‹ Magasin théâtralChapitre 814 sur 1377 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Napoléon, secrétaire, envoyés, puis L'ESPION.

NAPOLÉON , aux envoyés. Toute l'Europe marchait avec nous il y a un an , toute l'Europe marche aujourd'hui contre nous.

Il me faut une levée de trois cent mille hommes ; dites en mon nom au sénat que je compte sur lui.

UN envoyé. Sire, le sénat vous supplie de tenter un dernier effort pour faire la paix , c'est le besoin de la France et le vœu de l'humanité. Le peuple aussi demande des garanties, sans cela il est impossible... APOLÉON. Messieurs, avec ce langage , au lieu de nous réunir , vous nous diviserez. Ignorez-vous que dans une monarchie le trône et la personne du monarque ne se séparent point...? Qu'est-ce que le trône ? un morceau de bois couvert d'un morceau de velours : — mais dans la langue monarchique, le trône — c'est moi. Vous parlez du peuple : ignorez-vous que c'est moi qui le représente par-dessus tout? On ne peut m'attaquer sans attaquer la nation elle-même. S'il y a quelque abus , est-ce le moment de faire des remontrances quand deux cent mille Cosaques sont prêts à franchir nos frontières ? "Y ous demandez au nom de la. France des garanties contre le pouvoir. Ecoutez la France , elle n'en demande que contre l'ennemi. — Si la France connaît parmi mes maréchaux un général plus capable que moi de repousser l'agression étrangère, qu'elle le nomme — et je lui remettrai moi-même mon épée.

Allez , messieurs , et portez mes ordres au sénat. (A un secrétaire.) Ecrivez : — Des ingénieurs seront envoyés sur les routes et dans les places du Nord. (A un autre secrétaire.) Ecrivez : — Les manufactures d'armes de Saint-Etienne, Liège et Maubeuge, mettront à la disposition du gouvernement...

PREMIER SECRÉTAIRE , répétant. Du Nord.

NAPOLÉON , allant à lui. Ils seront chargés de relever les vieilles murailles qui servent de rempart à la France... (A un autre.) Ecrivez: L'armée d'Allemagne vient

de rentrer dans nos limites par les ponts de Mayence.

DEUXIÈME SECRÉTAIRE . répétant. Du

gouvernement..,

NAPOLÉON. Cent cinquante mille fusils et trente mille sabres d'ici à quinze jours au plus tard. — Donnez.

(Il signe.)

TROISIÈME SECRÉTAIRE , répétant. Par les ponts de Mayence.

NAPOLÉON. Elle formera et étendra sa ligne depuis Huningue jusqu'aux sables de la Hollande. — Donnez.

PREMIER SECRÉTAIRE , répétant. Les vieilles murailles qui servent de rempart...

napoléon. A l'ancienne France ; de tracer des redoutes sur les hauteurs propres à servir de points de ralliement en cas de retraite.. . — Mettez le cachet, messieurs , et expédiez. — Dans nos retraites...

premier seérétaire. Je n'y suis pas , sire.

NAPOLÉON. Bien. (A un autre.) Mettez vous à mon bureau et écrivez : — M. le ministre de la guerre: — M. le trésorier de la couronne versera entre les mains du ministre de la guerre...

premier SECRÉTAIRE, répétant. Dans nos retraites...

NAPOLEON. Enfin de tout préparer pour la rupture des digues et des ponts qu'il faucha abandonner.

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TROISIÈME SECRÉTAIRE, répétant. Du ministre de la guerre ..

NAPOLÉON. La somme de trente millions.

LE ministre. Votre Majesté sait que le grand-trésorier n'a plus d'argent.

NAPOLÉON. Ah!... Eh bien! alors , déchirez... (Ecrivant.) Voilà un bon de trente millions sur mon trésor privé.

le ministre. Sur votre trésor privé?...

Votre Majesté sait que ces fonds étaient destinés à des placemens secrets pour assurer le sort de sa famille en cas de revers. . .

NAPOLÉON . sévèrement. Monsieur , l'empereur n'a rien à lui ; — l'argent qu'il possède appartient à son peuple ; et en cas de revers il léguera au peuple sa femme et son fils. — Allez ; messieurs — Restez , mon-

sieur le ministre ; j'ai des instructions à vous donner. {Déployant une carte.) Trois grandes armées se présentent pour entrer en France. Celle de Schwartzemberg pénètre par la Suisse ; l'empereur Alexandre, le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche la suivent en personne : elle offre un total de deux cent mille hommes. La seconde est commandée par le maréchal Blùcher ; elle a forcé le passage de Manhein et se jette dans la Lorraine : elle est forte de cent cinquante mille hommes. La troisième, sous les ordres du prince de Suède , renforcée des Russes de Voronzoff et des Prussiens de Bulow, après avoir traversé le Hanovre et détruit le royaume de Westphalie , s'est renforcée des Anglais de Graham et a pris la Hollande et la Belgique. — Elle est forte de deux cent mille hommes. — Ces forces rassemblées sont donc de cinq cent cinquante mille hommes , qui, en réunissant leurs réserves, peuvent être portées à huit cent mille. — Quelles sont les forces que vous pouvez mettre à ma disposition ?

LE ministre. Quatre vingt mille hommes à peu près.

napoléon. En tout?

LE MINISTRE. En tout.

napoléon. Ce n'est pas rjeaucoup. — Mais je les battrai séparément. Je tâcherai de ne les avoir que trois contre un. — Je les joindrai dans les plaines de la Champagne , — à Châlons ou à Brienne. — Faites partir le maréchal Victor , et qu'il annonce mon arrivée aux troupes. — Je pars cette nuit. — Adieu , monsieur le ministre. Prévenez l'impératrice et son fils que je vais passer chez elle, après avoir reçu les chefs de la garde nationale.

l'huissier. Sire, un homme est entré avec le mot d'ordre. — Il dit qu'il faut qu'il vous parle à l'instant même.

NAPOLÉON. Faites entrer. (Reconnaissant l'espion.) Ah ! c'est toi ! Eh bien ! qu'y at-il?

NAPOLÉON. 27

l'espion. Sire , — les ennemis les plus dangereux de Votre Majesté ne sont pas à la frontière.

napoléon. Parle vite.

l'espion. Une régence royaliste vient d'être organisée à Paris.

napoléon. Dans quel but?

l'espion. De ramener les Bourbons.

napoléon. Comment le sais-tu ?

l'espion. J'en suis membre.

NAPOLÉON. Quels sont les chefs?

l'espion. Voici la liste.

NAPOLÉON. Où se réunit-on ?

l'espion. Au château d'Ussé , en Touraine.

NAPOLÉON. Les Bourbons ! les Bourbons!

ils verront, si jamais les Bourbons régnent sur eux !. . . — Ainsi , ennemi à l'étranger , ennemi au dedans! — du sang sur le champ de bataille , du sang sur la place de Grève : — c'est trop à la fois. — Une victoire peut seule nous sauver ; il faut vaincre encore , toujours ! ( Ecrivant. ) Tiens, porte cet ordre à Fouché ; qu'il veille sur eux , — mais sans les arrêter... je ne le veux pas. — Sors par ici. Voilà les chefs de la garde nationale. (Entrent les chefs de la garde nationale.) Messieurs , — je pars avec confiance. — Je vais combattre l'ennemi. — Je vous laisse ce que j'ai de plus cher : l'impératrice et mon fils. — Jurez-vous de les défendre?

les chefs. Nous le jurons !

napoléon. Des lettres-patentes confèrent la régence à l'impératrice ; je lui ai adjoint le prince Joseph , comme lieutenant-général de l'empire. — Vous reconnaîtrez leur pouvoir et leur obéirez ?...

LES Chefs. Nous le jurons!...

napoléon. Monsieur le prince de Neufchâtel , tout est-il prêt pour mon départ ?

BERTniER. Sa majesté montera en voiture quand elle voudra.

napoléon. Allons embrasser ma femme et mon fils — pour la dernière fois peutêtre!...

(11 sorl. — Changement )

©«sterne ^ûbleai

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