‹ Magasin théâtralChapitre 677 sur 1377 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MONALDESCHI, LANDINI

MONALDESCHI, des papiers à la main.

Landini... Landini... paresseux détestable; Le misérable, il dort... il dort sur cette table Où centfois teint desang,un scalpel dans les mains, Il dissèque en secret des cadavres humains, Sans que la peur des morts trouble sa conscience; Lâché, que rend hardi l'amour de sa science ! M'a-t-il fait celte clef? quel imprudent oubli! Dans un sommeil de fer il reste enseveli. Landini...

LANDINI, s' éveillant en sursaut.

Grâce! grâce!

MONALDESCHI

Eh! réponds ..

LANDINI, malcveillêetavcc terreur.

C'est mon maître...

Ce crime, c'est lui seul qui mel'a fait commettre.

MONALDESCHI

Misérable!

LANDINI.

Ah ! c'est vous.

MONALDESCHI

Qu'as-tu dit?

Ah ! mon Dieu, Je rêvais que Clairet m'accusait en ce lieu.

MONALDESCHI

Et loi lu m'accusais...

LANDINI.

C'est un horrible songe.

On n'a pas en rêvant l'esprit libre au mensonge. Pardonnez.

MONALDESCHI

C'est assez... cette clef?

LANDINI, prend une clef sur la forge et V essuie avec soin.

La voici.

Regardez comme au selle fers'est bien noirci. On ne dirait jamais que c'est une clef neuve.

MONALDESCHI

C'est bien; l'autre pouvait devenir une preuve.

LANDINI.

Quoi?

MONALDESCHI

Christine à minuit m'attend secrètement.

Malade, tout le jour dans son appartement,

Guise pour son congé sans doute l'aura vue. Clairet, prêt à partir, a pris son entrevue. Enfin je reste seul.

LANDINI.

La nuit vient, et c'est vous...

MONALDESCHI

Oui, toute ma fortune est en ce rendez-vous; Et j'allais le manquer pour une clef perdue, Quand cette clef sans doute à Christine rendue Lui prouve clairement qu'on a dû s'en servir Pour enlever Marianne.

LANDINI.

Elle est belle à ravir, Mais c'est risquer beaucoup pour passer un caprice.

MONALDESCHI

Oui, maudit soit ce jour s'il faut que je périsse ! Car c'est perdre la vie à l'heure du bonheur ; A peine elle a seize ans.

LANDINI.

C'est ce qui, monseigneur, Vous fait trop oublier quel danger vous menace.

MONALDESCHI

Le danger, c'estle fuir qu'y montrer tant d'audace. J'ai mis la reine au point qu'il lui faut décider De renoncer au trône ou de me l'accorder.

LANDINI.

Le but est excellent; mais la route l'est-elle?

MONALDESCHI

Dans son appartement, vois, Christine m'appelle; L'écrit a frappé juste. Elle a déjà quitté Gènes, Rome, où le peuple, en secret excité, De quolibets grossiers poursuivait sa conduite Par Cromwell sèchement d'Angleterre éconduile, Elle est venue en Erance, où, dès le premier jour. Un accueil glacial l'éloigna de la cour. Au blâme, qui partout la poursuit etla juge, Le mariage enfin devient son seul refuge, Surtout grâce à l'écrit dont j'ai su la frapper. En remontant au trône y veut-elle échapper? Mazarin dans ce but lui prêtera son aide ; Mais Mazarin par moi veut régner en Suède. Point d'hymen, point de trône.

LANDINI.

Elle vous fera roi ; Mais Marianne, à quoi bon l'enlever... vous?

MONALDESCHI

A quoi ?

Pour écarter Clairet : cet hymen qu'il condamne

MAGASIN THKATIUL.

Le perd; mais maintenant qu'il court après Ma- Mazarin à Paris la lui fera chercher (rianne,

Assez long-temps.

LANDINI.

Là-haut n'entends-jc pas marcher?

Est-ce Marianne?

MONALDESCni.

Eh! non, car elle est enfermée Dans mon oratoire.

LANDINI, montant à demi l'escalier.

Ah! c'est une troupe armée...

Des soldats... Micheli les mène par ici.

ftU\VlVvlV\UH\WVWVU\UVVV\WVWW\VUVl*VUH\VWiMU\

Page 1