SCÈNE IV
GLOCESTER, TYRREL.
L'n nflicier de la Tour, <|ui précède le récent, pose un (lambeau sur la lubie , et se relire.
GLOCESTER
Où sont-ils?
tyrrel , montrant la porte latérale.
Là, milord.
Va fermer cette poite.
TYRREL.
si c'est la liberté que votre grâce apporte, le vais les appeler.
GLOCESTER
N'as-tu pas entendu?
A Tyrrel , qui revient âpre» avoir obéi .
Buckingham -vit, Tyrrel.
TYRREL.
Il s'est bien défendu.
GLOCESTER
Tu Tas mal attaqué.
TYRREL.
J'allume le contraire ; Mais après tout , milord , coup nul : c'est à refaire.
GLOCESTER
J'attendais mieux de toi .
TTRREL.
Si le tems m'eût permis De prendre pour seconds deux de mes bons amis...
GLOCESTER
Qui se nomment ?
TYflREL.
Bigliton et Forrest; je vous jure Qu'en dépit du hasard, la partie était sûre.
GLOCESTER
Jusqu'à moi ces noms-là ne sont point parvenus.
TïllREL.
Leur grand défaut pourtant n'est pas d'être inconnu*.
GLOCESTER
Ces gens sont sons ta main?
TYRREL.
Et «lès lors sous la vôtra.
GLOCESTER
Ils pourront avant peu me servir l'un et l'autre.
TYRREL.
Parlez , ils frapperont.
GLOCESTER
Toi présent.
TÏRREL.
Me voici.
eLoc ESTER.
Sous mes yeux.
TYRREL.
Quand, mîlord?
GLOCESTER
Ce soir.
Oïl donc?
glocester , indiquant le lit du doigt.
tyrrel , avec horreur.
Quoi! le régent voudrait...
GLOCESTEE.
C'est le roi d'Angleterre , Qui te parle et qui veut.
tyrrel.
Le roi !
GLOCESTER
Pourquoi le taire?
Nos prélats et nos lords m'ont proclamé. tyrrel.
Vous!
GLOCESTER
Moi.
TYRREL.
Mais le peuple...
GLOCESTER
Le peuple a dit : Vive le roi !
Que voulais-tu qu'il dît?... Qu'importe la personne? Vive le roi , pour lui c'est vive la couronne , Le sacre dès demain la mettra sur mon front. Buckingham et les siens contre moi s'armeront ; Ils veulent m' arracher mes captifs par la force , Et, pour jeter au peuple une trompeuse amorce , Piépandent qu'Edouard m'apparaîtra demain, Libre dans Westminster et lc-sceptte à ]<x main. Comme il suffit , Tyrrel , d'un mi dans un royaume, Je veux, s'il m'apparait, qu'il ne soit qu'un fantôme*
Ah ! celui-là , milord , troublera mon sommeil.
LES ENFANS D EDOUARD
Si vous les aviez vus, Mer, ,H leur réveîl ,
Les yeux encor fermes, le plus jeune îles frères
Tenant encor entre eux ce livre de prièçcs!
Leurs bras nus se cherchaient Pua vers l'autre étendus;
Sur ce lit leurs cheveux retombaient confondus; Leurs bouches <[ui s'ouvraient, comme pour se sourire,
Semblaient avoir en songe un mot tendre h se dire. Si vous les aviez, vus , vous-même épouvante Devant tant d'abandon, de grâce et de beauté, Vous auriez dit , milord : il faut trop de courage Pour détruire du ciel le plus charmant ouvrage !
GLOCESTER
Pourtant tu m'appartiens.
TYRREL.
Oui , je me suis donné ; Oui, vendu pour de l'or, vendu comme un damné ; Je l'ai reçu cet or, et, s'il fallait le rendre , Il est déjà trop loin pour savoir où le prendre. Désignez donc un homme et son sang vous est dû, Un homme et j'obéis : car je me suis vendu; Mais deux enfans si beaux, deux faibles créatures, M'appelant, murmurantmonnom dans leurs tortures, Les étouffer !
GL0C1STER
Le contenant.
Tyrrel !
TYRREL.
Pourquoi ? sous les verrous Qu'ils vivent pour moi seul , et qu'ils soient morts
[pour tous.
Mort comme eux , je veux bien garder leur sépulture ; Je m'y plonge. Ou plutôt qu'Edouard sous la bure, Par les ciseaux d'un moine à l'autel couronné Ait pour royaume un cloître où je l'aurai traîné. Je l'y traîne, et le laisse au fond de sa retraite ; Car je suis , j'en conviens, mauvais anachorète, liais l'autre, je l'emmène en France, à l'étranger, Loin , si loi'i ; que sa vie est pour vous sans danger; Je lui donne les moeurs, les goûts que j'ai moi-même, Les vices, s'il le faut... Que voulez-vous? Je l'aime. J'aime en lui le seul bien qui m'ait coûté des pleurs : Mon Tonii , mon trésor de joie et de douleurs , L'astre qui rayonnait sur mes nuits enivrantes , L'enfant qui m'a baisé de ses lèvres mourantes. Traitez-moi de rêveur, de fou, si vous voulez; Mais quand je vois ses yeux, ses longs cheveux bouclés, Je me sens tressaillir jusqu'au fond des entrailles; Lorsque leurs cris aigus frapperaient ces murailles , C'est de mon fils, milord, que j'entendrais les cris : Je ne peux pas pour vous assassiner mon fils.
GLOCESTER
A part. A Tyrrel.
Je l'avais dit, pas un ! — Allons, calme ta tête. A ton projet , Tyrrel , il se peut qu'on s'arrête : C'est accorder leur vie avec ma sûreté. Nous y réfléchirons; mais reprends ta gaîté. Quelques joyeux amis , que le plaisir amène , Viennent fêter ici ma royauté prochaine.
TYRREL.
Cette nuit?
A demain les travaux importans !
Pour cette nuit encor revenons à vingt ans ; Sois l'homme d'autrefois. Je veux que cette orgie Surpasse en beau désordre , en brûlante énergie , En joie, en mets exquis, comme en vins généreux, Tous tes vieux souvenirs retrempés dans ses feux.
Non, milord.
Pourquoi:
GLOCESTER
Refuser, qui? toi! C'est impossible.
TTRREL.
Non, par pitié; mon ivresse est terrible.
GLOCESTER
Aussi je compte bien que sir Jame aujourd'hui
Saura devant son roi rosier maître de lui. Craint-il de n'avoir pas une tète assez forte Pour calculer les points que le dé nous apporte?
tyrrel , vivement.
On joûra?
GLOCESTER
Des trésors : tes yeux vont s'enflammer, Lorsque sur le tapis tu verras s'abîmer, S'engloutir en un coup plus d'or, plus de richesses, Que n'en ont dévoré vingt nuits de ta jeunesse.
tyrrel , à part. Oh! le démon me tente.
GLOCESTER
Oui , trésor sur trésor, Risqués par nous , perdus, gagnés , perdus encot^ Tandis que dans sa course uu bol intarissable , Dont les flots a pleins bords circulent sur la table , Dont la vapeur s'exhale en parfumant les airs , Aux reflets des enjeux vient mêler ses éclairs. Ils sont aux mains ; l'or brille et le punch étincelle ; Veux -tu laisser languir la veine qui t'appelle ? Veux-tu laisser mourir ta fortune en espoir? Le veux-tu?... libre h toi!
tyrrel.
J'irai.
glocester , avec indifférence.
Si le devoir, Le scrupule est plus fort...
tyrrel.
J'irai.
glocester . de même.
Suis ton envie.
TTRREL.
Je ne puis reculer sans mentir à ma vie.
GLOCESTER
Sans te perdre d'honneur.
TYRREL.
Longs jours à Richard trois, Et bonheur à Tyrrel !
Edouard, en dehors.
Sir Jame !
, C'est sa voix !
C'est Edouard.
glocester, froidement.
Eh bien! qu'as-tu donc?
TYRREL.
Rien.
GLOCESTBR.
Qu'il vienne.
A part , tandis qne Tyrrel va ouvrir la porte.
Quand j'achète ton bras, c'est pour qu'il m'appar- Pitoyable rêveur ! [ tienne ,