‹ Magasin théâtralChapitre 49 sur 1377 · MARIA , DON MENDEZ , DON DIEGO , DON LUIS, JUANA · texte numérisé non relu

MARIA , DON MENDEZ , DON DIEGO , DON LUIS, JUANA

DON DIEGO

Oh , combien notre ame est satisfaite ! Nous voilà donc admis encore en ce séjour Où la beauté s'exile et fuit l'éclat du jour !

JUANA

Gardez pour l'Alcazar ce gracieux langage.

don luis , tendant la main à don Diego. De l'hospitalité je vous offre le gage, Don Diego.

DON DIEGO

Vrai Dieu! don Luis, excusez-moi!

Juana, je le sais , va vous donner sa foi , Le jour d'hymen est proche, et, sur cette assurance, C'est la main d'un parent que je presse d'avance.

Us se serrent la main.

Dans les murs de Moron , à l'ombre de ses tours , Don Ruy de Padilla s'enferme donc toujours ?

don luis.

Il ne sait qu'obéir lorsqu'un devoir commande.

DON MENDEZ

A Séville pourtant si don Pèdre le mande?

DON LUIS

Il ne s'y rendra pas : avant long-temps du moins.

DON DIEGO

Se livrant en aveugle à de coupables soins, Il défend du feu roi les fils illégitimes.

DON MENDEZ

C'est aux yeux d u nouveau le moindre de sescrimes.

DON LUIS

Quel autre crime encor lui peut-il reprocher? don mendez, indiquant Hlaria et Juana.

Regardez les trésors qu'il ose lui cacher.

JUANA

Aux volontés d'un père, en ces lieux enchaînées , Nous ne prétendons point à d'autres destinées; Où de nos jours si purs retrouver la douceur? Ce bonheur nous suffit.

maria , souriant.

Parle pour toi , ma sœur.

DON LUIS

Qu'entends je, Maria?

maria.

Qu'est -il besoin de feindre?

On nous exile ici, j'obéis sans me plaindre, Maisdire que mon cœur n'attend pointd'autrc sort, Non! ce serait mentir, et mentir est un tort.

DON MENDEZ

Oui, dona Maria, vous, si jeune et si belle, A de brillans deslins l'avenir vous appelle.

DON LUIS

Qu'en savez-vous?

DON MENDEZ

Le feu de cet œil noble et fter Dont nos regards ont peine à soutenir l'éclair, Ces traits, que tant de charme embellit et décore, Ce sourire si doux, la voix plus douce encore Qui dans les cœurs troublés va porter tour à tour La joie ou les chagrins, le respect ou l'amour, Tout me dit que le Dieu qui créa ce mélange Des attraits de la femme et des grâces de l'ange, Ne le destina point à périr oublié, Comme un lis inconnu vers la terre plié, Qui, jeté par le sort dans des plaines stériles, Livre aux vents du désert ses parfums inutiles.

DON LUIS

Don Mendez de Posa semble ne pas songer Qu'il parle ici pour nous un langage étranger; Ces doux propos vont mal dans ces vieilles mu-

[ railles, Dont l'écho n'a redit que le cri des batailles.

DON MENDEZ

Mais est-il loin le jour où vous les quitterez? A Sévillc bientôt pardon Pèdre attirés, Ajoutant à l'éclat qui déjà l'environne, Vous lui ferez bénir sa nouvelle couronne; Les plaisirs à sa voix voleront sur vos pas. Qu'est-ce donc qu'une cour où la beauté n'est pas?

De longs discords peut-être attristeront son règne.

DON MENDEZ

Don Pèdre veut qu'on l'aime et non pas qu'on le

[ craigne :

De ses desseins futurs pourquoi vous défier? Provoquer son courroux c'est le justifier. A don Luis d'Aguilar sa faveur est promise, Comme au\ vrais Castillans dont la fierté soumise Reconnaîtra les droits qu'il a reçus de Dieu, El qu'on doit respecter partout... même en ce lieu-, N'est-il pas vrai?

j i \n \, vivement.

Don Luis est un sujet fidèle.

DON MENDEZ

Don Pèdre eût trop gémi de le trouver rebelle.

DON LUIS

Me soupçonnait-il?

don mendez, souriant et pensant près de don T.uis.

Non ; mais il saura demain Que Mendez de Posa vous a serré la main.

DON DIEGO

Il faudra bien un jour que Padilla renonce A garder un vieux fort pour les bâtards d'Alfonsc, Et, réunis alors sous une mémo lui, Noua n'aurons tous qu'un vœu, qu'une cour et don mendez. [ qu'un roi.

Oui, pour des jours sereins déjà tout se prépare :

Bientôt don Fadrique, don Tello, Transtamare

Viendront aux pieds du trône où leur frère est

Apporter le tribut de leur fidélité. [monté

Des secrets de la cour heureux dépositaire,

Parfois de l'avenir je perce le mystère,

Et je peux dévoiler celui qui nous attend.

Par don Pèdre chargé d'un message important,

Don Alvar de Castro vient de quitter Séville ;

Entre tous les partis, médiateur habile,

Des princes castillans confondant les drapeaux,

Au pays qui l'adopte il rendra le repos;

Sa prudence partout fera tomber les armes.

JUANA

Au trépas de sa sœur que j'ai donné de larmes ! Pauvre Inès de Castro !... Son sort fut bien cruel !

MARIA

Ob! oui!

DCN LUIS.

L'amour d'un prince est quelquefois morte I.

DON MENDEZ

Elle sera vengée ; et la cour de Castille Vient d'offrir un refuge à sa noble famille.

Les barbares!... Ses pleurs n'ont pu les attendrir

MARIA

Pourquoi n'a-t-elle su que pleurer et mourit? Elle a courbé son front sous les coups de la haine.

JUANA

Mais toi, qu'aurais- tu fait?

MARIA

Moi? j'aurais été reine.

DON LUIS

Reine?...

don mendez, repassant près de Maria.

Et certes, jamais la cour de Portugal N'eût vu plus noble front sous le bandeau royal. don luis, passant entre don Diego et don Mendez. Il est temps que j'arrache à de folles pensées, Chimères de l'orgueil, par l'orgueil caressées, Des cœurs peu faits encore aux frivoles discours, Que l'esprit, sans y croire, échange dans les cours. Mes hôtes voudront bien me pardonner sans doute? C'est à moi maintenant de leur montrer la route : Venez ; aux vins, mûris sur nos coteaux brûlans, La coupe hospitalière ouvre ses larges flancs; Le jour baisse, et nous dit que bientôt viendra

[l'heure Où vous devrez quitter cette antique demeure. Don Ruy de Padilla, qui parle par ma voix, M'imposa ses devoirs en m'armant de ses droits; Au banquet fraternel c'est lui qui vous convie.

don mendez, à demi-voix à Maria.

Que les insians heureux sont courts dans cette vie!

DON DIEGO

Quand notre hôte l'ordonne, il faut nous retirer; Nous vous suivons... Pourtant laissez-nous espérer Que nous pourrons, avantde nous mettre en voyage, Aux pieds de la beauté rapporter notre hommage.

don mendez, à don Luis.

Vous n'ajouterez point aux chagrins du départ : Oui, nous les reverrons ces traits, ce doux regard Dont on craint tour a tour et chérit la puissance,

IUARIA PADILLA.

Et nous emporterons «lu bonheur pour l'absence. Les trois hommes sortent.

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SCKNG V.

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