‹ Magasin théâtralChapitre 648 sur 1377 · MONVAL , CHARLOTTE · texte numérisé non relu

MONVAL , CHARLOTTE

MONVAL

Madame...

CHARLOTTE , à part.

Qu'elle est commune !... Autrefois je ne m'en apercevais point.

MONVAL

Elle ne m'entend pas.

CHARLOTTE , à part.

Si je paraissais à mon mari telle qu'elle me parait à moi.

Madame ! . . .

Ah ! pardon.

CHARLOTTE

MONVAL

Depuis longtemps , madame, je voulais vous parler à cœur ouvert : vous excuserez la franchise d'un ami. Je vous assure qu'il faut absolument que vous vous amusiez , car vous avez du chagrin.

CHARLOTTE

Bonne raison ! . . Mais je n'ai pas de chagrin , et je ne me soucie pas de m'amuser.

MONVAL

Vous avez tort. 11 est des femmes qui croient que la vertu c'est l'ennui... Au contraire, trouver des compensations aux maux de la vie , voilà la vraie sagesse , c'est la mienne.

CHARLOTTE

Que voulez-vous dire?

UN MARIAGE D'AMOUR. — ACTE III

MONVAL

Qu'il est temps enfin de (initier la solitude où vous vivez au milieu de Paris ; qu'il faut que vous voyiez du monde.

CHARLOTTE

Et qui puis-je voir ?

MONVAL

La comtesse d'Aiglemont , jeune, riche et belle, n'a qu'à choisir sa société ; elle est l'égale de tout le monde.

CHARLOTTE

(Moi... non, non... je ne suis plus l'égale de personne.

MONVAL

Je ne vous comprends pas.

CHARLOTTE

Cette société brillante où Arthur a été élevé, où il a \ oulu me placer, je le sens , je ne puis pas, je ne pourrai jamais y prendre mon rang.

MONVAL

Vous êtes trop sévère pour vous-même.

CHARLOTTE

Non !... Quand je fus admise dans quelques-uns de ces salons, la rougeur d'Arthur, son embarras, m'apprirent que je n'y étais pas comme les autres. Si vous saviez ce que j'ai souffert.

MONVAL

Vous?

CHARLOTTE

Renfermant mes regrets, j'espérai, jusqu'à ce jour , rencontrer dans mes amies d'enfance un cœur qui pût m'entendre... Mais faut-il le dire? faut-il avouer ce que j'éprouve?

MONVAL

Parlez, parlez à un ami.

CHARLOTTE

J'avais enfin obtenu d'Arthur la permission de revoir ma famille ; je me réjouissais aujourd'hui de retrouver l'ancienne compagne avec qui j'ai été élevée... Eh bien ! sa présence a détruit mon espoir ! Est-ce tlle qui a changé? Est-ce moi qui ne suis plus la même? Nous ne pouvons plus nous comprendre, et je me sens condamnée à n'avoir jamais d'amie nulle part... Pardon, monsieur de Monval , j'aurais dû cacher de semblables idées... Mes parolesse sont échappées malgré moi!... Depuis un an, c'est la première fois que j'aie dit toute ma pensée.

MONVAL

Je suis digne de l'entendre. On me croit superficiel ; irais-je porter dans le inonde des sentimens dont il rirait?... Mais pour un cœur tel (pie le vôtre, il y a dans mon âme de quoi l'apprécier et l'admirer! Jamais tant de vertus unies à tant de grâces ne s'étaient offertes à mes yeux.

cil \R LOTTE, à part.

Ah ! lui non plus ne peut pas être mon confident. ( Haul , avec une nuilè contrainte.) Je ne sais en vérité pourquoi je m'afflige ainsi. Ne songeons plus à tout cela ; Arthur m'aime : son amour me suffit. MONVAL.

Qu'il est heureux ! (.1 part.) Ne la détrompons pas.

CHARLOTTE

Je ne veux plus penser à ce monde qui ne mérite pas mes regrets. Quelques connaissances nous resteront peut-être; madame votre sœur ne dédaigne pas de m'inviter , et si tous vous mariez, monsieur de Monval...

MONVAL

Me marier!... oh ! je n'y songe pas.

CHARLOTTE

Eh bien! moi j'y songe pour vous.

MONVAL

Vous, madame!

CHARLOTTE

Oui ; alors , vous pourriez être mon ami.

MONVAL, riant.

Comment!... vous m'avez peut-être aussi choisi une femme ?

CHARLOTTE

Vous riez?... mais cela est vrai : j'avais pensé à la baronne d'Alby.

MONVAL

Madame d'Alby !

CHAR LOTIE

Elle est la seule femme qui vienne quelquefois chez moi ; elle me témoigne de l'amitié...

MONVAL

Quand je penserais au mariage , je ne pourrais pas m'occuper d'elle.

Ah ! oui. .. en effet ! on m'a dit , je m'en souviens.

MONVAL , vivement.

Quoi ? que vous a-t-on dit ?

CHARLOTTE

Oh ! des propos que je crois sans fondement : on prétend qu'un jeune homme est fort assidu auprès

UN MARIAGE D'AMOUR. — ACTE III

d'elle; mais vous obtiendrez aisément la préférence.

MONVAL

Je ne la solliciterai point : celle dont la réputation n'est pas intacte ne saurait être ma femme.

CHARLOTTE

Comment!... il serait vrai? non, cela ne peut pas être : la comtesse d'Aiglemont , ma belle-mère , l'avait elle-même choisie pour son fils avant notre mariage.

MONVAL

Alors , il n'y avait rien à dire : mais depuis...

CHARLOTTE

Ah!

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