‹ Magasin théâtralChapitre 55 sur 1377 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

MARIA, DON PÈDRE, sur le balcon.

DON PÈDRE

M'y voici !

Mon féal confident en ruse est passé maître ;

Il dispose l'échelle, il ouvre la fenêtre:

Honneur à Diego !

Il descend en scène.

maria , s'avançant.

Vous vous trompez, c'est meit don pèdre, reculant de surprise.

Ah!

MARIA

Puis-je faire moins pour rnongeigneur le roi?

DON PÈDRE

Qu"cntends-je?

S'il est mal reçu dans ma demeure, Don Pèdre de Castille en doit accuser l'heure.

DON PÈDKE.

Silence !

MARIA

Ici sans doute on l'accueillerait mieux S'il y disait son nom à la clarté des cieux.

DON TÈDRE.

Oh! tais-toi, Maria, tais-toi! je t'en conjure!

MARIA

Pourquoi donc me tairais-je?

DON PÈDRE

Oui, je t'ai fait injure, Mon amour m'égarai.... Le tien doit m' excuser.

MARIA

Qu'importe mon amour à qui peut tout oser?

DON PÈDRE

Hélas! sur mon audace un mot de toi l'emporte.

MARIA

Priez don Diego de vous prêter main forte.

DON PÈDRE

Oh! veux-tu me punir et m'accabler toujours? Jesurs tremblant 1 . . . regarde 1 . . . Et souviens-toi des Ou Maria semblait heureuse de m'entendre, [jours S»;s yeux étaient si doux! sa voix était si tendre!

Où j'ai vu mon égal je ne vois plus qu'un roi.

DON PÈDRE

Et qui donc, quand je t'aime, est au-dessus de toi ?

MARIA

M'ainier ! Connaissez-vous les femmes de ma race? Jamais (et jusqu'au bout je veux suivie leur trace) De l'asile où les garde un légitime orgueil Nul autre qu'un époux n'osa franchir le seuil.

DON PÈDRE

TJfc époux!...

MARIA

Ah! ce mot vous étonne peut-être?

Omî, don Pèdre s'est dit : Je règne, je suis maître ; A om. les biens, le sang, l'honneur de mes sujets! Uu faux nom va cacher mes glorieux projets ; Dieu me livre et permet que je la déshonore Cette fille au cœur pur , qui croit , car elle ignore ; A '«es sermens d'amour son amour cédera; S'il résiste ou s'il tarde, un lâche la vendra! Mai* elle est Castillane et noble, cette fille! Mau ''opprobre jamais n'atteignit sa famille; Mai< <;lle peut braver qui la voudrait flétrir! IL na laut qu'un poignard et du cœur pour mourir.

DON PÈDRE

Mourir?

MARIA

Le cœur est prêt, et la main sera ferme ! L'aveiar qui m'attend, un seul mot le renferme; Cai, liemain, mes amis, en revenant chez moi, prouveront un cadavre, ou la femme d'un roi! Prononcez I

BON PÈDRE

tfaria, je t'en prie, oht pardonne !

Hélas! qui plus que toi mérite une couronne? Pour expier mon crime et venger ton affront, Que ne puis-je à l'instant la placer sur ion front! Je suis bien malheureux ! Repoussé par mon père, Aux ordres d'un valet enchaîné par ma mère, J'ai langui dix-huit ans abandonné de tous! Enfin, quand Dieu sur moi jette un regard plus doux, Au moment où la mort me fait roi de Castille, Que vois-je? l'étranger, mes vassaux, ma famille, Ligués contre un empire encor mal affermi: [ami, Mon cœur faible et souffrant ne cherchait qu'un Je ne l'ai pas trouvé!... Mon trône, qui chancelle, D'un ministre insolent doit subir la tutelle, Albuquerque et ma mère usurpent mon pouvoir, Et je suis l'instrument que leur main fait mouvoir. Qu'importe?... je t'ai vue, et mon aine ravie A deviné soudain une nouvelle vie ; Combats, chagrins, malheurs, tout avait disparu ! Maria, je t'ai dit : Je t'aime! et tu m'as cru! Et ta bouche, à son tour, a répondu : Je t'aime!

MARIA

Don Pèdre m'a trompée et se trompait lui-même.

DON PÈDRE

Don Pèdre à tes genoux demande le bonheur.

MARIA

Maria Padilla redemande l'honneur.

DON TÈDRE.

Eh bien! je suis coupable! Hélas! te Pavouerai-je? Un de ces courtisans, dont la foule m'assiège, M'enivra du bonheur qu'il me fit entrevoir : « Elit est à vous, don Pèdre, il suffit de vouloir,» Disait-il! Et mon cœur, lassé de sa souffrance, D'une ineffable joie accueillit l'espérance : Car, vois-tu, ma couronne et mon titre de roi, Je les aurais donnés pour dire : Elle est à moi ! Oh! que ma voix arrive à ton ame attendrie; Daigne tendre la main au repentir qui prie, Maria, mon amour, mon bonheur, mon trésor, Apaise ta colère, et que je voie encor Ce sourire, si doux sur ta bouche si belle, Qui dut être celui delà vierge immortelle Quand sur leurs ailes d'or des anges radieux L'enlevaient à la terre et l'emportaient aux cieux.

maria, avec émotion.

Taisez-vous! taisez-vous I

DON PÈDRE

Je t'ai donné ma vie !

Viens!... comme à ton aspect va s'éveiller l'envie ! Comme elles courberont leurs fronts humiliés Ces femmes qui, demain, me verront à tes pieds Apportant cet amour où leur orgueil aspire, Attendant mon bonheur d'un mot ou d'un sourire ! Viens ! je veux t'entonrer d'un hommage éternel !

MARIA

Monseigneur est donc prêt à me suivre à l'autel?

DON PÈDRE

Eh! le puis-je? assiégé de périls et d'alarmes, Quand partout la révolte a ressaisi ses armes, Ii ai-je d Albuquerque offenser le pouvoir? Puis-je braver ma mère et briser son espoir? De cet hymen royal, que leur prudence apprête»

Jamais notre soleil n'éclairera la fête)

JUARIA PAD1LLA.

Mais, s'ils m'abandonnaient, qui peut me secourir? Faible encor, je dois feindre.

MARIA

Et moi , je dois mourir 1

DON PÈDRE

Oh! ne répète pas cette horrible menace!

MARIA

A la Mlle d'un roi ma mort va faire place.

DON PÈDRE

Je n'accepterai point cet hymen abhorré.

MARIA

Et moi, je ne veux pas d'un nom déshonoré t

DON PÈDRE

Aht je comprends enfin, et j'ai lu clans ton ame ! Ce titre, Maria, ton orgueil le réclame; C'est mou bandeau royal que tu veux ? tu l'auras ! Oui, tout mon avenir pour une heure en tes bras! Qu'Albuquerque et ma mère , en leur dépit , se

[vengent; Qu'au parti des bâtards les grands vassaux se

[rangent; S'indignant d'un hymen qui détruit leurs projets, Que les Cortez, partout déliant mes sujets, Unissent leur colère aux vœux de Transtamare; Qu'on arme contre moi les trônes, la thiare; Que le sol castillan de mon sang soit baigné; Qu'importe à Maria pourvu qu'elle ait régné? Eh bien! soit, j'y consens! Viens, ma couronne est Puisque tu n'as aimé que ma couronne? [prête,

Arrête !

Tu m'accuses, don Pèdre? Apprends à mieux juger Celle que ton amour n'a pas craint d'outrager! Je ne t'ai point aimé, dis-tu? ton diadème Est tout ce que je veux? re n'est pas vrai! je don pèdre. [t'aime!

Oh! Maria!...

MARIA

Je t'aime!... Au seul son de ta voix, Tout mon qœur s'est ému pour la première fois;

Je t'aime!... Tu le veux? je serai ta victime! Je peux t'immoler tout! hormis ma propre estime t Écoute : pour ma sœur l'autel était orné; S'il est vrai que ton cœur à moi se soit donné, Tu me suivras !... Un prêtre est là qui nous appelle; Les flambeaux consacrés éclairent la chapelle: Viens, don Pèdre 1... Que Dieu reçoive tes sermens, Et que Dieu seul après me venge si tu mens!

don pèdre.

Qu'as-tu dit?

MARIA

J'oublierai ton crime et mon injure:

Je vais t'appartenir ame et corps, et je jure Par le Dieu tout-puissant, qui nous écoute au ciel, Par ma vie à venir, mon salut éternel, De supporter la honte et de cacher mon titre; Ton amour de mon sort sera l'unique arbitre. C'en est fait ! Jusqu'au jour où le roi, mon seigneur, Relèvera sa femme et lui rendra l'honneur, Respectant ses dangers, esclave obéissante, J'abandonne au mépris une vie innocente, L'opprobre pèsera sur mon front abattu, Mais mon cœur sera pur!... DonPèdre,acceples-tu?

Ah, je suis trop heureux!... dans lachapelle sainte Viens, entre, Maria, sans remords etsans crainte! Un prêtre, m'as-tu dit, nous attend?... que sa voix Bénisse donc nos nœuds et consacre tes droits ! De mes tyrans bientôt je secoùrai la chaîne, Et la Castille alors, en saluant sa reine, Acquittera don Pèdre ! Hélas! jusqu'à ce jour, Pour prix de mon bonheur, accepte mon amour f Albuquerque et ma mère, armés de ma faiblesse, A ployer devant eux ont instruit ma jeunesse, Ils puniraient sur toi l'hymen que nous cachons, Ils ne le sauront pas ! . . .

MARIA

Dieu le saura ! . . . marchons I

Maria prend la main de don Pèdre, de l'autre elle indique la roule pour se rendre à la chapelle. La toile tombe.

\WVW\V\.V\V\\\\ V VV\XV\VWVVWV\VV\

VVVV\VVV\AVVVVVVVVVVVVVVVVV\VVVVlVVVVVVVVVVVVVVV\VVVVWVVVVVtVV\VVV\

Page 1