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SCENE II

NAPOLÉON

(Il est assis sur l'affût d'un canon.— 11 fouette sa botte avec une cravache et se parle à lui-même.)

Allons , allons , Bonaparte ; — sauve

Napoléon ? (Se levant et courant aux artilleurs. ) Dans les rues , mes amis , dans les rues ; — les Wurtembergeois s'y encombrent. Trop haut donc , — vous pointez trop haut ! ( // pointe lui-même. ) Feu ! (On entend le canon ennemi qui répond et le sif-

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flcmcnt des boulets; quelques artilleurs tombent.)

UN artilleur. Sire, éloignez-vous.

NAPOLÉON. Nesoyez point jaloux, mes amis: — c'est mon ancien métier.

UN ARTILLEUR. Sire, c'est un véritable

ouragan «le fer... Eloignez-vous.

napoléon. Soyez tranquilles, men se-

fans; le boulet qui nie tuera n'est pas encore fondu. Ab ! les voilà qui débouchent au-delà de la ville! Courez, monsieur; que le général Pajol se porte sur ftfontereau par la route de Melun. Où donc est le corps du due de BeUune? Ab ! je les

tiens dans mes deux mains Je les liens

tous!... Faudra-t-il encore qu'ils me glissent entre les doigts !... BeUune , pourquoi n'arrive-t-il pas de l'autre côté de la Seine?

UN AIDE-DE-CAMP, accourant. Sire, il est arrivé trop tard pour passer la Seine à tems ; il était fatigué, il s'est mis à la poursuite de l'ennemi.

N vpoléon. Trop tard. .. fatigué ! Suis-je fatigué, moi ! Mes soldats sont-ils fatigués, eux? Non, nous nous comprenons trop bien pour être fatigués. Courez dire au général Château de prendre deux mille hommes de cavalerie el de couper la retraite.

UN AIDE-DE-CAMP. Il est tué.

NAPOLÉON. Château tué! c'était un brave. BeUune ! BeUune î... Ils ne veulent plusse battre. Ils sont trop riches, tous! Je les ai gorgés de diamans; il leur faut du repos

dans leurs terres, dans leurs châteaux !

( 4 un m'dr-de-camp.) Allez dire au général Gérard de prendre le commandement du corps d'armée du général Victor , et à Victor que je lui permets de se retirer dans ses tenes... Allez. Que de tems perdu!

LESSOLDATS, arrivant. Vive l'empereur!

NAPOLÉON, regardant aoec sa lorgnette.

Qu'est-ce qu'ils font donc? Comment le général Guyon n'est-il pas là avec ses chasseur, et son artillerie?

U x \ ide-dk-camp. L'ennemi les a surpris et a enlève'1 ses pièces.

NAPOLÉON. Ses pièces! Il a laissé prendre ses pièces! Allons, voilà qu'ils ne tirent plus maintenant!

UN artilleur , traversant. Des munitions! Camarades, avez- vous des munitions?

NAPOLÉON. Qui t'envoie?

l'artilleur. Le général Digeon.

napoléon . Comment Digeon ! Digeon , ce brave , lui aussi les munitions lui manquent ! Comment n'a- t-il pas pris ses précautions? Croit-il que mes batailles soient des escarmouches où l'on tire cinq cents coups de canon ! Lui ! lui ! un de nies

meilleurs généraux d'artillerie ! Allez, allez, il «'si trop tard, bus,!) pour la dixième fois s'échapper l'armée ennemie, que pour la dixième l'ois je tenais a liras

le corps!... D'où arrives-tu , toi?

l'estafette. De la forêl «le Fontainebleau.

NAPOLÉON. Montbrun la défend toujours , j'espère ?...

l'estafette. II a été obligé de l'abandonner aux Cosaques.

n\poléon. Ainsi, encore une victoire inutile; encore du sang perdu! Et tout cela, parce que Bellune n'a pas marché

assez vite! Fatigué! fatigué! et moi,

vais-je en berline? Ali! je ferai juger Dig par un conseil de guerre, et malheur a lui !

le général sorbier. Sire, vous savez que Digeon est un brave.

napoléon. Si je le sais! c'est justement parce que je le sais qu'il est plus coupable. Quel exemple pour les autres ! Monsieur le général , il y a des exemples qui sont pires que des crimes.

le général. Rappelez-vous sa belle charge de Champ-Aubert , ses deux chevaux tués à Montmirail, ses habits criblés de balles à Nangis ! . . .

NArOLÉON. Oui, oui; au fait, n'en par Ions plus.

(Une estafette apporte une lettre.)

NAPOLÉON, après V avoir lue. Murât aussi! Murât , pour qui je devais être sacré ; Murât , mon beau-frère ; il se déclare

contre moi! AUons , voilà l'armée de

Lyon devenue inutile.

un aide-de-camp. Un courrier.

NAPOLÉON. De qui?

LE courrier. Du duc de Trévise.

napoléon. Eh bien ! il poursuit l'ennemi du côté de Château-Thierry, n'est-ce \ .:?.. et il le reprendra entre lui et Soissons?...

LE COURRIER. Soissons est rendu.

NAPOLÉON. Quel est le général qui y commandait?

LE COURRIER. Le général Moreau.

napoléon. Ce nom-là m'a toujours porté malheur. Voilà encore un plan de campagne changé ! L'ennemi s'avance sur Paris par Villers-Cotterets et Nanteuil...

le courrier. Il est à Dammartin.

napoléon. A dix lieues de ma capitale ! Pas un instant à perdre pour la sauver — Allons, messieurs.... Ah! nous lui ferons payer cher son audace ! . . . Il s'aventure au milieu de nos provinces et nous laisse derrière lui pour lui fermer la retraite. Depuis le commencement de la campagne j'ai rêvé cette manœuvre. Partez, messieurs,

r»AroupON .

sur toutes les villes de guerre ; que les troupes Les abandonnent et marchent sur

Paris. Faites passer cet ordre par estafettes. Si Paris tient seulement deux jours, nous les prenons entre trois feux ; pas un n'échappe.

TOUS. Un courrier de Paris, un courrier de Paris!

napoléon. Que m'apportes-tu ?

LE COURRIER. Une lettre de M. de Lavalette.

NAPOLÉON , lisant « Sire , v< . i e présence »> est uécessàire à Paris , sur lequel l'en- » nemi marche de tous côtés. Si vous vou-

» lez que la capitale ne soit point livrée à » l'ennemi, il n'y a pas un seul inslaul à » perdre. » Oui, je vaudrais mieux qu'uni armée au milieu d'eux ; nia présence exci tera mes braves Parisiens. Monsieur li maréchal, je vous laisse le commandement des troupes. Marchez par Fontainebleau faites parvenir des ordres à Raguse el i Trévise ; qu'ils se hâtent, qu'ils marchent sur Paris. Des chevaux à ma voilure. Il faut que je sois dans ma capitale avant ce soir. Oh! quelle guerre! Qu'ils marchent sans retard à triple étape. Nous nom rallierons tous au canon de Montmartre.

Bmuttmt tableau.

Un salon Ja faubourg Saint-Germain.

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