SCENE VIII
CHARLES, puis LABREDÈCHE,
HlIISSIERS.
\. \\\\\Y.\tV.VMV.,<ltiii s T nnt i'harnbrr, parlant m>rr: l'acceni italien. Ze vous dis que ze soins de la société de notre Saiiil-I'ère le Pape, — un mousicien de sa chapelle :
{ Il (liante en fausset. ) Voyez... ei que ze viens prendre les ordres de Sa Majesté l'einperour, — ze veux dire du premier co n soûl.
CHARLES , à part. Oli ! mon Dieu . encore cet homme , le plus in ,: citeur que je connaisse, et qui a toujours un parent mort victime de l'autre gouvernement ! — Eh bien ! qu'y a-t-il?
LABREDÈCHE. Ah! citoyen secrétaire, tirez-moi des mains de vos citoyens huissiers ; ce sont de véritables geôliers ; j'ai été obligé de renoncer à ma qualité de Français , dont je suis si fier en ce jour immortel, afin d'arriver...
CHARLES. Eh bien ! monsieur , vous voilà ; que voulez-vous?
labredèche. Yous ne me reconnaissez donc pas?
chaules. Au contraire, je me rappelle qu'en 98...
LABREDÈCHE. Je sollicitais.
CHARLES. Qu'en 1802...
LABREDÈCHE. Je sollicitais encore.
CHARLES. Enfin maintenant...
LABREDÈCHE. Je sollicite toujours. — Que voulez-vous ? ce n'est pas ma faute ; c'est celle de ceux qui ne m'accordent pas ce que je demande ; — mais j'espère que sous le gouvernement paternel de Sa Majesté l'empereur, j'obtiendrai enfin justice; car vous savez que mon père. ..
CHARLES. Oui, oui.
labuedèche. Mon malheureux père est mort victime de son dévouement à la république, en combattant les chouans...
cnARLES. Ah ! votre père était républicain?...
LABREDÈCHE. Non , non. (A part.) Que diable ai-je dit là , le jour du couronnement?...
Charles. Royaliste , alors ?
LABREDÈCHE. Royaliste? encore moins, monsieur.
Charles. Mais, enfin, il était l'un ou l'autre.
L\r,REDÈCHE. Tl était monarchiste, monsieur ! . . . A pari.) Voilà le mot trouvé ! . . . ( Haut. ) Mais non partisan de la vieille monarchie . non . non ; il rêvait une dy-
nastie nouvelle, un trône militaire; — il disait comme M. de Voltaire : (Le premier
qui fut roi...) Qu'il sciait heureux aujourd'hui s'il n'était pas mort victime...
CHARLES. Mais vous n'avez jamais pu
appuyer vos demandes d'un extrait mortuaire.
labredèche. Gomment voulez-vous?...
Les mairies brûlées.. . — .l'espère donc avoir part aux grâces qui seront accordées à l'occasion du grand jour...
Charles. Mais si vous êtes si dévoué à l'empereur, pourquoi ne pas vous engager? Sa Majesté aui I d'hommes.
LABBEDJ • m . ger, moi?... moi?
— je suis (Us uniqi f me veuve. (A
part.) J'ai tué mon père . je peux bien ressusciter ma mère. (Haut.) Mais avec votre
protection, monsieur le secrétaire si
vous daignez...
Charles. Donnez.
LABREDÈCHE. Douze cents francs... une
pension de 1,200 francs ouune place
dans les vivres. (Près du bureau.) Quand je pense que c'est ici que le grand homme s'est assis hier encore!... (Se retournant. ) ~\ oyez-vous, une place dans les vivres me serait peut-être plus agréable qu'une pension... parce que dans les vivres, sur une place de quinze cents francs, avec un peu d'économie, on peut mettre par an six ou
sept mille francs de côté ( Revenant au
bureau. ) Que c'est sur ce bureau qu'il a signé ses immortels décrets ; que cette plume encore mouillée d'encre est celle avec laquelle il signera peut-être mon brevet de pension ! Parce que , tout bien
considéré , voyez-vous, j'aime mieux une pension qu'une place ; cela n'entraîne pas à des heures de bureau; on se présente tous les trimestres seulement, — tous les trimestres , n'est-ce pas ?
CHARLES. Oui.
LABREDÈcnE. Soyez tranquille , je serai exact. — Ainsi donc , vous avez la bonté de me dire que vous regardez cette faveur comme accordée ?
CHARLES. Moi? point du tout!
labredèche. Je vous demande bien pardon , cela vous est échappé. Mais vous voulez vous soustraire à ma reconnaissance , c'est d'une belle ame, monsieur ! . . . Si je pouvais vous montrer la mienne, vous verriez qu'elle n'est pas indigne.. . — Ainsi voilà la plume , voilà la pétition. . . . . — Une signature , un Bonaparte , — je veux dire un Napoléon !... qu'il n'aille pas se tromper, diable !
en a bles. Je la mettrai sous ses yeux , voilà tout ce que je puis vous dire.
LABREDÈCHF , A part. Et moi je cours sui le chemin de Notre-Dame lui remettre celle-ci, parce que si celui Là m'oublie... {Haut.) Adieu, monsieur, adieu, mon bienfaiteur! je vais joindre ma voix à
toutes celles qui louent ; qui bénissent
Huissier, vous voyez ooinni avec
monsieur le secrétaire : — il dé; e que
napoléon 1 5
désormais j'entre toujours sans faire antichambre.
Charles. Huissier, vous voyez bien ce monsieur qui sort?
l'huissier. Oui , monsieur.
CHARLES. Eh bien ! reconnaissez-le pour ne jamais le laisser entrer.
CUiatricme ŒaMeau.
La fucrule des Toileries.