‹ Magasin théâtralChapitre 497 sur 1377 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

PAOLO , suivi d'un messager à qui il a remis sa besace et son bâton de voyage et qui reste au fond ; MARCO , retiré dans un coin d'où il observe Paolo.

PAOLO , à voix basse en tombant sur un siège.

Dieu vengeur, je t'offense ; Mais à l'aspect des lieux témoins de notre enfance, Je me sens défaillir sous l'horrible dessein Que, depuis mon départ, je porte dans mon sein.

MARCO , qui s'approche.

Mon ancienne amitié ne peut le méconnaître ; Non , c'est toi, c'est bien toi !...

PAOLO

Marco !

MARCO

C'est vous, mon maitre!

p.ioi.o.

Dans mes bras!

MARCO

Je n'osais.

Eneor !

MARI. il.

Jamais assez !

PAOLO

Mon bon, mon digne ami !

MARCO

Vous me reconnaissez ?

PAOLO

Malgré tes cheveux blancs.

MARCO

J'ai vieilli.

PAOLO

Mon visage, Plus pâle que le tien , a vieilli davantage.

MARCO

Qu'est-ce? un peu de fatigue?

PAOLO

Un mal plus grand.

MARCO

L'ennui Qu'un triste pèlerin traîne en route avec lui?

Non ; les veilles, Marco, le jeûne, une pensée...

(Portant la main à son front.)

Elle est là.

MARCO

Pourquoi donc ne l'avoir pas chassée?

PAOLO

Mais toi , toujours dispos ; l'œil vif, le teint fleuri ; Satisfait de ton sort !

MARCO

Rien vêtu , bien nourri , Je suffis, sans fatigue , aux soins du jardinage. L'hiver j'ai du loisir ; l'été je me ménage. Si mes melons ont soif, je suis leur sommelier ; Mais , quand j'ai soif aussi , je me sers le premier.

paolo. .

Et ta religion?

MARCO

Je la suis.

paolo.

En fidèle?

Mais en vieillard.

MARCO

PAOLO

Comment?

MARCO

A ma façon.

Laquelle?

MARCO

Vous jeûnez ; moi , je tiens que , passé soixante ans, On peut en prendre à l'aise avec les quatre-temps. Pour les veilles, néant; hors si Noël arrive , Vu que le réveillon me met sur le qui-vive. Quant à mon confesseur, ses avis sont ma loi ; Mais le vieux que j'ai pris dit toujours comme moi ; Et si , par grand hasard , il me prêche abstinence , C'est chose de santé plus que de continence. Je ne blâme personne et ne m'émeus de rien.

UNE FAMILLE AU TEMPS DE LUTHER

Doux pour moi , bon pour tous , je ris et mène à

[bien , Sans faire l'esprit fort , ni trancher de "apôtre, Ma joie en ce bas monde et mon salut dans l'autre.

PAOI.O.

Et tu vis d'un œil froid nos autels profanés?

MARCO

Non.

PAOLO

Leurs trésors détruits ?

MARCO

Non pas.

Abandonnés Au pillage, aux fureurs d'un peuple frénétique?

MARCO

Et que pouvait contre eux un pauvre domestique? J'ai crié , mais tout bas; car, à ne point mentir, Je n'eus jamais en moi l'étoffe d'un martyr.

PAOLO

Je devais donc trouver cette tiédeur de zèle Dans le vieil héritier de la foi paternelle ! Et de ces insensés il n'est pas le plus grand : Le moindre crime ici, c'est d'être indifférent. Luigi ?...

MARCO

Vous hésitez !

PAOLO

Mon bon frère...

MARCO

Il vous aime.

PAOLO

Comme autrefois , oui ; mais...

MARCO

Il est toujours le même.

PAOLO

Oui, pour moi; mais... pour Rome?

Expliquez-vous.

PAOLO

Eh bien!

On assure, et je crois... non, non, je ne crois rien. S'il était vrai !

MARCO

Parlez.

PAOLO

Je ne le puis ; je tremble.

Oh! non ; je maudirais le jour qui nous rassemble. Luigi , traître à son Dieu !

MARCO

Qui répand ce bruit-là?

PAOLO

C'est faux ?

MARCO

Quelque ennemi !

PAOLO

Tu l'affirmes ?

MARCO

Voilà

Comme on brouille les gens !

c^aijsD

PAOLO

Achève; je t'écoute.

J'arrivais convaincu ; tu m'as parlé, je doute :

(Le repoussunt. ) Je doute ; ah ! sois béni !... Mais puis -je croire en maiico. [toi?

Eh! pourquoi pas?

PAOLO

Chrétien incertain dans ta foi!

MARCO

Incertain !

PAOLO

Cœur glacé !

MARCO

Souffrez que je m'explique.

PAOLO

Tu te souviens encor que tu fus catholique ; Tu ne l'es plus.

MARCO

Si fait.

TAOLO.

Tu ne l'es plus ; va , fui.

MARCO, à part.

Je le suis trop pour elle et pas assez pour lui.

PAOLO , montrant le messager.

J'ai besoin d'être seul; chez moi conduis cet homme: Je veux lui confier une lettre pour Rome ; Je vais l'écrire.

MARCO

Au moins...

PAOLO

Qu'il la prenne en partant.

MARCO

Au moins voyez la chambre où vous vous plaisiez paolo. [tant.

Non , sors !

MARCO

Des deux côtés voilà qu'on me soupçonne : Soyez donc modéré pour ne plaire à personne!

(Au messager en lui montrant les degrés qui conduisent à la

chambre de Paolo. ) Montez.

egoeeeseeeoesoseeeeooeesseeoesoaeeeoeeeeeeeeeoeeeegseeogeeeeeees

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