‹ Magasin théâtralChapitre 544 sur 1377 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

EDOUARD , assis sur le lit , LE DUC D'YOI'.K, sar un siège près de lui, tenant un livre.

Je m'écouter, milord, vous me ferez la grâce, Ou je ne lirai plus.

EDOUARD

La lecture me lasse.

LE Dt C D'YORK.

Voyez sur ce fond d'or la Madeleine en pleurs,

T «ni I, pagi r

Da dragon de saint George admirez les coulenra.

ÉnouAB.o.

.Te l'ai tant vu , Richard!

MAGASIN TIlf.ATIlAt .

LE DOC 1) YORK

Eh bien , mon Hier malade Veut-il que je lai chante une vieifle ballade?

EDOUARD

Non.

LE DUC d'yORK.

Irai-je danser pour l'égayer un peu?

EDOUARD

Rcsle.

Veut-il jouer?

EDOUARD

Je n'ai pas cœur an jeu.

le duc d'york , se levant.

Je me dépite enfin.

EDOUARD

Tu me laisses ?

LE DUC DYORK.

Que faire?

On vous propose tout , rien ne peut vous distraire.

EDOUARD

C'est que je souffre.

le duc d'york , revenant.

Ami, conte-moi tes tourmens.

Aussi, pourquoi nourrit ces noirs pressentimens ? Quand , sans bruit , ce matin j'ai quitté natre couche, Tu dormais , des sanglots s'échappaient de ta bouche.

EDOUARD

Verrai-je donc toujours ces roses de Windsor!

le duc d'york .

Un rêve t'agitait ; il te poursuit encor : Dis-le-moi.

EDOUARD

Tu lirais.

LB DUC D'YORK

Pourquoi? s'il est terrible , Je promet* d'avoir peur; parle. •

C'est impossible; Il était si confus, si vague!

le duc d'york.

Je le veux.

Edouard.

Pour le couronnement on nous cherchait tous deux. Je t'ai dit : « Viens, Richard, ma mère nous appelle ; » Et , te prenant la main , je voulais fuir, près d'elle, Un tigre dont les yeux semblaient nous menacer. Mes pieds marchaient, couraient sans pouvoir avancer; Et toujours, mais en vain.

LE DUC DYORK.

Oh ! c'est vrai : dans un reve On s'élance, on veut fuir ; ou ne peut pas. Achève.

EDOUARD

Tout-a-coup, à Windsor je me crus transporté. Le feuillage tremblait par les vents agité; Leur souffle tiède et lourd annonçait un orage Pour deux pâles boutons , qui , pi esque du même âge , Sur un même rameau confondant leur parfum , L'un à l'autre enlaces , semblaient n'en former qu'un. Unis comme eux , Richard , nous admirions leurs

[charmes.

En voyant l'eau du ciel qui les couvrait de larmes , Je les pris en pitié sans deviner pourquoi , Et tu me dis alors : « Mon frère , un d'eux , c'est toi : L'autre , c'est moi. » Soudain le fer brille. O prodige ! Le sang par jets vermeils s'échap| e de leur tige. Comme si c'était moi c;::i le perdait ce sang, Mon cœur vint à faillir; ma main en se baissant, Pour chercher dans la nuit leurs feuilles dispersées , Toucha de deux enl'ans les dépouilles glacées. Puis je ne sentis plus; mais j'entendis des voix Qui disaient : portes I beau de nos rois.

LE DUC DYORK

J'en suis encore ému... Cille lois je me fAehc ,

C'est la faute, Edouard : lu semblé ; rendre à tâche

D'offrir à ton esprit mille objets attrîstans,

Et puis tu dis après : Je souffre... il est bien tenu !

Au lieu de le livrer à la mélancolie,

Lève-toi; viens, courons, faisons quelque folie.

Aussi gai qu'un beau jour, j'étends, a mon icvcil,

Comme les papillons, mes ailes au soleil ,

Et me voilà parti, sautant , volant...

EDOUARD

L'espace?

Il te manque , Richard.

le duc d'york.

D'accoi d , mais je m'en passe, Ou, pour donner le change à ma captivité, Je maudis mon cher oncle en toute liberté. Suis mon exemple; allons! la colère soulage.

EDOUARD

Devais-je m'emporter jusqu'à lui faire outrage

On le calomniait , il s'en est indigné;

A souffrir cet affront qui se fût résigne ?

Quand un roi sent ses torts, il faut qu'il les répare.

LE DUC D'YORK

Ne t'en avise pas, ou, je te le déclare, Je te fuis.

Edouard , en souriant.

Si tu peux.

LR DUC D'YORK.

Alors, j'ai donc raison, Puisque tu reconnais qu'il nous tient en prison.

EDOUARD

Lui?

LE DUC D'YORK

Depuis trois grands jours.

EDOUARD

Non, ta haine exagère.

LE DUC D'YORK

Si nous n'étions captifs, nous aurions vu ma mère.

EDOUARD

C'est trop vrai.

LE DUC D'YORK

De la Tour le nouveau gouverneur...

EDOUARD

Sir Tyrrel?

le duc d'york.

J'en conviens , c'est un homme d'honneur, Qui, se prenant pour moi dune folle tendresse, Se plaît à me conter les tours de sa jeunesse. Eh bien ! tout bon qu'il est , au fond c'est un geôlier.

Je te trouve avec lui beaucoup trop familier.

le duc d'york.

Sois digne ; tu le dois. Mais moi , je le ménage ; J'ai découvert son faible", et j'en prends avantage. S'il nous vient du dehors quelques jeux ou des fruits, Quelque livre attachant qui trompe nos ennuis , C'est lui qui le veut bien.

EDOUARD

I; lait pins : il nous laisse Sur le balcon voisin sortir quand le jour baisse.

LE DUC D'YORK

Là , je rêve à mon tour, mais plus «aiment que toi J Je fends l'azur du ciel qui s'ouvre devant moi ; Libre, je rends visite à la terre , aux étoiles $ Sur la Tamise en feu je suis ces blanches voiles, Ces barques dont la lune enflamme les sillons , Et je me laisse à bord glisser dans ses rayons.

EDOUARD

Que ne pouvais-je hier voler avec la brise Vers cette femme en deuil sur une pierre assise l C'était ma mère.

LES ENKANS D kDOUAKD.

LE DUC DYORK.

Hélas».

EDOUARD

Je la vis le premier.

Non , c'est moi.

EDOUARD

C'est bien moi. Je n'osais pas nier; Les bras tendus, l'œil fixe et l'oreille attentive, J'écoulais les sanglots de cette ombre plaintive. Que de fois dans les airs mon mouchoir a flotte !

LE duc d'york.

Quel bonbeur quand le sien vers nous s'est agite ! [bre Mais tous nos signes vains, mais nos baisers sans nom- Se sont perdus bientôt dans les vents et dan* l'ombre.

EDOUARD

Nous ne la venons plus.

LE DUC D'YORK

Conserve donc l'espoir.

Nous la verrons, te dis-je, aujourd'hui, dès ce soir; Ami , c'est sans raison qu'aux terreurs tu te livres. Chut ! j'entends sir Tyrrel.

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