SCENE IV
SUENON, toujours profondément absorbé, CHRIS- TINE, t/ui a attendu avec anxiété que tout le vimide fût retiré, et qui revient du fond de la scène.
Eh bien! que signifie Ce désordre effrayant, ce billet insensé Qu'au salon votre main dans la mienne a glissé?
Klle montre le billet, et l'ouYre.
C'est un ordre insultant, qu'une telle prière.
Elle lit le billet.
« Par grâce pour mes jours et par pitié dernière, » Avant que Guise parte, un moment d'entretien... »
J'ai cédé, me voici, que me voulez-vous î SUÉNON , avec di'sespoir.
Rien...
Rien, madame... oubliez, pardonnez ce délire : Ce billet disait tout, si vous l'aviez su lire. Ah !... Je me suis trompé.
Christine, d'un ton de reproche doux.
Suénon...
SUÉNON
Pardonnez.
On ne peut fuir les maux qui nous sont destinés. Les plus cruels manquaient aux douleurs de ma
[vie:
C'était de vous quitter quand je vous ai servie, Et c'est de vous déplaire avant de vous quitter.
CHRISTINE
Je ne puis vous comprendre.
SUÉNON
Ah ! daignez m'écouter!
Comme un dernier bonheur laissez-moi ma dépense.
Ce billet, de ma part, est sans doute une offense, Mais... il fallait partir... ce soir absolument, Madame, et je voulais avoir votre agrément.
CHRISTINE, piquée.
Pourquoi donc? Dans ma cour chacun fait à sa
Vous allez? [guise.
suénon, avec effort.
Je m'attache à monseigneur de Guise.
CHRISTINE, vivement.
C'est donc que vous quittez ma maison?
SUÉNON
Je le dois.
Se maîtrisant avec peine.
Rien jeûna... mais issu d'un vieux sang suédois, Entre tous ces marquis... qu'ici Rome expédie...
CHRISTINE, sévèrement.
Vous n'êtes plus à moi, comte de La Gard le, Surlcz...
suénon , douloureusement.
Quoi !... Vous l'aimez !
CHRISTINE, moins irritée.
Non... Je huis les soupçons.
Les fous... et les donneurs d'imprudentes leçons. Sortez.
SUENON, prit à sortir, arec désespoir.
Ah! vous n'avez ni pitié ni clémence.
Cependant de mon cœur vous savez In démence. Ah ! quand dans la tristesse où jccachais mes jours Vous veniez sur mes pleurs m'intorroger toujours. Moi je mourais sans dire une flamme insensée ; Votre pitié trompeuse égara ma pensée ; Du mal qui me brûlait ello excita l'aveu. Eh bien! depuis ce jour osai-jc faire un vœu ? Non, dans mon désespoir habile à me contraindre. J'ai su vousépargner jusqu'au soin de me plaindre, De me taire et souffrir me faisant une loi, Vous ai-je jamais dit : Ayez pitié de moi?
CHRISTINE , avec douceur.
Eh! pourquoi donc ce soir... j'en suis encor saisie, Ce billet... ce départ?
SUÉNON
Pourquoi? La jalousie, Un horrible soupçon... Oui, lorsque, loin de tous, Le marquis semblait seul oublié parmi nous ( Et ce manège adroit a pu tromper les autres) , J'ai vu deux fois ses yeux interroger les vôtres; Votre bouche deux fois a murmuré : Demain ; Et deui fois j'ai trouvé mon poignard sous ma
[main.
CHRISTINE
Et comment voulez-vous qu'une femme confie Son bonheur, son repos, le secret de sa vie A ce cœur insensé?...
SUÉNON, avec amour.
Dieu!
CHRISTINE, triste et souriant.
Vos vœui oubliés N'aspiraient qu'au bonheur de souffrir à mes pieds. Si je les écoutais avec moins d'indulgence, Subirais-je aujourd'hui votre folle exigence?
SUÉNON, suppliant.
Oh! mais... si cet amour, plus soumis désormais...
Christine , presque troublée.
Non... non... je vous défends de m'en parler jamais.
SUÉNON
Jamais. .
Christine, s' assurant.
Oui, Suénon... Je le dois... je l'ordonne...
Elle lui tend la main.
Et je suis votre amie... Allez, je vous pardonne. SUÉNON , douloureusement, après avoir baisé sa
main.
Oh! madame!
CHRISTINE
Il suffit; à Guise vous direz Que demain...
Elle le renvoie Je la main.
Dites-lui tout ce que vous voudrez.
SUÉPiON:
Adieu, madame.
CHRISTINE
Allez,, Un mot... Cette dépédio
MACA5LN THKATliAL.
Doit toucher Guise, cl inèuir il se peut qu'elle Son dopai (. [ pippcjche
siénon.
El c'est prendre un soin qui sera doux A son cœur.
CHRISTINE
Comme au mien, qui l'oubliait pour vous. C'est bien de Mazarin... pressée et très-Secrète, Kl toute de sa main... Un moment, je suis prête.
» Madame,
» L'issue de nôtre négociation ne peut larder, » et par conséquent le choix qu'il vous faut faire » d'un roi de Suède. Vous penserez aux rivalité.1) » qu'exciterait dans la nation le choix d'un sn- » gneur suédois. Le duc de Guise est d'un nom » qui a porté trop de trouble dans la France pour » que la famille de Bourbon vît avec plaisir tom- » ber une couronne sur la tète du petit-fils du » Balafré; quant à moi, vous savez où tendent » mes amitiés et où porteront tous mes efforts; » cependant le secret que vous faites de cette af- » faire au marquis me fait craindre que vous » m'ayez mal compris. Quoi qu'il en puisse être, » il faut vous hâter. On distribue à la cour, sous » le manteau, un libelle infâme contre votre ma- » jesté : une main inconnue l'a fait pénétrer dans » les plus intimes appartenons du roi. Un exem- » plaire en a été trouvé sous le chevet de son lit » et supprimé par un valet qui m'est tout dévoué. » Nos projets y sont mis à nu, et si nous laissons » à cette intrigue le temps de s'ébruiter, nous au- » rons beaucoup fait pour n'arriver à rien. »
Oui, oui, j'avais raison; il me faudra parler A Guise.
SUÉNON
Celte lettre a de quoi vous troubler.
CHRISTINE
11 est vrai; car peut-être elle sera suivie De là décision du reste de ma Vie.
scénon.
Je n'avais qu'un espoir, et je m'en vois priver.
CHRISTINE
Vous n'en souffrirez rien , quoi qu'il puisse
[arriver.
SUÉNON
Quoi qu'il puisse arriver et quoi que je redoute, Puisqu'au trône l'hymen va vous rendre sans
[doute, J'engage de nouveau pour moi, pour tous les
[miens, Nos voix et notre nom, notre sang et nos biens, A vous, mais à vous seule.
Il SOI' 3|>rc\ï :l\ nil'S lllr.
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