MAKI A, JUANA
JUANA, à Maria, qui est rêveuse Mo lia... quel silence!... Eh bien! ma sœur, ch bien! Tu ne m'écoutes pas?... Ne me diras-tu rien? Je suis seule avec toi : île ta sœur bien aimée Ne reconnais lu point la voix accoutumée? A qui confierais-tu tes craintes, ton espoir, Si tu me les cachais !
MARIA
Que veux-tu donc savoir?
JUAN A
Des secrets de ton cœur tu n'as rien à m'apprenmaria. [dre?
Tu les as devinés.
JUANA
Je voudrais les entendre. ma ni A.
Pourquoi?
JUANA
S'ils sont troplourds, jcpeuxles alléger; S'ils t'offrent du bonheur, je veux le partager.
MARIA
Et c'est ton droit, à toi, qui, depuis ma naissance, M'as fait de l'amitié comprendre la puissance; A toi, ma seule amie et mon seul défenseur, Que les anges du ciel choisiraient pour leur sœur.
juana , souriant.
Il me suffit à moi d'être toujours la tienne.
maria.
Oh! Juana , toujours !
JUANA
Alors, qu'il t'en souvienne, Et fais-moi lire enfin dans ce cœur tourmenté, Qui souffre, attend, espère, et ne m'a rien conté.
maria.
La route où nous marchons, hélas! n'est pas la
[ même ; Comme loi, Juana, je suis aimée et j'aime; Mais demain à l'autel tu vas donner ta foi, Et sais-jc si l'autel doit se parer pour moi?
JUANA
Ainsi donc, près de loi c'est l'amour qui l'attire! Tl le l'a dit, ma sœur?
maria.
Et pourquoi me le dire?
Le cœur par un regard n'est-il pas dévoilé? Ne savais-je pas tout avant qu'il eût parlé?
juana, souriant. Tu te livras pourtant au plaisir de l'entendre?
maria.
Écoute, Juana; mais vas-tu me comprendre? D'un rêve ambitieux connais-tu le pouvoir? De ton bonheur à toi l'on t'a fait un devoir ; De don Luis d'Aguilar heureuse fiancée, Ton amc hors de toi uc s'est pas élancée ;
Jamais d'un avenir profond, mystérieux, Tes regards n'ont cherché le secret dans les cicuxt Mais moi 1 . . . Sais-tu, ma sœur, que dès long-temps
[mon ame Des orgueilleux désirs a respiré la flamme? Sous le masque trompeur d'une feinte gaité, Je cache les tourmens de mon cœur agité, Je chante... et vous riez!... Puis, quand la nuit
[se lève, Elle apporte à ce cœur un immuable rêve ; Mon œil, dans les vapeurs de l'horizon lointain, Cherche une pâle étoile à l'éclat incertain, Qui scintille et qui tremble à la céleste voûte, Comme un timide espoir brillant au sein du doute, Et, d'une voix émue osant l'interroger, Je lui dis : Du Très-Haut es-tu le messager ? Me viens-tu révéler, toi, que mon œil regarde, La joie ou les douleurs que l'avenir me garde?
juana.
Pauvre sœur!
MARIA
Tu me plains? mais tu ne sais pas, toi, Si parfois le sommeil s'appesantit sur moi, Quel songe me poursuit avant qu'à la lumière Se rouvre lentement ma brûlante paupière? Monte-t-il de l'enfer, ou descend-il des cieux? Qui donc les envoya ces êtres gracieux, Modèles de beauté, fugitives images, Dout l'essaim me sourit au milieu des nuages, Et qui devant mes yeux, souvent mouillés de pleurs, Passent en me jetant des baisers et des fleurs?
JUANA
Hélas! à quels pensers ton esprit s'abandonne!
MARIA
Et celui dont le doigt me montre une couronne, Et qui, toutes les nuits, me prenant par la main, M'entraîne vers un trône... et s'arrête en chemin? Ce n'est point un prestige, une chimère vaine, Ma sœur ! à mon côté chaque soir le ramène ; Au même but toujours il me force à marcher, Et s'arrête toujours avant de le toucher! Alors est-ce la voix des démons ou des anges Qui répète mon nom et chante mes louanges? Car c'est mon nom, c'est moi que l'on semble ado- De cet encens lointain brûlant de m'enivrer, [rer ! Je veux courir! mes pieds s'attachent à la terre; Le jour brille, tout fuit ma couche solitaire, Et sur mon cœur, de crainte et d'espoir tourmenté, Tombe de tout son poids la triste vérité! Rappelée aux devoirs où je suis asservie, Je crois en m'é veillant que je quitte la vie, Je reprends et mon masque, et mon rire moqueur, Mais l'implacable rêve est au fond de mon cœur!
JUANA
Il l'en faut arracher!
MARIA
Va, celui qui l'envoie A d'étranges destins a préparé la voie; Car tu ne sais pas tout!
JUANA
Hélas! je les comprend Cette fièvre du cœur, ces songes déliranst
La folle ambition dont ton ame est troublée Par un mot imprévu souvent s'est révélée, Et j'ai pleuré sur toi, qui ne sais pas encor Borner des vains désirs le chimérique essor. Souffre enfin qu'à ma voix la raison triomphante Chasse tous ces tableaux que ton délire enfante : Songe à l'ange déchu!... L'orgueil, qui le perdit, Il te perdrait, ma sœurl
MARIA
Mais je ne t'ai pas dit Que cet être inconnu, dont la main obstinée Soulève un coin du voile où dort ma destinée, N'est point un vain fantôme! Il vit, il était là, Tel que, durant les nuits mon œil le contempla, Alors que vers un trône il m'ouvrait un passage ! Oui, ses longs cheveux noirs sur son pâle visage Tombaient ainsi! Ses yeux brillaient d'un feu pa-
[ reil !
Et son sourire ainsi torturait mon sommeil !
JUANA
Que dis-tu? don Mendez?...
MARIA
C'est lui, ma sœur!
JUANA
Qu'cntends-je?
MARIA
J'ai dans ses traits mortels retrouvé ceux de
[l'auge!
Oh! comme, à son aspect, bondit mon faible cœur, Le jour où près de nous Dieu l'envoya, ma sœur ! Quand j'écoutai les sons de sa voix douce et tendre, Je ne respirai plus, afin de mieux l'entendre ! Quel secours implorer contre lui? quel rempart M'aurait pu dérober au feu de ce regard Dont j'avais tant de fois éprouvé la puissance? Lorsqu'un soir, déplorant les chagrins de l'absence, Il demanda mon cœur en échange du sien, Hélas, il me sembla qu'il réclamait son bien.
JUANA
Juste Dieu! Maria, que dois-je croire?
MARIA
Arrête !
Ne frémis pas, ma sœur, et relève la tête, Que tes yeux sans effroi s'attachent sur mes yeux ! A tes nobles leçons, au sang de ses aïeux Maria Padilla vit et mourra fidèle, Et le nom qu'elle porte est sans tache comme elle.
JUANA
Oui, je te crois, je t'aime, et veux te protéger : Ecoute-moi : demain notre sort va changer. Des baisers maternels Dieu priva notre enfance, Nous vivions sans plaisirs et presque sans défense, Seules dans ce château, loin d'un père! Aujourd'hui, Dieu me donne un époux et t'envoie un appui! Eh bien! que don Mendez à don Luis se déclare, Et l'autel, qui pour moi s'embellit et se pare, Bientôt, couvert encor de pompeux ornemens, D'une autre fiancée entendra les sermens.
MARIA
Le crois-tu, Juana? je ne sais, mais je tremble.
JUANA
Il t'aime?
Oh, oui, sans doute! et pourtant il me semble Que cet amour n'est point pareil à vos Et mes rêves sont là qui m'obsèdent toujours.
JUANA
Encore ? allons, ma sœur, |>lus de folle pensée ! Don Mendez guérira ta pauvre ame blessée : Faut-il, pour ressembler à ton fantôme vain, Qu'il te mène à l'autel un sceptre dans la main? A don Pèdre appartient celui de la Castille, Ma sœur, et tu n'es pas de royale famille.
maria, vivement.
Qu'importe?
juana, d'un ton de reproche.
.Maria!
maria.
Pardon, ma sœur! pardon !
JUANA
Je te plains et l'excuse ! Ecoute la raison ; A de sages projets que ce jour te rappelle!
[pelle?
Veux-tu m'accompagner, ma sœur, dans la cha- Pour mon heureux hymen viens l'orner avec moi, J'espère qu'avant peu je l'ornerai pour loi.
MARIA
Oui, que ton bonheur seul occupe ma pensée!
Venez donc, orgueilleuse et belle fiance,
De ces momens si doux surveiller les apprêts ;
Allons parer l'autel, et nous irons après
Dans la chambre où souvent ma veille solitaire
D'un travail assidu vous cacha le mystère.
JUANA
Qu'est-ce donc ?
maria , souriant.
Oh! je peux te le dire à présent, Car l'instant est venu de l'offrir mon présent.
JUANA
Un présent?
maria.
Bien modeste, et cependant utile.
juana , vivement.
J'ai deviné !
MARIA
Voyons.
JUANA
Oui, ma sœur est habile :
Le voile dont mon front sera paré demain D'un travail merveilleux s'enrichit sous sa main1 N'est-il pas vrai? Réponds.
maria, souriant.
J'ai tâché!
JUANA
Quelle joie!
Tu songeais à ta sœur? Oh, viens, que je le voie! Tu trouves le secret d'embellir un beau jour, Mais je m'acquitterai, ma sœur ! j'aurai mon tour.
Elles sortent ensemble. Le rideau baisse.
MARIA PADILLA 7
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