‹ Magasin théâtralChapitre 502 sur 1377 · UNE FAMILLE · texte numérisé non relu

UNE FAMILLE

UNE FAMILLE Al) TEMPS DR LUTHER.

l'AOLO.

,](• crois renaître ; Une ineffable paix se répand dans mon être. Ali ! iniin ami !

LUIGI , montrant le fauteuil de famille.

C'est là que, se penchant vers nous, Celui qui manque ici nous prit sur ses genoux. Frère, tu t'en souviens?

PAOLO

C'est là qu'à ma demande,

De quelque saint martyr il contait la légende , Et que ma mère... alors elle invoquait les saints; Ma mère, pour prier, joignait nos jeunes mains. Tu t'en souviens , Luigi ?

LUIGI

L'été, sous la feuillée, Rappelle-toi nos jeux.

PAOLO

Comme de la veillée Les heures fuyaient vite à ces pieux récits !

LUIGI

Quels plaisirs nous goûtions l'un près de l'autre assis !

PAOLO

Qu'ils étaient purs !

LUIGI

Ces jours reviendront, car tu restes?

PAOLO

Nous connaîtrons encor ces voluptés célestes... Car tu n'es pas changé ?

LUIGI, l'attirant vers la fenêtre ouverte. Regarde.

Où donc ?

LUIGI

Là-bas , Près du pommier, témoin de nos joyeux combats...

paolo. [terre,

Lorsque ses fruits vermeils, qui pendaient jusqu'à Présentaient aux deux camps'des armes pour la guer-

luigi. [re.

Une maison s'élève.

PAOLO

Oui.

Ll ICI.

bâtie à mon goût ; Rien modeste.

PAOI.O.

A la tienne elle ressemble en tout.

LUIGI

Dis-moi quelle est des deux celle que tu préfères?

PAOLO

Elles sont sœurs, Luigi.

LUIGI

Comme noussommes frères.

PAOI.O.

Qui l'habite ?

LUIGI

Un ami va bientôt l'habiter,

Et tu le connaîtrais si tu devais rester.

PAOLO

( l'est :on vœu ?

Ll igi.

Le plus cber.

PAOLO, à part.

II craindrai! ma présence ,

S'il n'était devant moi Ion de son innocence On m'a trompé,

LUIGI

Consens !

PAOLO

Me promets-tu qu'un jour, Comme à seize ans, pourRome épris d'un pur amour, A celui qui de Dieu sur la terre est l'image...

Tu consens ?

PAOLO

Nous irons rendre un dernier hommage?

LUIGI

Eh ! comment ferais-tu pour ne pas consentit Tu verrais sur le seuil , si tu voulais partir, Les souvenirs vivants de notre premier âge , En te tendant les bras, l'arrêter au passage. Reste ! Ton ciel natal , Paolo, le voici ! Ce toit, c'est ton berceau ; ce vieux foyer noirci , Où nos tremblantes mainsseréchauffaientensemble, Nous réunit enfants, vieillards, qu'il nous rassemble. Nos deux chiffres, c'est là que tu les as laissés; Comme d'anciens amis se tenant embrassés, Ils sont unis encor; pourrions-nous ne plus l'être? Reste! Eh! par où nous fuir? Dans cet enclos charn- Tu ne peux faire un pas, regarder, respirer, [pêtie Sans qu'un parfum connu qui revient l'enivrer, L'allée où, chancelant, tu courais sur ma trace, Le fleuve où de la mort tu m'as sauvé, la place Où , plus âgé que toi , je vengeai ton affront , La croix qui si souvent vit incliner ton front, L'eau qui fuit, l'air qui passe ou le vent qui soupire , Emprunte, en s'animant, une voix pour te dire : « Reste '.aime encor ton frère aux lieuxoù lu l'aimais; « Es-tu sûr, si tu pars, de le revoir jamais? »

PAOLO

Et toi, si tu me suis dans la ville éternelle , Pourras-tu l'admirer sans oublier pour elle De ton pays natal le soleil éclipsé , Sans rajeunir de joie en rêvant au passé ? Il a brillé pour toi, son ciel , où ta prière Ne montait qu'à travers l'azur et la lumière; Son pavé triompha! a tressailli sous toi ; Ses débris t'ont parlé ; du cirque, où pour ta foi De ses héros chrétiens mourut la sainte armée, Tu sentis palpiter la poussière animée. [beau ,

Quand Rome en deuil suivit son Sauveur au lom- Tu pleurais... Mais quel jour! qu'il fut grand! qu'il

[fut beau !

Qu'il t'enivra, ce jour où des voiles funèbres Rome, en ressuscitant, déchira les ténèbres! Tous les chants, tous les bruits à-la-fois renaissants, Ces cortèges sacrés, ces nuages d'encens, Ces palmes qui du Christ couronnaient la victoire, Un homme, un prêtre, un Dieu , qui planait dans

[sa gloire Entre Rome et les deux, et des cieus entrouverts,

UNE FAMILLE AU TEMPS DE LUTHER

Répandait les pardons sur Home et l'univers ; Quel spectacle '....OLuigi, les transports qu'il inspi- N'ont-ils p;ts à leur tour une voix pour te dire : [re « Viens! le grand jour approche; ah! viens; venez

[tous deux , » Pleins de la même foi , brûlés des mêmes feux « Qu'il versait par torrents dans votre aine embrasée , « De ses divins pardons recueillir la rosée ! »

LUIGI

Paolo!...

PAOLO

Tu reviendras ! Et quand nous sentirons La grâce à flots sacrés s'épancher sur nos fronts , Puissent nos cœurs noyés dans cette joie intime , Dans ce bonheur de croire où la raison s'abîme, Mourir, et, confondus, voler d'un même essor Au sein de l'Eternel pour s'y confondre encor ! Oui, réunis aux cieux!...Tu pleures!... Ah ! mon On te calomniait; mais qu'un aveu sincère [frère, Me punisse du moins de t'avoir soupçonné. Toi , que je jugeais mal, toi, que j'ai condamné, Apprends...

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