‹ Magasin théâtralChapitre 800 sur 1377 · BONAPARTE , JOSÉPHINE · texte numérisé non relu

BONAPARTE , JOSÉPHINE

BONAPARTE. Tu n\s pas encore en cosluine ?

JOSÉPHINE. Non, mon ami ; ce manteau impérial me coûte à jeter sur nus épaules. — Oh ! dis-moi : — n'as-tu pas de funestes pressentimens ?

Bonaparte. Moi, non ; et lesquels?

JOSÉPHINE'. Ne crains-tu pas que la fortune ne puisse te reconnaître sous ton nouveau titre? Elle te cherchera sous une lente et te trouvera sur un trône.

Bonaparte. Enfant! Eh! serai-je jamais autre chose que le soldat de Toulon , le général d'Arcole ou le consul de Marengo ? Ma fortune m'a toujours suivi ; pourquoi veux-tu qu'elle s'arrête quand je vais loucher le but? Pourquoi l'étoile de Bonaparte ne serait-elle pas celle de Napoléon?

JOSÉPHINE. Oh ! n'étais - tu pas assez grand ?

Bonaparte. Crois-tu que ce soit une vaine ambition qui me fasse désirer un nouveau titre? crois-tu que je ne m'estime pas ce que je vaux ? — et que le manteau impérial ou la main de la justice me donneront à moi une plus haute opinion Je moi? L'Europe est vieille , — et ma mission est de la régénérer : — il faut que je l'accomplisse. Je ne voudrais pas être empereur, que le peuple m' élèverait malgré moi sur le pavois impérial. Mais je veux l'être , parce que, de même que seul je pouvais sauver la France , seul je puis la consolider. Général, un boulet pouvait m'emporter, et avec moi étaient perdues mes victoires. Consul à tems , un coup d'état, un coup de main peut me chasser comme j'ai chassé le Directoire ; consul à vie , il suffit d'un assassin , — et Cadoudal attend encore sous les verrous la peine d'un crime qu'il ne tente pas même de nier. Depuis quatre ans et demi que dure le consulat , la France est placée en viager sur ma tête ; l'empire et l'hérédité peuvent seuls... — Mais que je suis fou de faire de la politique avec toi , frivole et jolie, conseiller bâti de gaze et de dentelle ! Non , ma Joséphine , plus de ces conver-

sations , elles attristent tes yeux et ta bouche , et tous deux doivent sourire : soulage les malheureux , achète des chiffons et lais des dettes , beaucoup de dettes : voilà la vocation à toi ; suis- la, et ne tente pas d'arrêter la mienne. — Ce n'est pas la plus heureuse !

JOSÉPHINE. Pardon ' — mais je veux encore te dire....

BONAPARTE. Quoi?

JOSÉPHINE. Tu parles d'hérédité ! — pour qui ?...

Bonaparte. J'aurai un fils , Joséphine.

Le destin ne m'a pas conduit si haut par la main ponr m 'abandonner tout-à-coup. — Peut-être serai-je malheureux un jour; — mais c'est quand il n'aura pins rien à m 'accorder, — quand, comblé de tous les biens, je ne pourrai plus que descend) e. Mon existence est une de ces grandes combinaisons du sort que la fortune veut compléter, dans son bonheur comme dans ses revers. — Joséphine, j'aurai un fils.

JOSÉPHINE. Mon Dieu ! quelle est donc

ton intention? Ecoute, j'adopterai qui

tu vomiras; tout enfant que tu me présenteras, en me disant : «Aime-le, » je l'aimerai comme j'aime Eugène , — ■ mon Eugène ; ce sera mon fils , aussi cher que si je l'avais porté dans mon sein...

BONAPARTE. Eh bien! Joséphine, oui, — si le sort me refuse un fils, oui , j'en adopterai un digne de moi , qui aura le cœur de sa mère — et le courage de sou père — Me comprends-tu .'

Joséphine. Oh! je n'ose espérer...

Bonaparte. Espère.

JOSÉPHINE. Eugène.

Bonaparte. Eugène Beauliarnais.

JOSÉPHINE. 0 mon ami! mon Bonaparte !

BONAPARTE. Allez, mon impératrice!

Notre-Dame vous attend , et j'ai une couronne d'or à mettre sur vos beaux cheveux.

JOSÉPHINE, avec mélancolie. Ami,— j'aimerais mieux les fleurs de la M aima ison.

(Elle sort )

BONAPARTE. Bonne Joséphine! - - Qu'y a-t-il , Charles?...

CHARLES. Le sénat vient vous supplier d'accepter l'empire.

Bonaparte. Dans un instant je vais le recevoir.

(Il sort,)

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