MADAME DU I OUI
Allons donc, père Bertrand.
BERTRAND
le n'ai pas le courage
MADAME DUTOUR
Vous qui n'en manquiez pas devant le canon !
BERTRAND
Ah ! que ne m'a-t-il emporté avant un jour connue celui-là !
LE COMTE
Eh bien ! qui est là ?... ah ! c'est vous. MADAME DUTOUR, à Bertrand.
Voilà le moment.
BERTRAND
Je venais...
MADAME DUTOUR
Monsieur... mon cousin , car vous êtes mon cousin , c'est le père Bertrand qui veut vous parler.
LE COMTE
Une autre fois : je suis pressé :
MADAME DUTQL'R . l'arrêtant.
Un moment, s'il vous plaît. Ah ça , cousin Bertrand, je vais parler, moi, si...
BERTRAND, avec effort,
Non, non !.... c'est à moi... je suis son père!
Monsieur le comte , Charlotte était tout mon bien.
LE COMTE
Encore des reproches !
BERTRAND
Des reproches ? jamais , mon commandant! c'est seulement au sujet de l'affaire en question.
LE COMTE
Quelle affaire ?
MADAME DUTOUR
Eh bien ! votre séparation avec Charlotte.
LE COMTE
Ah!...
BERTRAND
Ça ne pouvait pas durer , je l'avais dit , mon commandant; mais il vous avait pris une idée de grand seigneur, d'homme riche... ça ne cède pas!.. Voua
UN MARIAGE D'AMOUR. -ACTE IV
aviez vu ma pauvre Cliarlotte , jeune , jolie, sage, vous en avez fait votre femme : ça ne vous convenait pas, commandant. Je disais : il y aura du grabuge ! Votre mère aussi le disait; mais les jeunes croient toujours avoir plus de raison que les vieux , soit dit sans vous offenser !... car , après tout, ce qui est fait est fait, n'en parlons plus.
le comte.
Oui , oui , n'en parlons plus ! tout cela est fatigant.
MADAME DETOUR
Ah ! les hommes , les monstres d'hommes !... dire qu'ils se lassent de tout !
BERTRAND
Je sens ça , commandant, et je vais emmener ma fille. Ce soir, nous parlons... pour ne jamais vous revoir.
LE COMTE
Ce soir!
MADAME DDTOUR.
C'est bien ce qu'ils ont de mieux à faire.
BERTRAND
Charlotte ne sait rien. Quand, il y a trois mois, je suis venu vous demander votre autorisation pour vous séparer, j'avoue que j'espérais encore. Il faut du temps pour les formalités, et. à votre âge, on change plus d'une fois d'idée en trois mois!... il se pouvait... mais non! j'ai bien vu... il n'y a pas eu un retour envers elle!... à ^ine si vous lui avez parlé trois fois... Tout est fini : pourtant je n'ai encore rien osé lui dire... Elle vous a tant aimé !...
MADAME DUTOUR
Ah! c'est bien vrai... Et comme elle s'est façonnée!... c'est vraiment comme une grande dame à présent, et bien mieux, ma foi !... Certes, votre madame d'Alby ne la vaut pas.
LE COMTE, à Bertrand.
Vous disiez donc?...
BERTRAND
Que, si vous le permettez, et pour vous épargner les larmes de ma pauvre fille , je l'emmènerai comme pour faire un petit voyage d'un mois... à cette jolie ferme que vous avez absolument voulu lui donner il y a deux ans... car vous avez toujours été généreux.... Et si ce malheureux mariage a mal tourné, c'est qu'on ne se refait pas, et que votre éducation, vos préjugés...
LE COMTE
Bertrand....
MADAME DETOUR
Du moins , dans cette campagne , Charlotte ne sera plus forcée de voir quelqu'un qui ne l'aime plus.
LE COMTE
Elle recevra tous les six mois la pension convenue. . . et je désire qu'elle soit heureuse... car je ne me plains pas... je n'ai jamais eu à me plaindre d'elle. Il est trop vrai que nous ne nous convenons pas...
BERTRAND
C'est ce que j'avais prévu.... Il ne me reste plus qu'à vous prier de signer cette pièce, que les gens de loi ont rédigée... tenez.
LE COMTE
Voyons.
MADAME DUTOUR . à part.
Aura-t-il bien le cœur de signer ?
C'est cela.
MADAME DUTOUR
Avoir été si amoureux !... fiez vous-y donc !
BERTRAND
Je n'avais jamais pleuré!... mais le malheur de mon enfant... Ah! c'est plus fort que moi. Dès que ma fille... saura tout, je lui ferai signer cela, et je vous le renverrai , monsieur le comte. Allons , nous n'avons plus que faire ici.
MADAME DETOUR
Ah ! un moment... laissez-moi dire un mot d'adieu , car je me retiens de parler depuis une heure... Savez-vous bien , monsieur le comte , qu'il y a des gens qui pourraient vous dire votre fait?... mais le père Bertrand est un si brave homme !... laissez-moi donc parler... et ma cousine , c'est cela une perfection... à sa place, je vous aurais laissé grogner, moi, et j'aurais toujours eu une voiture , des laquais , des belles robes et des loges aux spectacles... Mais Charlotte, c'était la perle des filles... pas plus de gloriole et de vanité que sur ma main... elle vous aimait , vous, sans toutes ces belles choses... elle ne s'est plus souciée de rien quand elle a vu que vous ne l'aimiez plus... c'était un cœur comme il ne s*en trouve guère , comme vous n'en trouverez jamais... peut-être que vous la regretterez, la pauvre femme...
BERTRAND
Venez donc...
MADAME DUTOUR
Je voudrais qu'il la regrettât... ça serait bien fait... me voici, père Bertrand, me voici... je vous salue ,
UN MARIAGE DWMOUK- ACTE IV
monsieur , puisque mon cousin ne veut pas me laisser parler... j'en aurais encore long à dire... mais il ne veut pas que je parle... Adieu , monsieur, ad.eu... je vous salue.