SCÈNE XL
DIANE, LA BARONNE, LA VICOM- TESSE , LA GÉNÉRALE , LEON , CHAMPENAL, VENPRE , GRAN- TOIS, CLARA.
LÉON, troublé, voyant Clara. C'est elle!
CLARA , étouffant un cri. Ah ! (A Diane.) Je n'ai pas faim , je ne déjeunerai pas. {Elle rentre dans son appartement.) Je ne pourrai donc pas l'éviter!
venpré. Mesdames, je vous amène le colonel de Champenau : il nous accompagne au polygone , et ensuite il nous fera entrer dans le fort. (A Léon.) Est-ce vous, monsieur ?
LA vicomtesse, à Léon. Ah ! de grâce, monsieur, puisque vous avez eu la bonté de commencer... (A Venpré.) A tout-àl'beure les affaires...
venpré , à Léon. Continuez , monsieur, ne vous dérange* pas, je vous en prie.
DM PROCK* CRIMINEL.
champfWl. Toujours la Gazette des Tribunaux ! c'est joli !
DIANE. Ah! grâce, monsieur de Champeuau ; vous gronderez , vous raillerez après.
LÉON , sur un signe de la vicomtesse. «Un monsieur Duclos!... »
GRANTOIS , las à Venprè. Tiens , cVst mon affaire.
LÉON , continuant. « Habitait avec sa femme la maisonnette isolée , n° 9. »
grantois, bas. C'est ça, c'est ça.
LÉON. «On ne savait ni ce qu'ils étaient, ni ce qu'ils faisaient , ils ne se montraient jamais le jour; ils ne sortaient que sur la brune , et tout le monde concluait de cette circonstance que le mari était un jaloux. »
Giiantois , bat. Avais-je tort ?
LÉON. « C était un homme plus vieux de mauvaise mine que d'âge. »
GRANTOIS , bas. Les journaux brodent toujours.
LÉON. « Sa femme, au contraire, si l'on en croit les rapports de la servante d'auberge qui leur portait à manger , était d'une beauté ravissante , la véritable antithèse de son mari. »
GRANTOIS. C'est bien mal rédigé !
LÉON. «Ilya aujourd'hui quinze jours que cette servante allait leur porter le déjeuner. Arrivée près de la porte , elle remarqua une trace de sang qui descendait de l'escalier et se prolongeait jusqu'à la Seine, elle monta , et n'ayant trouvé personne , elle avertit le maire de l'endroit... celui-ci se transporta sur les lieux pour dresser procèsverbal... Les meubles, les glaces étaient brisés; çà et là des touffes de cheveux gris , des taches de sang partout. »
(Mouvement des dames.)
GRANTOIS, bas. Je frappais comme un sourd.
LÉON. «Tout annonce une lutte violente et acharnée entre deux ennemis. Les rideaux d'une croisée gisant sur le pavé , avec la tringle et les pitons arrachés , prouveraient que le plus faible voulait appeler du secours. »>
grantois , bas. Je voulais tout briser.
LÉON. «Mais il a dû succomber enfin, et la ligne sanglante qui s'étend de la chambre au fleuve ne laisse aucun doute sur l'existence d'une victime et d'un assassin.»
LES DAMES , émues. Ah ! ah !
léon. « Heureusement pour la vindicte publique, le trouble inséparable du crime n'a pas permis à son auteur de prendre toutes les mesures pour qu'il né pût lui être imputé. On a trouvé .sous une table un
billet sans signature qui révèle les projets du coupable sur la femme et sur le mari i « Oui , cher ange , je crois tout ce que tu « me dis de ton mari , et , sans l'avoir vu, » je le déteste. Courage ! demain , à mi- » nuit , je te débarrasserai à tout prix de » ce vieux Triton. »
(Les dames rient.)
GRANTOIS , à demi-voix. Ces sortes d'événemens font toujours rire les femmes.
LÉON. «On a trouvé de plus une carte de visite , portant un nom et une adresse qu'on s'abstient de rendre publics , quant à présent, et hier, à quatre lieues de Saint- Jean , on a retiré de l'eau le cadavre d'un homme totalement défiguré. Les habitans du village , et particulièrement la servante d'auberge , ont cru reconnaître le malheureux Duclos. »
grantois bas. Tant mieux qu'ils m'aient reconnu !
LÉON. «Celle-ci, de plus, a déclaré que, durant une courte maladie du sieur Duclos , elle avait plusieurs fois , sur le soir, vu sa femme , derrière la maison , causant avec un homme dont elle n'avait pu distinguer les traits. La police a mis tous ses agens en campagne ; on est sur la trace de l'assassin , il n'échappera pas à la justice.»
(Il se lève et laisse le journal sur le fauteuil.)
grantois. Ce serait une arrestation admirable !
(Brouhaha des dames.)
CHampenai; , à Venprè. Et toi , marquis , un homme de bon sens , tu permets chez toi de pareilles lectures!... {Aux dames. ) Et ces daines , toutes belles , toutes pleines de grâces et d'esprit , iront encore assister aux débats de cette horrible affaire. .. Tenez , mesdames , je le dis franchement, sans préjudice de l'estime et de l'amitié que vous méritez , si j'avais assez d'esprit pour être journaliste, je Résignerais nommément dans mou journal toutes les dames que je verrais aux cours d'assises. Je serais sans pitié , et je déclarerais au nom de tous les hommes, que celles mêmes qu'on trouve les plus jolies au spectacle , ou au bal , perdent , au palais de justice, ces attraits délicats qui distinguent leur sexe , pour y contracter , bon gré mal gré , une sorte d'allure masculine qui les rapproche de nous , ce qui n'est pas à leur avantage,
diane. Pardon, monsieur deChampenau, vous prêchez fort bien ; niais voici monsieur qui se présente pour acheter la maison.
Léon , à Venprè. Je désirerais d'abord savoir le prix,
(-8 MAGASrN THÉÂTRAL.
VENPnÉ. Soixante mille francs ; vous pouvez la parcourir , l'examiner , et nous nous reverrons, monsieur , si cela vous convient. .. Mille pardons, ces daines attendent... Séraphine. vous e uiduirez monsieur ilans toute la maison.
D.'wr. Sortons par le jardin pour arriver plus tût.
GRYNTOiS, bas à -T'enpré. Si la justice pouvait envoyer de teins eu teiusqnehpiesunsde ces messieurs dans un de nos ports de mer, ils y regarderaient à deux l'ois avant de . . .
(Tout le monde soit par la porte latrrale de gauche.)
sci:îne xii.
LÉON , SE R A PUINE, puis CLAR A .
SÉr\piu\k. Monsieur, je suis à vos ordres .
LLON , embarrassé , ug'té et regardant la i liambre de Chou. Ali ! c'est bien , mademoiselle, nous pouvons commencer par cet appartement.
SKR \PIIiNi: , désignant la gnurlir. Ici , un couloir qui conduit au j ardin.
vElle ouvre les portes successivement ; fJton , sans quitter In scène, regard.- dans finlci itiu.)
LÉO\ , à part. Il faut pourtant que je lui parle, comment la faire sortir?
SÉRAPlIINi: , ouvrant une porte à droite. Un cabinet de toilette qui communique avec cette chambre.
(Elle désigne la porte au-dessus . par où Clara est entrée.)
LÉON. Ah ! oui , je vois.
SÉliAPniNL. Pardon , monsieur, je vais demander à la sœur de madame la permission... ( Ouorciit la porte san< quitter la Scène, ) Mille excuses , madame , ce monsieur qui visite la maison désin rait voir..
LÉON , a pa: t. Que va-t-elle répondre ?
SÉn \rui\L\ Entrez , monsieur.
(Lton entre avec Seïaphine; Clara sort par le cabinet.)
CLARA. En vit-on d'aussi obstiné? ( Regariattt dan-t le cabinet. ) Ab ! mon Dieu. (Elle.entie dans sa chambre ; Léon sort du cabinet.)
SÉraphlne. Maintenant, monsieur veutil voir le second?
LÉON. Pardon... je veux revoir..,
(Il entre dans \r. cabinet,)
CLARX , ressortant de la chambre avec un dépit comique. Echappez à un homme comme celui-là, si vous pouvez !
LÉON , sortant de la chambre avant que Sérapkiiie paraisse. Oh ! restez , je vous en supplie.
CLAR\, à Sa m phi ne, qui paraît. Maintetenant, conduisez monsieur aux appartcînens du second.
i.éov Non, pins tard... maintenant, je verrai volontiers les caves ( .1 Sérnplune.) Allez i -bereber les clefs, je vous prie.
SÉit \piii\i: , sortant. C'est un original.
Boa»ao&ootfQasa»9eoBooaoaBoo»gooooi>o9'»»> *x»
sc;i;m: \m.