‹ Magasin théâtralChapitre 696 sur 1377 · SCENE Y II · texte numérisé non relu

SCENE Y II

Les Mêmes, GUISE, entrant rapidement.

GUISE

11 assurez-vous, madame.

CHRISTINE

Eh bien ! Cuise, on m'insulte.

GUISE

Mon aspect suffira pour calmer ce tumulte. Sur les jours du marquis je cours les rassurer.

CHRISTINE

Vous ?

GUISE

Et dans le devoir je les ferai rentrer, En les leur promettant.

CHRISTINE

Mais Dieu seul est le maure De pouvoir autrement qu'a la mort les promettra

Calmez-vous ; je sais trop et par quelle raison Vous devez du marquis punir la trahison. Mais il veut devant vous exposer sa défense, Et vous le recevrez malgré sa grave offense.

clairet, soudainement.

Qu'il vienne donc.

CHRISTINE

Comment?

CLAIRET

Qu'il vienne pour mourir.

CHRISTINE

Ici?

GUISE

L'assassiner?

CLAIRET

Pourquoi, s'il doit périr?

CHRISTINE

Pourquoi ce piège aussi que je ne puis comprendre?

CLAIRET

La présenced'un Guise estlàpourvousl'apprendre.

GUISE

La présence d'un Guise est là pour arrêter Les infâmes conseil- qu'on ose vous dicter.

Guise, je puis vouloir ce que l'on me conseille.

CLAIRET

Comme au vôtre, à son nom, la révolte s'éveille.

CHRISTINE

Ma justice partout peut s'accomplir.

GUISE

Jamais, Non, jamais devant moi.

CHRISTINE

Mais, monsieur, si j'armais Cessoldats pour la mort que mon honneur réclame, Que pourriez-vous contre eux?

GUISE

Je suis Guise, madame, Petit-fils de Henri Guise le Balafré, De même par son roi dans un piège attiré; Pour ce même salut de justice suprême, Par des soldats pareils assassiné de même : La France ne peut voir deux fois ces attentats; S'il vient, je le défends.

SANTINELLI.

Vous, contre mes soldats?

GUISE

J'ai nom Henri de Guise, et voici son épée.

CLAIRET

Elle le servit mal.

Mais elle fut trompée, Car ils étaient cinquante, et vous n'êtes que dix. cuniSTiNE, calmant du geste les soldats qui menacent Guise.

Si nos aïeux nous font ce qu'ils furent jadis, J'ai de Gustave-Adolphe appris quelque courage. Guise, la mort, ce soir, vengera mon outrage;

Retournez donc le dire à ceux de ma maison Qui m'ont du mes bienfaits payée en trahison. S'ils osent devant moi lever leur voix altièrc, Ils connaîtront alors Christine toute entière. Allez.

GUISE

Ne tentez rien au-delà de vos droits.

CHRISTINE

Au rang où je suis née on les connaît, je crois.

GUISE

Nul ne permet le crime, et je sens sous la cendre D'un nom qui jusqu'à moi n'aurait pas dû descendre One tout ce qu'il en reste appartient au malheur.

CHRISTINE

Dieu me garde d'avoir droit à votre valeur! Adieu.

('• llise Suit.

Les Mêmes, excepte GUISE.

CHRISTINE

Santinelli!

Santinelli s'approche.

CLAIRET

Quoi ! tout nous abandonnel Christine, a Santinelli, à voix basse.

Tes gens ont-ils du cœur?

SANTINELLI.

Quand le vin leur en donne, Et que j'en puis payer.

CHRISTINE

L'or leur plaît-il encor

SANTINELLI.

Quelques pintes de vin et quelques écus d'or, lis passeront pieds nus dans un ruisseau de laves.

CHRISTINE

Voici pour toi, d'abord. Sont-ce là tous tes braves?

SANTINELLI.

Là-haut dans leur quartier, il m'en reste encor vingt; Trente... c'est mon marché: c'est tout ce qui revint De trois cents que j'avais conduits en Allemagne. Je m'y suis ruiné, rien qu'en une campagne.

CHRISTINE

Ils t'en vaudront trois cents aujourd'hui, s'ils sont

SANTINELLI. [SÛTS.

J'ai vu des temps meilleurs, j'en ai vudeplusdurs. Jadis dans le Brabant aux troupes espagnoles Je me suis engagé, moi seul, pour deux pistoles Et, mon marché fini, je pus aux Brabançons Engager avec moi six cents braves garçons. J'ai servi les Etats, le Hanovre, l'Empire, Et je ne pense pas qu'aucun deux puisse dire Qu'on m'a vu refuser un poste quel qu'il soit, Lorsaue fidèlement la solde se perçoit.

CHRISTINE

Tayer est mon devoir.

SANTINELLI.

Obéir est le nôtre

CHRISTINE

Ainsi tu frapperais...

SANTINELLI.

Le marquis ou tout autre.

Un coup d'oeil suffira; je tiens la son arrêt.

CHRISTINE

j Je t'attends donc ici.

SANTINELLI.

Je serai bientôt prêt.

CHRISTINE

, Avec tes gens.

SANTINELLI.

Je sais mon métier, je m'en Balte.

CHRISTINE, sortant.

Viens, Clairet, mes projets veulent que je me hâte.

IJIs sorti ut.

SANTINELLI.

l Enfans, il n'est plus temps de faire les muguets : I Des pierres à vos chiens... voyons si nos mousquets ! Savent encor parler et porter une balle. 1 Allons, vive le vin :

11 t.iit s mler !a bourse.

Et c'est moi qui régale.

Ils sortent. Le théâtre clianse.

www^ww-vwwwww

Page 1