SCENE PREMIERE
SUENON, CHARNACÉ, Gardes au fond.
charnacé , seul , pendant les quatre premiers
vers.
Ces gardes sont de trop, il est bon que j'y pense;
De ce poste, messieurs , ce soir on vous dispense.
Ils sortent.
Bien... Suénon n'est pas un si hardi galant Qu'il n'ait pour les détails besoin de mon talent.
Suénon entre par la porte de la reine.
Ah ! la reine estrentrée.
SUÉNON
Oui; mais non pas chez elle.
CHARNACÉ
Quoi !
SUÉNON
De Santinelli voulant payer le zèle, Elle l'a fait mander dans le salon du roi.
CHARNACÉ
Ce gueux pour un écu nous tuerait tous, je croi ; Elle le sait.
SUÉNON
Fanchon aussi vient de m'apprendre Qu'un vieux religieux près d'elle va se rendre.
CHARNACÉ
Ah! la Fanchon s'est donc laissée interroger? Mais tout marche à ravir, si j'en sais bien juger...
La Fanchon remettra ton billet à la reine. Qu'as-tu donc?
La démarche où mon amour m'entraîne M'épouvante.
CHARNACÉ
En amour les sages sont les fous.
On ne demande pas, on prend un rendez-vous. D'ailleurs, tu ne peux plus supporter la souffrance; Tu quittes cette nuit et Christine et la France ; Mais avant de la fuir pour ne plus la revoir, Un amour invincible, on plutôt le devoir, T'ordonne de venir en serviteur fidèle Jurer à ses genoux que tu mourras loin d'elle ! Le billet est charmant, le succès non douteux, Si ton courage tient encore une heure ou deux.
SUÉNON
Conçois-tu son courroux, quand Christine va lire Ce billet insensé qu'a dicté mon délire?
CHARNACÉ
Tu ne seras pas là lorsqu'elle le lira.
SUÉNON
Que dira- t-elle? ô ciel!
CHARNACÉ
Eh bien ! elle dira Ce que je dis aussi, ce que tu viens de dire. Que c'est l'amour d'un fou poussé jusqu'au délire.
STKNON.
Certes, l'amour d'un fou; pourtant ce n'est pas lui Dont Christine entendra le langage aujourd'hui. Je lui viens reprocher sa longue perfidie.
CHARNACÉ
Perfidie, ou plutôt cruauté. La Gardie...
su EN ON.
Je lui viens demander compte de mon honneur.
CHARNACÉ
Toi?
SlJÉNON.
Quand je subissais son charme suborneur, Quand Christine à ses pieds laissait ramper ma vie, A l'amour d'un infâme elle était asservie.
CHARNACÉ
Tu perds l'esprit, je crois, ou bien jusqu'à ce soir Tu l'avais donc perdu.
SUÉNON
J'ai tout vu sans rien voir!
Aux signes trop certains de sa lâche faiblesse, De son nom, de son rang, j'opposais la noblesse; Toi-même, Charnacé, souviens-toi, ce matin, Quand, la parole fière et le regard hautain, Elle brisait ce flot d'une clameur rebelle, Rappelle-toi combien elle était grande et belle : Et, sans te la montrer ce qu'elle est à mes yeux, Souviens-toi ses exploits , son règne glorieux, Cet esprit souverain plus haut que sa puissance, Son sublime abandon de la toute-puissance, Et tu m'excuseras de ne comprendre pas Qu'une si noble vie ait pu tomber si bas.
CUARNACÉ.
Toujours l'amour d'un fou poussé jusqu'au délire ; Mais l'affaire est liée à ne pas s'en dédire, Le rendez-vous bien pris.
srÉxoN J'y viendrai; mais, crois-moi, Je ne mentirai plus à ce que je me doi.
CHARNACÉ
Mais ce que tu lui dois n'est pas un sot reproche; Puis, je te vois d'ici pâlir à son approche. Tu feras bien assez d'être un peu moins troublé Si tu veux...
SCÉN0N.
Charnacé !
CHARNACÉ
Soit... essayons la clé; Je vais faire le guet.
j; va à la porte du fond, Suénon ouvre la porte secrète. SUÉNON.
C'est ouvert.
CHARNACÉ
A merveille; Descends, et maintenant attends que tqut som-
[meille.
Au pied de l'escalier, dans le couloir qui suit, Est la chambre où tu dois rester jusqu'à minuit.
Il accourt d-3 fond de la scène et éteint les bougies.
Diable!
Qui; fais-tu donc?
ui.uoau'-:.
Je conjure un 01 Là-bas le vieux Clairet arrive plein Il a sur ma parole été voir saint Aubin.
Quoi! par ce temps?
CUARNACÉ.
Oui, l'eau tombe à donner un Des pieds jusqu'à la tête au géanl Polyphême; L'orage du bonhomme éclaterait de même.
Bonsoir,
Sucnon entre dans l'escalier secret ; Cliarnace l'échappe de Clairet pendant qu'il entre.
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