MO NT AL
Elle n'est pas seule. {Haut.) Comment, madame, partir ainsi sans qu'on puisse vous voir et vous parler... Vous me pardonnerez de ne l'avoir pas souffert et d'avoir forcé votre consigne.
PIEKRE, à part.
Ces gens-là ne doutent de rien.
Mais c'est un court voyage... et à mon retour...
MONVAL
Un mois... un court voyage... quand il s'agit de ne vous plus voir; quand pendant ce mois...
CHARLOTTE
Eh bien?
MONVAL
Des événements peuvent changer une situation.
CHARLOTTE
Que voulez-vous dire ?
MONVAL
Il peut se passer tant de choses dans un mois! CHARLOTTE, souriant.
Mais, en vérité, monsieur de Monval , si vous n'aviez pas pris l'habitude, depuis quelque temps, de parler par énigmes , vous m'inquiéteriez.
MONVAL
Vous inquiéter !.. Ne comprenez-vous pas, madame, que je sais tout ?
CHARLOTTE
Quoi donc ?
MONVAL
Ce que vous voulez en vain me cacher ; je suis instruit, vous dis-je.
CHARLOTTE
Instruit...
Et vous me pardonnerez si j'ai osé , en apprenant que vous quittiez cette maison pour jamais...
CHARLOTTE
Pour jamais?
PIERRE
Que dit-il?
MONVAL
Si j'ai osé vous demander la permission de vous revoir. Quand vos nœuds sont rompus...
CHARLOTTE
Rompus!..
MONVAL
Tout ne s'est-il pas fait de votre consentement ? Pourquoi ce mystère ?
CHARLOTTE
Attendez donc... comment?... Parlez-vous sérieusement, monsieur de Monval?.. Je ne sais ce qui se passe là... mais voilà une étonnante nouvelle... Quoi?., je ne serais plus la femme de M. d'Aiglemont... Pierre, cela est-il vrai ? est-ce possible ?
PIERRE
Je ne sais rien... Mais ne m'avez-vous pas dit que votre père a pleuré ?
CHARLOTTE, indignée.
Ah! oui. . . c'est cela! . . . Me repousser ainsi ! ... Et que tout le monde le sache quand je l'ignore encore... Mon Dieu!...
MONVAL
Comment , il se pourrait que vous ne fussiez pas instruite ?
CHARLOTTE
Pardon, pardon... Je vous entends à peine; une foule de pensées sont là... Je suis libre... Je ne suis plus la femme du comte d'Aiglemont.
MONVAL
Mais vous êtes par vos vertus et vos grâces mille fois au-dessus des vains avantages que vous perdez.
CHARLOTTE
Je suis libre !
MONVAL
Vous pourrez entendre désormais ces mots si doux à prononcer près de vous : je vous aime !
PIERRE , à part.
Comme elle est émue !
CHARLOTTE, à part, regardant Pierre.
Combien il serait heureux de les dire !
pierre , à part.
C'est moi qu'elle regarde.
MONVAL
Un jour le plus fortuné des hommes pourra les entendre sortir de votre bouche.
Charlotte , regardant Pierre.
Peut-être.
PIERRE,! part.
Mon Dieu... ne me Irompai-je pas ?
Kl
UN MARIAGE D'AMOUR. -ACTE IV
MONVAL
Madame, si j'osais... s'il m'était permis...
CHARLOTTE
Monsieur de Monval , ce que je viens d'entendre apporte à mon esprit bien des idées nouvelles ; c'est une autre destinée qui commence ; j'ai eu trop peu à me louer du passé , pour ne pas craindre l'avenir !... mais je peux vous assurer «pie la reconnaissance et ramifié pour vous y tiendront une place... Ce serait vous tromper que vous laisser espérer davantage.
pierre.
Il est congédié.