si funeste, De mes cheveux sanglans porte-lui quelque reste. Rends-lui son dernier don , ce message de mort . Ces fleurs, qui par leur deuil m'avaient prédit monsorl . Dis-lui... Mais de mon père épargnons la faiblesse : Tes larmes détruiraient l'erreur où je le laisse.

LE PARIA. ACTE V

Sors; je te rejoindrai plus tôt que tu ne veux , Et jusqu'au lieu fatal nous marcherons tous deux.

Page 1