‹ Magasin théâtralChapitre 653 sur 1377 · MADAME DU I OUI · texte numérisé non relu

MADAME DU I OUI

Allons donc, père Bertrand.

BERTRAND

le n'ai pas le courage

MADAME DUTOUR

Vous qui n'en manquiez pas devant le canon !

BERTRAND

Ah ! que ne m'a-t-il emporté avant un jour connue celui-là !

LE COMTE

Eh bien ! qui est là ?... ah ! c'est vous. MADAME DUTOUR, à Bertrand.

Voilà le moment.

BERTRAND

Je venais...

MADAME DUTOUR

Monsieur... mon cousin , car vous êtes mon cousin , c'est le père Bertrand qui veut vous parler.

LE COMTE

Une autre fois : je suis pressé :

MADAME DUTQL'R . l'arrêtant.

Un moment, s'il vous plaît. Ah ça , cousin Bertrand, je vais parler, moi, si...

BERTRAND, avec effort,

Non, non !.... c'est à moi... je suis son père!

Monsieur le comte , Charlotte était tout mon bien.

LE COMTE

Encore des reproches !

BERTRAND

Des reproches ? jamais , mon commandant! c'est seulement au sujet de l'affaire en question.

LE COMTE

Quelle affaire ?

MADAME DUTOUR

Eh bien ! votre séparation avec Charlotte.

LE COMTE

Ah!...

BERTRAND

Ça ne pouvait pas durer , je l'avais dit , mon commandant; mais il vous avait pris une idée de grand seigneur, d'homme riche... ça ne cède pas!.. Voua

UN MARIAGE D'AMOUR. -ACTE IV

aviez vu ma pauvre Cliarlotte , jeune , jolie, sage, vous en avez fait votre femme : ça ne vous convenait pas, commandant. Je disais : il y aura du grabuge ! Votre mère aussi le disait; mais les jeunes croient toujours avoir plus de raison que les vieux , soit dit sans vous offenser !... car , après tout, ce qui est fait est fait, n'en parlons plus.

le comte.

Oui , oui , n'en parlons plus ! tout cela est fatigant.

MADAME DETOUR

Ah ! les hommes , les monstres d'hommes !... dire qu'ils se lassent de tout !

BERTRAND

Je sens ça , commandant, et je vais emmener ma fille. Ce soir, nous parlons... pour ne jamais vous revoir.

LE COMTE

Ce soir!

MADAME DDTOUR.

C'est bien ce qu'ils ont de mieux à faire.

BERTRAND

Charlotte ne sait rien. Quand, il y a trois mois, je suis venu vous demander votre autorisation pour vous séparer, j'avoue que j'espérais encore. Il faut du temps pour les formalités, et. à votre âge, on change plus d'une fois d'idée en trois mois!... il se pouvait... mais non! j'ai bien vu... il n'y a pas eu un retour envers elle!... à ^ine si vous lui avez parlé trois fois... Tout est fini : pourtant je n'ai encore rien osé lui dire... Elle vous a tant aimé !...

MADAME DUTOUR

Ah! c'est bien vrai... Et comme elle s'est façonnée!... c'est vraiment comme une grande dame à présent, et bien mieux, ma foi !... Certes, votre madame d'Alby ne la vaut pas.

LE COMTE, à Bertrand.

Vous disiez donc?...

BERTRAND

Que, si vous le permettez, et pour vous épargner les larmes de ma pauvre fille , je l'emmènerai comme pour faire un petit voyage d'un mois... à cette jolie ferme que vous avez absolument voulu lui donner il y a deux ans... car vous avez toujours été généreux.... Et si ce malheureux mariage a mal tourné, c'est qu'on ne se refait pas, et que votre éducation, vos préjugés...

LE COMTE

Bertrand....

MADAME DETOUR

Du moins , dans cette campagne , Charlotte ne sera plus forcée de voir quelqu'un qui ne l'aime plus.

LE COMTE

Elle recevra tous les six mois la pension convenue. . . et je désire qu'elle soit heureuse... car je ne me plains pas... je n'ai jamais eu à me plaindre d'elle. Il est trop vrai que nous ne nous convenons pas...

BERTRAND

C'est ce que j'avais prévu.... Il ne me reste plus qu'à vous prier de signer cette pièce, que les gens de loi ont rédigée... tenez.

LE COMTE

Voyons.

MADAME DUTOUR . à part.

Aura-t-il bien le cœur de signer ?

C'est cela.

MADAME DUTOUR

Avoir été si amoureux !... fiez vous-y donc !

BERTRAND

Je n'avais jamais pleuré!... mais le malheur de mon enfant... Ah! c'est plus fort que moi. Dès que ma fille... saura tout, je lui ferai signer cela, et je vous le renverrai , monsieur le comte. Allons , nous n'avons plus que faire ici.

MADAME DETOUR

Ah ! un moment... laissez-moi dire un mot d'adieu , car je me retiens de parler depuis une heure... Savez-vous bien , monsieur le comte , qu'il y a des gens qui pourraient vous dire votre fait?... mais le père Bertrand est un si brave homme !... laissez-moi donc parler... et ma cousine , c'est cela une perfection... à sa place, je vous aurais laissé grogner, moi, et j'aurais toujours eu une voiture , des laquais , des belles robes et des loges aux spectacles... Mais Charlotte, c'était la perle des filles... pas plus de gloriole et de vanité que sur ma main... elle vous aimait , vous, sans toutes ces belles choses... elle ne s'est plus souciée de rien quand elle a vu que vous ne l'aimiez plus... c'était un cœur comme il ne s*en trouve guère , comme vous n'en trouverez jamais... peut-être que vous la regretterez, la pauvre femme...

BERTRAND

Venez donc...

MADAME DUTOUR

Je voudrais qu'il la regrettât... ça serait bien fait... me voici, père Bertrand, me voici... je vous salue ,

UN MARIAGE DWMOUK- ACTE IV

monsieur , puisque mon cousin ne veut pas me laisser parler... j'en aurais encore long à dire... mais il ne veut pas que je parle... Adieu , monsieur, ad.eu... je vous salue.

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