SCENE XIV
CHARNAGÉ, CM1USTINE, SUÊNON, CLAI- RET, SIMON, nom A. BEMPO, Officiers,
iieix Soldats près de Christine.
Christine, entrant impétueusement par une porte latérale près du trône, et se plaçant entre les officiers et Cliarnacé.
La voici !
Vous nous titrez bien haut, messieurs nos gentils—
[hommes, Mais ce n'est pas encor là tout ce que nous sommes. Je viens donc pour l'apprendre a ceux qui le voudront ; J'y viens l'épée en main et la couronne au front, Pour qu'un signe constant ici vous avertisse Que la reine Christine y fait grâce et justice. Laquelle voulez-vous ?...
bemfo, n'avançant poussé par les officiers. Justice!
CHRISTINE, le regardant eu ■'ace.
Contre qui?
BEMPO, hésitant.
On a fait arrêter hier Monaldeschi.
Christine, le regardant fixement.
On a fait arrêter...
BEMPO, embarrassé.
Et, madame, on ajoute...
Christine, toujours les yeux attaches sur lui. On ajoute?...
BEMPO
On se plaint...
CHRISTINE
On se plaint... Quand j'écoute, Je veux d'abord savoir qui me parle et pourquoi. <x On a fait arrêter...» j'ai fait arrêter, moi! « On se plaint...» qui se plaint? vous?
BEMPO
Moi... comme les autres.
DORIA, élevant la voix.
Le marquis a des droits, et ces droits sont les nôtres. Nous voulons...
CHRISTINE, marchant droit à lui.
Un moment! est-ce monsieur ou vous Que nos gens ontehargé de leur plainte envers nous? J'écrisbien quelquefois trois lettres en trois langues Mais je ne saurais pas écouter deux harangues.
DORIA
Je parlerai donc seul... nous demandons pourquoi Le marquis par votre ordre est prisonnier?
CHRISTINE
Eh quoi!
Vous l'ignorez?
DORIA
Autant que lui, je le suppose.
CHRISTINE
Vous l'ignorez? pourquoi prenez-vous donc sa noiUA. | .cause?
Pour un prétendu crime on veut le condamner.
CHRISTINE
Vous mentez, Doria.
DORIA
CHRISTINE
C'est assassiner,
DORIA
Qu'on dit?
Madame...
CHRISTINE
Et comme il fautquetoul se sache, C'est vous qui l'avez dit.
DORIA
Mais...
CHRISTINE
Êtes-vous un lâche?
Commel'a ditaussi, monsieur, que vous n'osiez Répéter devant moi ce que vous en disiez.... Certe, il fallait avoirbien soifdevous confondre, Pour être descendue au point de vous répondre! Doria, votre nom par vous déshonoré Vous protégea chez moi quand vous êtes entré; II vous protège encor; dernier de votre race, Le dernier par le cœur, Doria, je vous chasse.
DORIA
Madame!... mes amis...
Les officiers restent interdits.
CHRISTINE
Regardez-nous au front, J'y porte une couronne, et jamais nul afTront Ne m'en fit souvenir sans l'y trouver sanglante ; Pour la première fois Christine est indulgente. Sortez... Santinelli.
Les portes s'ouvrent au fond, et on voit tous les soldats de Santinelli, le mousquet apprête.
Chassez-le du palais.
Tous les officiers se reculent de Doria.
Éloignez vos soldats.
SANTINELLI.
Madame...
CHRISTINE
Eloignez-les.
Ceux-ci sont mes amis, mes serviteurs fidèles. tocs, entourant la reine pendant qu'on entraine
Doria.
Oui, tous.
CHRISTINE
Ce qu'on refuse à des clameurs rebelles, On le doit accorder à des cœurs dévoués.
BEMPO
Madame...
CHRISTINE
Ainsi par vous nos actes avoués Sont justes?
TOCS.
Ils le sont.
Cette, et comme je n^se
Que tout vrai dévoùment mérite réconip ""m .',
J'espère voir prouver par votre jugement
lUAuAaLN i IM:A J TiAl,.
Que tout forfait aussi mérite châtiment,
Car du sort du marquis je vous fais les arbitres.
TOUS
Nous?...
CHRISTINE
Vos titres, messieurs, ne sont pas de vains titres, Je reconnais vos droits en maintenant ma loi, Et garde les respects que j'exige pour moi. Charnacé, devant nous que le marquis paraisse.
CHARNACÉ, sortant, à part.
Le pauvre homme! rendons le saint a son adresse, Car c'est d'un saint, je croiSi qu'il doit avoir besoin.
CHRISTINE, âGlabet.lui montrant Bempo et dent
autres officiers.
Avec ces trois messieurs, Clairet, prenez ce soin, Et qu'on agisse en tout d'une façon loyale. Huissiers, faites sonner l'audience royale.
Ou ouvre toutes 1rs portes. Toute !.. livrée cl les soldais dé Sanlinelli se groupent au fond ; CUrisline monte surson trône.
Debout.
Prenez place, messieurs.
Tous les officiers s'asseyent après Christine.
Messieurs, si je remets En vos mains ce pouvoir qui ne périt jamais, Et que le ciel aux rois donne pour leur défense, C'est qu'il s'agit ici de mon intime offense, Et que je neveux pas dans un tel jugement Me manquer par faiblesse ou par ressentiment. C'est que du vice humain on a beau l'aire élude, Le cœur reste surpris a trop d'ingratitude; Que, lorsque la loi frappe et donne le trépas, La main doit être calme... et jene le suis pas. Juges, c'est donc à vous que Christine confie Ses droits de souverain et l'honneur de sa vie. C'est au vôtre à juger s'il en est à servir La reine à qui vos mains le laisseraient ravir. Mais, avant d'exposer devant vous mon injure, Vous en chargez-vous?