SCENE III
Les Mêmes, MARIA PADILLA, entourée de Pages et d'Esclaves.
maria, aux pages et aux esclaves.
Que partout de festons mon palais se décore; Mêlez la voix du luth aux chants de la mandore • Des rosiers de Damas, des orangers en fleurs, Confondez les parfums, mariez les couleurs; Que Madère et Xérès, sous une ombre embaumée, Épanchent à flots d'or leur liqueur parfumée ; Que de vos instrumens, caches dans les rameaux, L'invisible harmonie animant les échos, Fasse long-temps douter l'oreille, qu'elle enchante, Si c'est le rossignol qui se réveille et chante. Sous l'éclat des flambeaux qui vont tromper nos
[yeux, Que le soleil pâlisse en remontant aux cieux !
Allez ! dans la demeure à ma voix embellie Nous oublierons le temps, afin qu'il nous oublie. Épiez, devinez, devancez le désir, Et qu'on croie au bonheur en trouvant le plaisir.
Les pages et les esclaves se dispersent sur uu signe de Maria.
maria, s' approchant des jeunes courtisans. De votre empressement je dois vous rendre grâces,
DON BALTHAZARD.
Qui ne s'empresserait d'accourir sur vos tra«es?
MARIA
A l'appel du plaisir vous avez répondu?
DON JUAN
Quand vous nous appeliez, qui n'eût pas entendu?
MARIA
11 est tant d'Espagnols dont la voix l'a maudite, Celle que leurs dédains nomment la favorite!
DON JOSÈ.
Il en est plus encor dont le cœur la défend.
MARIA
J'avouerai qu'aujourd'hui le mien est triomphant. Don Josè de Cerda, vous chez moi! quelle gloire! C'est un si beau succès, que j'ose à peine y croire.
DON JOSÈ.
Plus que vous, senora, j'ai lieu d'être étonné ; Je tremble et doute encor que l'on m'ait pardonné .
MARIA
Eh bien ! vous en aurez la preuve à l'instant même.
DON JOSÈ.
Expliquez-vous.
MARIA
Du roi la volonté suprême Exila don Lopez, votre parent!... Demain Il pourra de la cour reprendre le chemin ; Sa charge auprès du roi lui doit être rendue; Don Pèdre l'a promis.
DON JOSÈ.
Faveur inattendue!
Quoi ! pardonner mes torts, m'ouvrir votre palais, Et jusqu'à ma famille étendre vos bienfaits!... Comment les reconnaître ?
maria, souriant.
En m'en demandant d'autres.
DON BALTHAZARD.
Honneur à tes amis, don Josè!...
don juan , à Maria.
Mais les nôtres?
maria, souriant.
J'aurai de la mémoire et du crédit pour tous ! Veuillez de don Josè ne pas être jaloux; Quand de changer leur cœur nous avons l'espé-
[ rance, Nos ennemis sont sûrs de quelque préférence; Nous tentons leur conquête et voulons l'achever ; Mais c'est peu de la faire, il faut la conserver.
DON JOSÈ.
A jamais dévouement, respect, obéissance!
maria.
C'est donc moi qui vous dois de la reconnaissance. Mais je n'espérais pas si tôt vous rencontrer, Et pour quelques inslaus il faut nous séparer : Un message du roi me prescrit de l'attendre i
Auprès de moi, dit-il, bientôt il va se rcndro; D'un secret important il veut m'cntrctcnir !... Des festins et des jeux qui vont nous réunir, Pour vous dans mes jardins la pompe se déploie, La foule entre déjà; mélcz-vous à sa joie.
DON JOSÉ
Il faut donc loin de vous que nous portions nos
[pas?
Est-il quelques plaisirs où l'on ne vous voit pas?
MARIA
Ah ! de votre amitié que la voix soit bénie 1 Les échos de la haine et de la calomnie Sèment les bruits menteurs qu'inventa cette cour. Je dois me résigner!... Mais quand luira le jour Où nous oublierons tous comment ils m'ont nom-
[ mée, Moi, je n'oublierai point que vous m'avez aimée.
Les humilies saluent et sui lent.
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