DON LUIS, JUANA
don luis, entrant par le fond.
Dans notre humble retraite, Juana, que fait-il?... A sa douleur muelte Sa fille a-t-elle enfin arraché quelques mots?
JUANA
Non : il semble goûter un bienfaisant repos; L'oubli serait si doux à son ame ulcérée!... Afin qu'il le trouvât, je me suis retirée; De mon époux ici j'attendais le retour.
DON LUIS
La fuite est préparée: avant la fin du jour Nous quitterons tous trois ce solitaire asile; Du noble Padilla le danger nous exile.
JUANA
Croyez-vous que don Pèdre ordonne son trépas t 11 avait pardonné.
DON LUIS
Tu ue le connais pas!
MARIA PADILLA
De ses ongles enfin le tigre a fait l'épreuve, Il a flairé le san<*... Il faut qu'il s'en abreuve. Nous avons tout a craindre!. Et, quand tu m'as
[appris Ce qu'essaya ton père, et quel en fut le prix, J'ai reconnu ce roi, dont j'avais jugé rame! Il courbe un hidalgo sous un supplice infâme ! Car il n'ignore point, ce don Pèdre si fier, Que l'orgueil saigne en nous plus long-temps que
[la chair.
JUANA
Oh ! quandj'aivumon père, errant sur cette place, Cbassé par ses bourreaux, dont la main était lasse, J'ai cru mourir!. ..Et nul ne lui portait secours!... Mon cœur s'est ranimé... Par de secrets détours, Protégeant, soutenant sa marche appesantie, De Séville, avec lui, je suis enfin sortie : Depuis ce jour affreux deux jours se sont passés; Aucun péril nouveau ne nous a menacés.
DON LUIS
Qu'importe? Il faut partir.
JOANA.
Où chercher un asile?
DON Li::s Transtamare possède encor plus d'une ville; Nous irons le rejoindre.
JUANA
Il a signé la paix.
DON LUIS
Crois-tu doncleurs combats terminés pour jamais? Non... l'ambition veille!.... Et là du moins tes
[larmes Pourront couler sans crainte à l'ombre de sesar-
[mes.
Moi, proscrit et vaincu, dans ces lieux oublié, J'appelais le moment, si long-temps épié, Où j'unirais encor ma vengeance à la sienne; Ce jour a bien tardé ! mais il faudra qu'il vienne ! Espérons, Juana.
JUANA
Peux-tu former ces vœux, Et les redemander ces combats désastreux, Dont le seul souvenir glace et fléiril mon ameî Tes châteaux dévastés par le fer et la flamme, Ton sang, pour les bâtards répandu tant de fois, Ont payé notre dette aux querelles des rois ; Laisse-les s'arracber le sol de la Caslille, Ce qu'on donne aux partis, on l'ôtc à sa famille.
DON LUIS
Écoute, Juana : le jour baisse, il est tard ,
Ton père est là ! Tous deux soyez prêts au départ.
JUANA
J'y vais.
DON LUIS
Dès que du soir se lèvera l'étoile, Sur le Guadalquivirnous déploîrons la voile ^ Le vent est favorable , et la nuit suffira Pour nous conduire au port qui nous recueillera. Juana suit par la porte de gauche.
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DON LUIS , puis MARIA.
don luis, seul.
Oui, don Pèdre en tombant expira notre injure! S'il a juré la paix , il médite un parjure, Et bientôt Transtamare, agitant ses drapeaux Rappellera ma haine à des combats nouveaux ! De ton trône souillé, don Pèdre, il faut t'abattre Mon épée appartient à qui veut te combattre. Qui vient ici?
maria, vêtue de noir et très-simplement. C'est moi, don Luis.
don luis, reculant.
„ , Qu'ai-je entendu?
Vous!...
varia.
Devant votre seuil j'ai ong-temps attendu.
LON LUIS
Pourquoi?
MARIA
Vos serviteurs repoussaient ma prière; Mais j'aurais vu venir la mort sur cette pierre, Il eût fallu heurter mon corps pour la franchir' Si ma prière enfin n'avait su les fléchir.
DON LUIS
Quel projet en ce lieu pousse la favorite? Ne sait-elle donc pas que la vertu l'habite?
MARIA
Elle sait que jamais, sans qu'il fût consolé , Du malheureux ici les larmes n'ont coulé.
On y plaint le malheur, on y maudit le crime.
MARIA
On n'y pardonne pas?
DON LUIS
Demande à ta victime !
Va, sur son corps sanglant, auxbourreauxéchappé, Voir s'il reste une place où leur bras n'ait frappé!
maria, indignée.
Ah ! pour noble Espagnol partout on le proclame, Il est brave !... et pourtant il outrage une femme!
DON LUIS
Celte femme au respect, à l'estime de tous N'a-t-elle pas perdu ses droits?
maria, avec force.
Qu'en savez-vous?
Quoi ! loujoursdcs mépriset des soupçons infâmes !
don luis, étonné.
Comment?
MARIA
Éies-vous Dieu, pour lire au fond des âmes 7
DON LUIS
Parlez donc ! Quel secret semblez-vous nous cacher ?
MARIA
CYs< i»<>n père qu'ici ma douleur vient chercher $
Mon père m'entendra t
DON LUIS
Que pourriez-vous lui dire ?
MARIA
Ce n'est pas vous, donLuis, que je veux, en instruire.
DON LUIS
Mais c'est moi qui la peux chasser de ma maison Celle qui n'a pas craint de souiller un beau nom.
MARIA
Me chasser? Juana!...
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