‹ Magasin théâtralChapitre 665 sur 1377 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LANDINI, MÉRULA, UN OFFICIER, paraissant dans le fond avec deux Gardes.

l'officier, s' arrêtant de loin.

Fontainebleau!

LES GARDES

Christine !

Les n ou veaux gardes s1 approchent dés premiers ;on échange les mots d'ordre tout Las. L'officier s'éloigne avec les g mies. Aussitôt les nouveaux, venus posent leur arquebuse contre les croisées du fond, et entrent avec précaution dans le petit salon.

LANDINI.

Enfin nous y voilà.

Je suis bien déguisé, n'est-ce pas, Mérula?

Oui certes. Maintenant découvrons les deux portes.

LANDINI.

Rien ne peut me trahir?

MÉRULA.

Si l'habit que tu portes Laisse percer encor l'alchimiste voleur, II te prête du moins certain air de valeur Sous lequel Landini suffisamment se cache.

LANDINI.

Ce que je fais ici n'est pas le fait d'un lâche, Et d'ailleurs cet habit le sied aussi fort bien.

MÉRULA.

Tu trouves?

LANDINI.

Il te donne un air d'homme de bien Qui fait que l'assassin ressemble à l'alchimiste.

mérula, portant la main à son poignard. Encor deux mots pareils, et que le ciel t'assiste!..

LANDÎNI.

Doucement! Chaque jour tu deviens plus brutal Voyons, de quel côté donnons-nous le signal ? Par où sortirons-nous avec la jeune fille?

MÉRULA, allant à la porte de gauche.

La porte que voici mène jusqu'à la grille Où le carrosse attend.

C'est l'escalier secret Par où Monaldeschi le matin disparaît.

Jésus ! à quel métier le marquis nous condamne !

MÉRULA, allant à la porte de droite.

Celle-ci, c'est par là que sortira Marianne, Chez la reine conduit par un long corridor.

LANDINI.

La fille de Clairet... et nous pour un peu d'or!..

A Mcrula.

Tiens, à trop de dangers cette action nous livre,

CIIUISTINK A FONTAINEBLEAU.

Nous avons mes poi-ons cl ion poignard nom vivre, Quittons Monaldeschi.

MÉRULA.

Pourquoi donc, s'il vous plaît ?

LANDINI.

C'est que ce n'est pas là ce qui nous appelait. Et-ce pour satisfaire un amour de jeune homme Que depuis plus d'un mois nous avons quitté Rome? Il sera roi, dit-il, et nous, nous nous mettrons Une couronne au cou.

MÉRULA.

Modèle des poltrons, A quoi donc es -tu bon, si tu crains qu'on te pende?

LANDINI.

C'est quetu ne sais pas ceque l'on nous commande, Non... tu ne le sais pas!... Aller seul en plein jour Frapper Louis Quatorze au milieu de sa cour, Ou servir du poison dans de l'eau froide et claire, Serait moins imprudent que ce qu'on nous fait

[faire.

MÉRULA.

J'ai l'ordre du marquis, son premier intérêt Sera de me sauver.

LANDINI.

Te sauver de Clairet?

Souviens-toi de ce jour où Clairet, à sa honte, Las du nom d'intendant, voulut devenir comte. Qui de tous ses travaux lui lit perdre le fruit ?

MÉRULA.

Le marquis; cela fit alors assez de bruit.

LANDINI.

Eh bien! tant qu'il vivra, que Monaldeschi tremble! Et pour nous, qu'aujourd'hui même chance rassemble, La meilleure défense est un profond secret; Car si le marquis peut donner prise à Clairet, Il en a bien assez de se sauver lui-même.

MÉRULA.

Bah! La reine en est folle.

LANDINI.

Oui, mais plus elle l'aime, Plus cet enlèvement est coupable à ses yeux : Son amour outragé deviendra furieux.

MÉRULA.

Il serait impuissant... Vois avec quelle adresse

Le marquis, de la reine abusant la tendresse,

Il a su l'entourer des plus étroits liens.

Le palais est déjà peuplé d'Italiens.

Excepté Suénon, comte de la Garrlie,

Dont la flamme à parler s'est, dit-on, enhardie,

Tous les officiers, tous, sont de notre pays.

LANDINI.

Je ne m'y fierais pas si nous étions trahis. Mais c'est Clairet...

MÉRULA.

Clairet, c'est un bien terrible homme!

Tout le monde à présent tremble dès qu'on le

[nomme; Mais la peur seule prête un pouvoir aussi grand Aux tâlens ignorés d'un valet ignorant»

LANDINI.

Ce valet ignorant, puisqu'il ne sait pas lire.

Près de Gustave-Adolphe avait beaucoup d'em—

[pire; Sur sa tille Christine il n'en garde pas moins, Et j'ai peur...

MÉRULA, l'interrompant.

Landini, tes yeux furent témoins D'un outrage au marquis fait dans un bal à

[Rome...

L'agresseur était brave, il était gentilhomme, Officier du Saint-Père et puissant a sa cour; Son nom me fut appris une heure avant le jour, Et quand le jour parut il gisait sur la pierre, Poignardé sur le seuil des portes de Saint-Pierre. J'obéis... obéis : j'ai répondu de toi.

LANDINI.

Sainte vierge Marie, ayez pitié de mol!

MÉRULA , brutalement.

Allons...

LANDINI, tranquillement.

Allons.

MÉRULA, allant vers la porte du fond.

Chut... paix... Tenons-nous sur nos gardes, J'entends déjà du bruit dans la salle des gardes, La reine va rentrer, appelle.

Landini va près de la porte qui conduit clier la reine , et frappe trois coups dans ses mains.

Bien ..

LANDINI, après avoir écoulé et attendu, à voix basse et â travers la porte.

Fanchon, Fanchon, ma femme?

MÉRULA.

Eh bien ! te répond-elle?

LANDINI.

Non.

MÉRULA.

Appelle encor.

LANDINI

Fanchon ?

Si] NE II.

FANCHON, entrouvrant là parte de la reine; LANDINI, près, de relie parte, MÉRULA,

vrillant à la porte du fond.

F ANCIION.

C'est moi... silence; apprête

Les papiers.

LANDINI.

Les voici. Tu sais...

FANCHON

Sur la toilette, Dans la chambre à coucher.

MÉRtLA , sans quitter la porte du fond.

Que la reine, ce soir, Ne puis.se s'endormir sans les apercevoir. FANCHON,

C'est convenu Bonsoir.

iVIAUAMIN I M l'A 1 NAI,.

i.anhini.

Bonsoir.

MÉIU'LA.

Eh! \ite, alerte, La cour rcnlro, et je vois la galerie ouverte.

îls reprennent ton; deux leurs postes en gehors «lu salon.

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