SCÈNE VIL
PAOLO, seul.
Dieu me l'a dit; Dieu m'a dit : « Je le veux.» J'ai senti sur mon front se dresser mes cheveux; Il m'a répété : « Marche !» et , plein d'un saint cou-
[rage , J'ai pris, pour obéir, mon bâton de voyage; J'ai marché ; me voici !... Mais devant l'attentat Qui sans vie à mes pieds doit jeter l'apostat , Mon bras peut hésiter si Dieu ne le décide. Apostat, lui, jamais! plutôt moi... fratricide ! Et, puisque j'ai faibli malgré tous mes efforts, Je ne puis me lier par des nœuds assez forts : Ecrivons.
( Il s'assied pics de la table.)
io<;
UNE FAMILLE AL TEMPS DE LU THE M
« Au révérend frère Anastasio , pénitencier de « Sainte-Marie-Majeure.
« Mon père, »
Ma main tremble.
« Peut-être le bruit répandu sur l'apostasie'de mon « frère n'est qu'une œuvre de Mensonge, ou, du " moins, je pourrai par mes paroles raffermir sa foi « chancelante. Tel est le devoir que je me suis im- « posé en m'éclairant de vos conseils, et qu'd me « sera donné de remplir si votre pieuse inspiration « m'anime. »
Inexprimable; ivresse !
Mon cœur se rouvrirait, et des pleurs de tendresse, Des pleurs rafraîchissants par la joie arrachés, Jailliraient vers mon Dieu de mes yeux desséchés !
«Mais il est une autre mission , connue de moi « seul et que j'ai reçue d'un plus grand, d'un plus « saint aue vous, du Tout-Puissant, qui ne veut pas « que je sois séparé de mon frère durant celte vie « dont les joies ou les tourments seront sans fin. Priez « donc, oh! priez à genoux, pour qu'il ne se fasse « pas, en s'obstinant à se perdre, une vertu de l'en- « durcissement; car, je l'ai juré à Dieu, et je vous o écris pour vous le jurer à vous-même, la veille « de son abjuration... »
La veille ! et si demain... Ah! qu'il cède ! qu'il vive, Qu'il vive, et que jamais cette veille n'arrive!
a La veille de son abjuration , je supplierai le ciel, « les mains jointes et le front contre terre, de répan- « dre sur lui les grâces d'un dernier repentir, et, dût <■ mon ame se déchirer... je sauverai la sienne. »