MONVAL, LE COMTE, CHARLOTTE
Eh'! bonjour, mon cher Monval ; je ne m'attendais pas à te trouver ici. La promenade a été délicieuse : on s'étonnait de ne pas le voir.
MONVAL
En effet, on connaît mes goûts champêtres ; mais on ne m'a promis ma nouvelle calèche que pour demain. Mon ami , quatre chevaux anglais et deux grooms qui ont couru à Epsom. Dès que viendront les beaux jours, je ne quitterai plus le bois , la solitude convient à mes goûts.
LE COMTE
Us sont si simples !
MONVAL
Vrai, je ne me reconnais pas; il y a une heure que je parle raison. Aussi madame me trouve-t-elle si grave, qu'elle me juge digne d'être mari.
CHARLOTTE
N'est-il pas vrai que M. de Monval ferait bien de se marier.
LE COMTE
Pourquoi pas ?
MONVAL
Ah! tu approuves ce projet? mais si je te disais quelle femme on me propose?...
LE COMTE
Qui est-elle?
J'avais pensé à la baronne d'Alby.
LE COMTE
La baronne ! . . . Quelle idée !
MONVAL
Eh bien ! me le conseilles-tu ?
LE COMTE
Il faut que vous soyez folle pour songer à marier les gens.... De quoi vous mêlez-vous?
CHARLOTTE , elle se lève.
Pourquoi vous fâcher, Arthur?... Quand j'ai parlé de cela , j'ignorais tout ce qu'on peut dire contre madame d'Alby.
LE COMTE
Comment!... que peut-on dire?... Je la défendrai contre la calomnie.
MONVAL, à part.
Allons, il m'a cassé une jambe pour sa femme; veut-il me casser l'autre pour sa maîtresse.
CHARLOTTE, à part.
Je ne comprends rien à sa colère. {Haut.) Personne ne l'accuse : le hasard seul m'a appris...
LE COMTE
Quoi ?... qu'avez-vous appris ?
CHARLOTTE
Quelle souffre les assiduités d'un jeune homme; mais elle est libre ; elle l'épousera sans doute. LE COMTE , à part.
Elle ne sait rien. {Haut.) Qui vous a dit qu'elle aime quelqu'un.
CHARLOTTE
Oh! je suis bien instruite!... Mais je ne partage \ point des soupçons injurieux ; et, si la baronne voit souvent celui qu'elle aime, loin de la blâmer , moi . je l'approuve.
MONVAL, à part.
Pauvre femme !
CHARLOTTE
Avant de s'unir par des nœuds éternels, ils sait ront s'ils peuvent se convenir. Qu'elle est heureuse J Arthur !... Jamais à ses côtés, l'homme qu'elle chéri:, ne s'ennuiera.
LE COMTE , troublé.
Charlotte!...
Charlotte.
Hier, c'était lui qui l'avait conduite à ce bal où vou:| l'avez rencontrée. Ses succès, les hommages don vous m'avez dit qu'elle était l'objet, comme il devai en jouir ! C'est sans doute un homme de son rang
UN MARIAGE D'AMOUR. - ACTE III
en la voyant si recherchée, si admirée, il est fier de son choix ; jamais il n'en rougira !... Arthur, elle est bien heureuse!...
LE COMTE, à part.
' Quel supplice ! (Haut.) Vous vous trompez , vous imaginez tout cela. Personne n'est amoureux de la baronne.
CHARLOTTE
Je suis sûre de ce que je dis.
LE COMTE, troublé.
Comment?...
CHARLOTTE
Oui , sans doute ; ce matin encore , la femme de chambre delà baronne racontait...
LE COMTE
Mais c'est une horreur qu'on pareil espionnage.
CHARLOTTE
Ne vous mettez pas en colère, mon ami... Que nous importe après tout ?