SCÈNE IV
GLOCESTER, BUCKLAGHAM.
glocester , à Buckingham qui entre.
De grâce, arrivez donc, cousin; on vous désire.
BUCKCTGHAM.
Très-noble protecteur, souffrez que je respire. Je voulais des premiers saluer à la Tour Le roi , qu'auprès de vous je croyais de retour; Mais je suis peu surpris qu'il traverse avec peine L'océan plébéien dont chaque rue est pleine.
Allant à la fenêtre qu'il ouvre.
Avant de m'accuser , milord, regardez-les
Quelle foule ! on s'écrase; et de Douvre à Calais
La mer, par un gros tems , a plus de courtoisie
Que ce peuple agité jusqu'à la frénésie.
Il ne veut que son roi ; froissé dans ses ébats ,
Meurtri de ses transports , je me disais tout bas .
Qu'on serait mal venu , par force ou par adresse ,
A lui ravir l'objet d'une si folle ivresse.
Quand je vous parle ainsi je ne suis pas suspect ;
Ils ont, paibleu , pour moi montré peu de respect :
El mon rlieval pourl.'int est de plus noble race Que ce troupeau d'Anglais entassés sur la place.
clocester.
Parlait-on de la reine ?
BCCKINGffAX.
Avec nn dévouaient .'...
GLOCESTER
Elle est à Westminster.
BICKHVGHAM.
Elle !
GLOCESTER
Et son Gis !
BUCKINGHAM
C'est très- vrai.
Vraiment
GLOCESTER
BUCKINGHAM
Dans quel but?
GLOCESTER
Si tu peux le comprendre, Tu me feras plaisir, consin , de me l'apprendre.
BUCKINGHAM
Peut-être un mot de vous a causé son effroi.
GLOCESTER
Oui , j'aurai trop parlé : tout le mal vient de mot. Il m'a fallu souvent descendre à l'imposture ; Mais j'y suis maladroit : c'est contre ma nature.
Quelle faute !
BUCKINGHAM
GLOCESTER
J'ai peine à me la pardonner.
J'aurais dû par toi seul me laisser deviner; J'étais sûr de ta foi.
BUCKINGHAM
Certes.
glocester , en souriant
La reine est belle ; Et je vous crois, cher duc , assez bien avec elle.
BUCKINGHAM
Moi !.. sa grave beauté serait fort de mon goût j Ma gaîté , par malheur , ne lui va pas du tout.
GLOCESTER
J'avais compté sur vous pour certaine entreprise !...
BUCKIKGHAM.
Contre l'autel , milord ! qui s'y heurte , s'y brise. Je vous l'ai toujours dit ; respectez le saint lieu : La haine tient long-tems dans les hommes de Dieu. Orgueil épiscopal , ranenne monastique , Remuer tout cela n'est jamais politique.
GLOCESTER
Ta raison , Buckingham , quelquefois me confond.
buckingham , en riant.
Pas plus que moi , milord.
GLOCESTER
Ton esprit est profond.
BUCKINGnAM.
Les fous sont e'tonnans dans leurs momens lacides.
l.l'.S I'.NFANS I) I.DOUAUI.
GtOCr.STl.lt.
De tous mes inti:i <-ls il faut que lu déi •
buckingham , à part.
Me vc vient-il ?
glocester , avec bonhomie.
Pourtant tes conseils m'ont déplu j Mon pauvre Bnclcingham, oui . je t'en ai voulu, .l'en conviens : j'étais fou , j'avais une pensée, Une pensée horrible, et je l'ai repoussée. Elle m'aurait perdu; l'abîme était voisin ; J'y tombais.
BUCKEVGHAM.
Je le crois.
GLOCESTER
Embrasse- moi , cousin :
Tu m'as sauvé.
BUCKINGHAM
Milonl !
GLOCESTER
D'une chute certaine.
buckingham , à part.
Me suis-je trop pressé de parler à la reine ?
GLOCESTER
J'avais vu le lord-maire; il voulait tout oser. Tu passeras chez lui.
BUCKHVCIIAM.
Qui , moi ?
GLOCESTER
Pour refuser.
BUCKINGHAM
Quoi! positivement?
GLOCESTER
Même avec cet air digne, Ce dédain vertueux de l'honneur qui s'indigne.
BUCKINGHAM
Je ne remettrai pas l'ambassade à demain.
glocester , à part.
Non; mais l'ambassadeur peut rester en chemin.
On entend du dehors la rumeur île la foule et les erls Je Vive le roi \ \ivc lùîouard !
A Buctingliam,
Quels cris !
BUCKINGHAM
Le roi s'approche.
GLOCESTER
Exploitons sa faiblesse; Gouvernons, à nous deux , sa précoce vieillesse. Le flatteur qui nous perd est mieux venu souvent Que l'ami qui nous sauve e.-. nous désapprouvant; Mais détrompé plus tard , c'est à l'ami qu'on pense. Et tu sauras bientôt comment je récompense. Ta main ? oublions tout.
BUCKINGHAM
Et de grand coeur , milord.
GLOCESTER
Cousin, c'est entre nous h la vie, à la mort.
buckingiia<ji, à part.
J'en crois son intérêt qui dicte sa conduite.
glocester , i? pari.
Qu'il repaie sa faute et qu'il la paie ensuite. A Buclingliam.
Viens au-devant du roi ; courons. Mais le voici.
Les Mêmes, EDOUARD. LE CARDINAL, BOUR- CHIER , L'ARCHEVÊQUE D'YORK, la Cour.
glocester , à Edouard.
Ah ! pardon ! moi , milord , vous recevoir ici ! C'est au seuil de la Tour, c'est aux portes de Londr
Mettant tin genou en terre.
Que parmi vos sujets je devais me confondre, Et le front découvert, — vous offrir h genoux, Les vœux du plus zélé , du plus humble de tous.
Edouard , le relevant.
Mon oncle, dans mes bras ! .. crue leur foule attendrit
Doit mêler de regrets a son idolâtrie !
Ah ! ce n'est pas a moi de connaître l'orgueil :
Je n'ai rien fait pour eux. Digne objet de leur deuil,
Que mon père au tombeau soit Ger de son ouvrage j
C'est lui qui m'a laissé leurs cœurs en héritage.
Mais un autre oncle encor devait m'ouvrir ses bras ?
glocester.
Lord Rivers.
Je le cherche , et je ne le vois pas. Depuis que par vos soins tant d'éclat m'environne , Qu'une garde d'honneur entoure ma personne, Sans m'en donner avis , il a quitté la cour , Et près de vous, dit-on, m'a devancé d'un jour.
glocester.
J'ai moi-même à la reine expliqué son absence.
EDOUARD
Ma mère!... Ah! pardonnez à mon impatience, Et Richard ! Où sont-ils ?
Que mon noble neveu D un tort dont je gémis reçoive ici l'aveu. Un parti s'agitait ; j'en informe la reine ; Elle en prend quelque ombrage, et je la quitte a peine Qu'aux murs de l'abbaye elle va s'enfermer. C'est ma faute : pour vous trop prompt à m'alarmer, Je n'ai pas ménagé sa terreur maternelle , Et je suis, par tendresse, aussi coupable qu'elle. Excusez-nous tous deux.
EDOUARD
Ah ! courons la chercher-
glocester.
C'est donner de l'éclat a ce qu'il faut cacher. De votre main royale un avis doit suffire. Un mot qui la rassure , un seul !
Edouard , courant s'asseoir près de la tablé.
Je vais l'écrire.
GLOCESTEn , s' approchant des prélats.
Mes vénérables lords, à vos soins j'ai recoars : Appuyez cet écril de vos pieux discours: L'éloquence du cœur coule de votre bouche. Je me joindrais à vous ; mais sur ce qui vous touche, Dût mon respect profond paraître timoré ,
Le seuil de Westminster pour mes pas est sucre. Edouard, tandis que Glocester continue de s'entretenir avec les eveques.
Ah ! bonjour , Buckingham !
BUCKINGIIAM.
La santé de sa grâce A souffert du voyage.
Edouard , qui se remet à écrire.
Un peu.
BUCKINGHAM
Ce bruit vous lasse , Mais cet excellent peuple est toujours furieux , Et tarait ses amis pour les accueillir mieux.
EDOUARD
Je l'aiinc : ses transports passent mon espe'rance , Et j'en parle à la icine avec reconnaissance. glocester , remerciant les évéques- En toute occasion disposez du pouvoir;
A Tyi i i s'incline dcVant lui.
Je le mets a vos pieds. — Enchanté de vous voir , Bon sir .lame I
édouamd. en se levant , à Glocester qui se trouve entre lui et Buckingliam.
Voici la lettre pour ma mère.
glocester , après l'avoir prise.
Permettez que j'honore un dévouaient sincère, Celui dont Buckingham a fail pn uve pour vous. Le comté d'Hereford lui fut promis par nous ; Confirmez-en le don : cette faveur légère, S'il la tient de vos mains , lui deviendra plus chère.
EDOUARD
A BiiclinRli»m.
Vous me rendez heureux. C'était me réserver Le plaisir le plus doux qu'un roi puisse éprouver. buckingham, à Edouard.
Servant la main de Glocester.
Votre grâce me comble. — Ah ! milord !... glocester , à Buckingham.
Je suis juste.
Remettant la lettre aux évéques.
En vous voyant chargés de ce message anguste , Quel doute peut encor retenir notre sœur? Promettez , accordez , satisfaites son cœur : Je vous laisse de tout les suprêmes arbitres.
A Buekingriam.
Ah ! cher duc !... ou cher comte, ou se perd dans
[vos titres, De vous joindre aux prélats n'ètes-vous point jaloux ?
BUCKCfGHAM.
Je m'en ferais honneur.
GLOCESTER
La reine croit en vous...
Parlez-lui; dissipez sa crainte imaginaire.
J'y cour».
BUCKJJSGUAM.
GLOCESTER
Veuillez après passer chez le lord-maire , Je le croi» à Whil-liall.
KDCKUVGHAM.
ii m y verra , milord.
GLoctsTEii, qm lut frappe nui l'épaule , en jetant
un coup d'œd d TyrrcL Succès et bon retour au comte d Hen
l'un Lin ;ham sort avec le* évéques ; Tyrrel les suit, la cour te relire congédiée par Glocester.