‹ Magasin théâtralChapitre 486 sur 1377 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

ZARÈS, AKÉBAR , EMPSAEL , NÉALA, BrAME^, Guerriers, Peuple.

akébar.

Néala!

ZARÊS, qui s'est ranimé par degrés.

Se peut-il ?

AKÉBAR.

C'est elle ! Dieu puissant , Que ne prévenais-tu l'opprobre de mon sang ?

( A Néala. ) Toi , dont le front baissé fuit mon regard sévère , Que viens-tu faire ici? que cherches-tu ? NÉALA , s'approchant de Zarès.

Mon père.

AKÉBAR.

Lui!

ZARÈS

Qu'enlends-je?

NÉALA.

Oui, mon père; il le fut, quand j'appris Que les jours d'Idamore étaient par vous proscrits. Il comprendra mes maux , notre perle est la même ; Je m'exile avec lui pour pleurer ce que j'aime. Ne me soupçonnez pas de vouloir vous braver ; Mais de son seul appui je viens de le priver, Je devais le lui rendre en publiant ma faute. Vous ne gémirez pas sur ce peu qu'il vous ôte. Des terrestres liens votre cœur détaché, Pour moi d'un tendre soin ne fut jamais touché. Ravi par sa ferveur au-dessus des faiblesses , Il ne pouvait descendre à souffrir mes caresses ; Vous n'osiez pas m'aimer. Heureux, comblé de biens, Vos jours sont beaux sans moi : j'adoucirai les siens. A son fils qui n'est plus je me suis immolée. Que cette ombre chérie, un instant consolée , Transmette à mon amour ses devoirs et ses droits. Le moment n'est pas loin où, réunis tous trois, Nous n'accuserons plus la mort qui nous sépare ; Je le sens !

AKÉBAR.

Eh ! sais-tu quel destin te prépare Cette mort, seul refuge ouvert à votre espoir?

NÉALA.

Hélas ! je dois souffrir, mais je dois le revoir ! Je vous quitte â jamais, vous, qui m'avez chérie, Vous, dont je fus la sœur, et loi, douce patrie !

LE PARIA. ACTE Y

( Au grand prêtre. ) Adieu!... J'attends l'arrêt que vous devez porter.

AkÉBAK.

() tendresse! ô devoir ! qui des deux écouler?

( Après un moment de silence. ) Je dévoue à l'exil la tôle criminelle... Va , fuis, l'humanité le rejette loin d'elle ; Fuis J'attache à tes pas l'abandon cl l'effroi ; Je te maudis... Mes pleurs s'échappent malgré moi.

NÉALA , à Zarùs.

Il est temps de partir, la nuit vient , et pour guide , Mon père, vous n'avez qu'une vierge timide.

On va, si nous tardons, nous chasser des saints lieux. ZARÈ8.

Ma fille!

NÉALA.

Levez-vbu».

ZARÈS regardé un moment Néata, qtfil embrasse, puis Uéliar, et s'écrie :

Pontife, il est des dieux !

: Il s'é!oij;ite soutenu par Ncala ; le peuple se retire pour leur ouvrir un passage; Akébar, la tête appuyée sur la statue de Brama, reste plongé dans la douleur.)

NOTES

Ln critique, à la bienveillance et à l'urbauité duquel je me plais à rendre hommage, a cru devoir signaler, comme faute de prosodie, l'emploi que j'ai fait du mot croient dans ces deux vers :

Va, ces morlels si fiers, qui nous ont rejetés, De ce bonheur en vain nous croient déshérites.

Le respect que tout écrivain doit à la langue m'eût fait un devoir de corriger ce passage, si je n'avais pas pour moi l'exemple de Racine, qui a I «lit :

Qu'ils soient comme la poudre et la paille légère, Que le vent chasse devant lui.

j Le mot employé dans Esther, et celui dont je

I me suis servi, sont tous deux monosyllabiques; ils

I sont formés presque en entier des mêmes lettres,

et ils apportent à l'oreille la même terminaison

masculine; si L'un est admis dans levers, pour-

j quoi l'autre en serait-il banni? La langue poétique

en France est-elle assez riche pour se montrer

dédaigneuse, ou manhe-l-elle si librement qu'elle doive s'imposer à elle-même de nouvelles entraves? Dans les vers suivans, la règle des participes a paru violée :

Noire tendre amitié remplit le cours des heures; Ces arbres l'ont vu naître.

Ici le plus harmonieux et le plus correct de nos poètes vient encore à mon secours. Racine a fait dire à Néron, en parlant a Junie:

Immobile, saisi d'un long étonnement, Je l'ai laissé passer dans son appartement.

De plus, j'ai en ma faveur l'autorité de Condillac. Il établit pour règle que tout participe suivi d'un infinitif demeure invariable, quels que soient d'ailleurs le genre et le nombre du régime qui précède, et même lorsque l'infinitif est un verbe neutre. (Voyez la Grammaire de Condillac, page 193, in-8°, 1795.)

On a adressé a noire poè'ie une critique étrange a propos de ces vers du chœur du deuxième acte :

Des banians touffus par le brame adorés

Depuis longtemps la langueur nous implore : Courbés par le midi, dont l'ardeur les dévore, Ils élendent vers nous leurs rameaux altérés.

Un journaliste allemand a accusé M. Casimir !);■lavigne d'avoir pris pour un arbre une secte religieuse de l'Inde. Le reproche est grave, du moins en apparence; aussi prendrons -nous la peine d'y répondre. Ce qui nous y engage surtout , c'est l'empressement qu'ont mis certains journaux français ;1 donner cours a cette critique d'outre-Rhin, sans, au préalable, s'êlre informés, auprès du plus humble botaniste de leur connaissance , qui de

M. Casimir Dclavigne ou du docteur allemand s'était réellement fourvoyé. Ils auraient pu facilement juger alors de la valeur d'une pareille accusation , et ils ne se seraient pas imprudemment exposés , par une aveugle confiance en l'érudition d'un autre, à encourir le juste reproche de légèreté et d'ignorance.

Il nous suffira d'entrer clans quelques détails pour justifier pleinement notre auteur.

Le Banian est un arbre du genre figuier, bien différent cependant de notre figuier commun : il pousse de ses branches de longs jets tout a fait semblables A des cordes ou ;\ des baguettes : ces je! s gagnent la terre, s'y enracinent et forment de nouveaux troncs, qui, de la même manière, en produisent d'autres a leur tour; en sorte qu'un seul arbre, se multipliant ainsi de tout côté et sans in-

terruption, offre une seule cime d'une immense étendue, posée sur un grand nombre de troncs de diverses grosseurs, et qui ressemble à la voùle d'un édifice soutenu par une multitude de colonnes.

Marsden dit avoir vu, dans le Bengale, un banian dont le dôme de verdure n'avait pas moins de 1,116 pieds de circonférence : le tronc se composait d'à peu près cinquante à soixante tiges.

Cet arbre est en grande vénération surtout chez les païens, et c'est de là sans doute que lui est venu le nom de Banian, sous lequel sont désignés connu uniment tous les peuples de l'Inde, que les maboinélaiis regardent comme idolâtres.

C'est le Ficus indica des botanistes.

{Note des Édile tus.

EXAMEN CRITIQUE

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