‹ Magasin théâtralChapitre 528 sur 1377 · ELISABETH, GLOCESTER · texte numérisé non relu

ELISABETH, GLOCESTER

Parlez : de lord Rivers avez-vous à vous plaindre ? De quoi l'accuse-t-on ? pour lui que dois-je craindre?

GLOCESTER

Se penchant sur le métier de la reine.

Mais rien, crovez-moi donc. — Quel travail délicat! Cet ouvrage de femme estd'nn goût, d'un éclat!

ELISABETH

Il est vrai , je suis femme, et comprends vos paroles : Je dois me renfermer dans ces travaux frivoles.

GLOCESTER

Vous ai-je dit cela :

Je me le dis pour vous.

Mon Dieu ! de ses secrets que l'état scit jaloux ; J'y consens : gardez-les ; restez-en seul le maître ; Je les ai trop connus pour vouloir les connaître. Mais je suis sœur, milord : je suis mère et je crains. Est-ce nn tort? que l'excuse en soit dans mes chagrins : Le malheur rend timide ; à force de souffrance^ J'ai contre l'avenir perdu toute assurance.

Quittez ce ton le'gei que daanen! votre cœur, Milord, et parlez-moi comme un frère à sa sœur.

GLOCESTER

Eh bien ! îl votre gré gouverne/, votre esclave , Et parlons gravement de ce qui n'est pas grave; l.ord Rivers arrêté! quel forfait est le sien? Que lui reproçhe-t-on !.. rien, absolument rien. Mais à notre Edouard plus je le crois utile, Moins je vois ses dangers avec un œil tranquille»

Quels dangers ?

ELISABETH

Vous savez que vos augustes nœuds Ont dans ses intérêts, dans son orgueil haineux, Ulcéré jusqu'au cœur cette vieille noblesse, Que rien ne satisfait et qui d'un rien se blesse. Quand on vit vos parens des emplois revêtus , On chercha leurs a'ieux ; je comptais leurs vertus' Rivers, qu'avaient poussé mes amis et les vôtres, Vint sur les bancs des pai rs s'asseoi r parmi nous autres Dont les noms se perdaient dans la nuit du passé ; Le mot de parvenu fut alors prononcé : Mot banal, et des cours injure favorite Lorsqu'auprès des grands noms s'élève uu grand me- Sa fortune croissant avec ses ennemis, [ rite.

L'héritier du royaume h ses soins fut remis. On murmura plus haut ; mais on craignit les armes Que vous teniez du roi subjugué par vos charmes.

ELISABETH

Milord!...

GLOCESTER

Qui n'eût fléchi sous un tel ascendant ? J'y cède, comme lui, reine, en vous regardant. Mais enfin ce dépit, que retenait la crainte , Depuis votre veuvage éclate sans contrainte. «Votre frère, dit-on, maître du jeune roi, » C'est ce parti haineux qui parle et non pas moi, « Gouverne son esprit ainsi que sa personne , » Et mettrait volontiers les mains sur sa couronne. »

ELISABETH

Qui, lui ! mon noble frère !...

Eh non, mille fois non!

Ce sont vos deux enfans qu'on poursuit sous son nom; On voulait, prévenant le sacre qui s'apprête, Pour aller jusqu'au roi, faire tomber sa tête.

ELISABETH

Mais c'est affreux ! milord.

GLOCESTER

Sans doute, c'est affreux; Et de tous ces complots l'artisan téne'breux, Quel est-il ? Lord Hastings.

ELISABETH

J'en fre'mis : à l'entendre, Il avait pour mes fils un dévoûment si tendre ! A qui donc se fier?

GLOCESTER

A moi, qui l'ai puni.

Gardez-vous cependant de croire tout fini ; Leur parti n'est pas mort avec ce chef habile. Il fallait à Rivers assurer un asile ; Il fallait plus encor , que le bruit des verronx Par un acte apparent satisfit leur courroux. Voilà le double but où je voulais atteindre, Et, le complot détruit, tout calmé, pourquoi feindre? Rendant pleine justice à Rivers méconnu , Je l'embrasse, et lui dis : soyez le bienvenu.

LES ICNKANS I> EDOUARD.

De (mil ce que j'ai l.i'.l Ici est l'aven sincfre :

Eli l'icn ! ai je à tua soeur répondu comme un frère?

Sous cet amas d'horreurs mon cœur resteabattu; l'eut on se faire un jeu île noircir la vertu !

GLOCESTER

Eh! que dîriez-vous donc, si dans leur folle haine Ils osaient insulter jusqu'à leur souveraine ?

ELISABETH

Moi!

Vous : de votre bymen b légitimité ?ar de sourdes rumeurs est un point conteste ; Et, comme leur fureur ne peut être assouvie Qu'en frappant mes neveux dans leurs droits ou leur Ils vont plus loin. [ vie,

ELISABETH

Comment ?

GLOCESTER

Et cette indignité Réussit en raison de son absurdité !

Plus une calomnie est difficile à croire, Plus pour la retenir les sots ont de mémoire.

ELISABETH

De grâce, expliquez-vous.

GLOCESTER

Je comprends ces discours ; Quand une Jeanne Shore est du mépris des cours Retombée à sa place, et meurt en criminelle, Dans la fange, où déjà son nom traîne avant elle ; Fussent-ils , ses enfans, issus du sang des rois, Le dernier des Anglais peut contester leurs droits. Ils étaient nés flétris, ces fruits de l'adultère ; Mais vos fils !...

ELISABETH

Ose-t-on déshonorer leur mère ?

Répondez-moi , milord : l'ose-t-on ?

GLOCESTEB.

Bruits menteurs , Dont je voudrais connaître et punir les auteurs.

ELISABETH

On l'ose !

GLOCESTER

Ah ! milady, que du faîte où nous sommes Le spectacle qu'on a vous dégoûte des hommes !

Mon frère , moi , mes fils , tout frapper à la fois ! Je reste de surprise immobile et sans voix.

GLOCESTER

Enfin dans leur démence ils vont jusqu'à prétendre Que d'un remords secret ne pouvant vous défendre, Tout entière à vos Gis, vous les aimez assez Pour vous sacrifier à leurs jours menacés ; Et... puis-je d'un tel bruit me rendre l'interprète? Signer l'aveu public des erreurs qu'on vous prête...

Le signer !

ELISABETH

Par tendresse : en préférant pour eux Une vie assurée à des droits dangereux.

Le signer! qu'à ce point la terreur m'avilisse :

Que de mon lâche cœur celle main soil complice , Pour flétrir mes enfans, pour les déshériter, Pour abdiquer ces droits qu'on leur vient disputai , Droits augustes, milord, certains, incontestables, Et dont j'écraserai tous ces bruits misérables ! Le signer ! je suis faible , et cependant j'irais , Reine et mère à la fois, dans mes yeux, sur mes traits, Portant le démenti d'une telle infamie , Aborder le front haut cette ligue ennemie. J'irais , je traînerais mes deux fils sur mes pas ; Je prendrais d'Edouard l'héritier dans mes bras : Oui, j'en aurais la force, et courant leur répondre , Au peuple rassemblé dans les places de Londrc , Je dirais, je entais... Que sais-je? Ah! si les mots Me manquent , au besoin , mes regards, mes sanglots Répandront au dehors ma douleur maternelle ; Si ma voix me trahit , mes pleurs crîront pour elle : « Peuple , sauve ton roi , c'est Edouard , c'est lui ; » Edouard orphelin qui te demande appui. » Abandonné de tous, c'est en toi qu'il espère : » Adopte mes enfans qu'on prive de leur père. » Mes enfans! mes enfans!... Ah ! qu'ils viennent, vos Qu'ils m'insultent en face; ils me verront alors, [lords; Entre mes deux enfans , faire tète à l'outrage. La lionne qu'on blesse aurait moins de courage , Moins de fureur que moi , si jamais je défends Les jours, les droits sacrés, l'honneur de mes enfans.

GLOCESTER

Vertu , que c'est bien là ton sublime langage ! Mais croyez qu'avant vous, si la lutte s'engage. J'irai leur faire affront de leurs propres noirceurs, Reine, et vous m'oubliez parmi vos défenseurs.

ELISABETH

Vous, jamais! Après Dieu, soyez ma providence. De vos soins pour Rivers j'admire la prudence ; Je vous en remercie. Ah ! qu'un plus noble effort

A William qui rentre.

Couronnant vos projets... — Que nous veut-on?

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