TÉMOINS
isauelle, à part.
Voilà Galigaï! que son malheur m'est doux! Démons! sur la sellette elle est plus lière encore! Ah I comme un feu d'enfer, ma haine me dévore; Je voudrais de sa vie à loisir disposer!
iihslamies, à Cour tin.
Appelez les témoins; avant de déposer, Ils prêteront serment, la main sur le saint livre : Malheur aux faux témoins , si le ciel nous les livre !
COURTIN
Philippe Acquin !
PHILIPPE
Présent!
A la Cour, de bon gré, Dites ce que déjà vous avez déclaré.
PHILIPPE
Je le veux.
II prêle serment.
CODRTIN.
. Vous étiez premier valet-de-chambre De la maréchale?
PHILIPPE
Oui.
COURTIN
Mais au moisde décembre, N'avez-vous pas quitté sa maison ?
PHILIPPE
Oui.
COURTIN
Pourquoi?
PHILIPPE
Tout ce qui s'y passait m'inspirait trop d'effroi.
COURTIN
Et que s'y passait-il?
PHILIPPE
J'avais dans l'oratoire Vu des larmes de sang rougir le Christ d'ivoire. On entendait la nuit, en ces murs profanés, Les rires des démons et les cris des damnés, Et toujours d'un esprit l'invisible passage Comme un souffle de glace errait sur mon visage. Si je voulais prier, je demeurais sans voix, Et d'horreur mon missel se fermaitsous mes doigts. Mes chapelets bénits en charbons se trouvèrent; Mainte fois sous mes pieds des flammes s'élevèrent; Enfin je dus céder à Dieu qui m'invitait A fuir une maison que l'enfer habitait.
COURTIN
Vîtes-vous l'accusée observer quelque rite D'une religion idolâtre et proscrite?
PHILIPPE
Sans doute. L'an passé, le juif vénitien Montalto, médecin et grand magicien, Vint à Paris, selon le désir de madame,
Dont il sauva le corps malade au prix de l'âme. Que Dieu sauve la sienne, à présentqu'il estmort! La maréchale et lui conspiraient sans remord Les puissances du mal, démons et mauvais anges. Un soir, je fus témoin de mystères étranges : Tous deux sacrifiaient à l'enfer un coq blanc Couronné de pavots, et, les mains dans son flanc, Jetaient des cris aigus, des mots cabalistiques, Qui faisaient naître en l'air des lueurs fantastiques.
COURTIN
L'accusée allait-elle aux églises souvent?
PHILIPPE
Avant sa maladie, elle allait au couvent Des pères Augustins, les dimanches et fêtes; Mais, de retour, lisait Moïse et les prophètes.
COURTIN
Ne chômait-elle pas le samedi ?
Vraiment Elle se renfermait en son appartement.
COURTIN-
N'avez-vous rien à dire encor?
PHILIPPE
Non, que je sache.
COURTIN
Il suffit : à ces faits l'évidence s'attache.
deslandes, à la Maréchale.
Eh bien! que tardez-vous, madame, à les nier? Si quelqu'un se hasarde à vous calomnier, Dénoncez-nous le fourbe, on vous fera justice. Vous vous taisez... faut-il que je vous avertisse Qu'en ne répondant pas, vous avouez ainsi?
Me MULART-
Ce moyen de défense a souvent réussi.
deslandes.
Ce silence vous perd ! vous êtes prévenue... Messieurs, l'audition des témoins continue.
COURTIN
Isabelle Galli, dite vulgairement La sibylle d'Arcueil.
ISABELLE
C'est moi.
DESLANDES
Le parlement N'a-t-il donc pas à mort condamné cette femme, Comme sorcière et comme empoisonneuse infâme? D'on vieut que son arrêt n'est pas exécuté?
ISABELLE
On m'a promis ma grâce.
DESLANDES
Eh ! qui ?
ISABELLE
Sa Majesté»
Le président Deslandes se lève et recueille l'avis des con selliers.
COURTIN, bas à ftlulart.
Nous pourrons l'envoyer, par faveur infinie, Avec Galigaï brûler de compagnie.
M0 MULART.
A merveille, Courtin! oui, deux bûchers égaux! Et ses délations yont payer les fagots.
dfslandes, se rasseyant.
Si tel est votre avis, messieurs, je m'y dois rendre. Isabelle, la Cour consent à vous entendre.
courtin , à Isabelle.
Jurez!
DESLANDES
Sur l'Évangile!
Eh! que m'importe à moi!
DESLANDES
Malheureuse, osez-vous, en face de la loi, Commettre un sacrilège?
ISABELLE
Eh bien ! qu'on me délivre De l'inutile soin de jurer sur ce livre!
DESLANDES
Un témoin n'est admis qu'ayant prêté serment.
ISABELLE
Je le prêterai bien; ordonnez seulement.
COURTIN
Faisons taire l'usage en cette circonstance; Des révélations d'une telle importance Ne sont point, ce me semble, à dédaigner: il faut Ouïr l'aveu qui part du pied de l'échafaud.
Me MULART.
Fort bien; moi, curateur, je tiens même langage.
DESLANDES
Mais la loi?
COURTIN
Le devoir avant tout nous engage, Messieurs, à recevoir sa déposition.
tocs les conseillers, se levant.
Oui!
Je cède ; mais Dieu juge l'intention !
A Isabelle.
Vous, à la vérité ne soyez pas rebelle. Courtin, interrogez le témoin.
COURTIN
Isabelle, Yous connaissiez déjà la maréchale?
ISABELLE
Oh! oui!
A la M are' rli aie.
Quoi! ton attachement s'est-il évanoui?
Quand l'une de nous deux va marcher au supplice,
Ne veux-tu pas, ma fille, embrasser ta complice?
LA MARÉCHALE
Ah! Luynes, Luynes!
deslandes, à Isabelle.
Trêve à tant d'indignité !
Pensez-vous insulter avec impunité?.,.
ISABELLE
J'ai dit, jedisencor : Ma complice!... Qu'elle ose Me démentir!... Voyez si je vous en impose!
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Les Mêmes, MARIE DE MÉDICIS.