SCENE PREMIERE
DON JUAN DE PRADO, DON JOSÉ DE CERDA, DON BALTHAZARD DE SYLVA, jeunes Courtisans.
don juan, à don José, qui arrive.
Don José de Cerda!... toi, chez la favorite!
don josè.
Accourant comme vous où le plaisir m'invite.
DON BAI.TIIAZARD.
Maib depuis plus d'un an que, maîtresse du roi,
Maria Padilla nous courbe sous sa loi,
Ta colère en tous lieux se déchaînait contre elle !
Et te voilà?
DON JOSÉ
Pourquoi Dieu la fit-il si belle?
don juan, aux autres.
Encore uni... Sur les cœurs quel est donc son don josè. [pouvoir?
Quand on la veut haïr, il ne faut pas la voir.
DON BALTHAZARD.
Albuquerque la voit et conserve sa haine.
DON JOSÈ.
Albuquerque voudrait nous donner une reine.
DON JUAN
Mais don Pèdre résiste.
DON BALTHAZARD.
Et Blanche de Bourbon Pourra long-temps cncor languir dans Avignon. A sa fête, avec nous, Maria te convie?
DON JOSÉ
J'écoutai trop long-temps les discours de l'envie; Et, réparant des torts qu'elle daigne oublier, De près, comme de loin, je suis son chevalier.
DON JUAN
Jamais, depuis le jour qui créa sa puissance, Elle n'a déployé tant de magnificence ; Le luxe des festins et la pompe des jeux, Mêlant un jour de joie à des jours orageux, Vont apporter au roi l'oubli de ses alarmes.
DON JOSÉ
Que n'oublierait-on pas auprès de tant de charmes?
don balthazard, jetant les yeux vers le fond. Vois-tu venir vers nous ce nouveau convié?
don juan, regardant.
De quel pays lointain nous est-il envoyé ?
don josé, regardant.
Lugubre habit de deuil!
don balthazard.
Maintien de patriarche!
DON JOSÉ
C'est le siècle passé qui se réveille et marche.
DON JUAN
Il approche; silence!...
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Les Mêmes, DON RUY DE PADILLA.
don ruy, à lui-même en entrant.
Enfin, je touche au but!
Aux jeunes gens.
Salut à vous, seigneurs!
DON JUAN
A vous, seigneur, salut!
DON RUY
Sans doute ma présence ici doit vous surprendre; Mais, tout vieux que je suis, j'étais jaloux d'ap-
[ prendre Comment la favorite embellit ses loisirs. Le seigneur Albuquerque a compris mes désirs, Et, dans cette demeure aux plaisirs consacrée, Du vieillard curieux il protégea l'entrée. Serez-vous, messeigneurs , vous, hommes d'au-
[jourd'hui, Pour l'homme d'autrefois moins obligeans que lui?
DON JUAN
Non, certes, et partout, moi, je veux vous con-
don ruy. [duire.
De quelques faits récens si vous daignez m'in-
Je serai satisfait. [ struire,
DON BALTHAZARD.
Veuillez interroger.
DON RUY
Dans cette jeune cour je suis un étranger.
DON JUAN
Mais vous savez du moins qu,e,belle entre les belles,
Maria Padilla soumet les plus rebelles,
Que le sort d'un royaume est écrit dans ses yeux.
DON RUY
Je sais qu'elle a quitté le toit de ses aïeux, Qu'un infâme parent au roi l'avait vendue, Et que la vanité, comme Eve, l'a perdue.
DON JOSÉ
Vous êtes bien sévère!
DON RUY
En ce lieu c'est un tort.
DON JUAN
Vous ne devriez pas, au moins, maudire un mort.
DON RUY
Comment?
DON JUAN
Don Diego ne peufplus vous entendre; Peut-être, s'il vivait, saurait-il se défendre?
DON RCY.
Il est mort ?
DON JUAN
Un duel l'enlève à vos mépris.
DON RUY
Qui de ses lâchetés lui paya donc le prix ?
DON JUAN
Un parent; c'est don Luis d'Aguilar qu'il se nomme.
DON RUY
Ah ! don Luis est un brave et digne gentilhomme !
DON BALTHAZARD.
Si Doua Maria ne l'avait protégé, Diego, le jour même, aurait été vengé.
Le roi voulait punir, la sentence était prête ; Mais un mot à la hache a dérobé sa tête.
DON JUAN
Elle est si magnanime!
DON JOSÉ
Et son cœur est si bon !
DON RUY
Les murmures du peuple éclatent à son nom.
DON BALTHAZARD.
Oui, Gonzalo Gomès, qui l'outrage sans cesse, Un valet dont la reine anoblit la bassesse, Va semer en tous lieux le mensonge et l'erreur, Et d'un peuple abusé soudoyer la fureur.
DON JOSÉ
Eh ! qu'importent le peuple et sa haine éphémère? Aux dépits d'Albuquerque et de la reine-mère Contre elle de ses cris il prête le secours, Et peut-être il criera contre eux dans quelques
DON BALTHAZARD. [JOUTSÎ
Quand les partis armés se disputent nos villes, Ange consolateur des discordes civiles, Elle va réunir Transtamare et le roi.
DON JUAN
Crois-tu donc à la paix ?
DON BALTHAZARD**,
0 Elle la veut... j'y croi.
don ruy, avecintérét.
Poursuivez !...
DON BALTHAZARD.
De son cœur soupçonner la noblesse C'est un crime!
MARIA PADILLA
don ruy, à part.
Oh! mon Dieu I pardonne une fai- [ blesse Que mon courroux en vain voudrait désavouer !... J'ai du plaisir encore à l'entendre louer.
don josè, à don Ruy.
Vous, dont l'austérité semble accuser sa vie, Vieillard, fermez l'oreille aux fureurs de l'envie; De Dona Maria respectez les loisirs, Et n'allez pas surtout attrister nos plaisirs! Sa beauté pour ses torts va nous demander grâce ; Est-il quelques erreurs que tant d'éclat n'efface?
DON JUAN
Je l'entends 1
Tous les jeunes courtisans se tournent du côte' par où vient Maria l'ajilla
DON RUY
Juste ciel I
DON BALTHAZARD.
Elle vient par ici.
don josè, regardant.
Que d'attraits !
don ruy, à lui-même.
Malheureux!... pourquoi trembler ainsi?
Ah! je ne voudrais point la maudire!... Et peut-
[ être D'un premier mouvement je ne serais pas maître.
don josè, regardant avec les autres.
Que ses cheveux sont beaux sous la résille d'or !
don ruy, à lui-même.
Je ne peux pas la voir, puisque je l'aime encor.
Il sort vivement par une porte latérale.
don josè, se retournant.
Eh bien! qu'en pensez-vous?... Il part quand elle don balthazar. [arrive!...
Albuquerque nous donne un étrange convive !
DON JUAN
D'Albuquerque, en effet, il réclama l'appui : Ce vieillard m'est suspect.
DON JOSÈ.
Ayons les yeux sur lui.
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