SCENE VI
Les Mêmes , LE MINISTRE , le marquis de LAFEUILLADE.
LE MINISTRE. Mais comment doue , c'était une justice, mon jeune ami ; je mus enchanté d'avoir l'ait cela pour vous... Vous concevez : j'aurais voulu vous faire nommer maréchal de camp tout de suite... Mais cela aurait fait crier. Plus tard , quand vous aurez fait trois mois de garnison.
le militaire. Monseigneur. . .
le ministre, le regardant par-dessus l'épaule. Hein?
LE militaire. Je suis ancien militaire... J'ai vingt ans de service. On m'a renvoyé sans pension...
le ministre. L'heure de l'audience est passée. Revenez dans huit jours.
le militaire. Voilà deux mois que je viens chaque mardi , et qu'il m'est impossible de parvenir jusqu'à votre excel lence...
LE MINISTRE. Ce n'est pas ma faute.
LE militaire. Monseigneur, j'ai fait toutes les campagnes de la révolution et de l'empire.
LE ministre. Et vous demandez du service ? vous êtes bien heureux de ne pas
être exilé...
LE militaire. Exilé , pour avoir servi mon pays?
LE ministre. Non : pour avoir servi les jacobins et l'usurpateur.
le militaire. Monseigneur, il y avait au moins quelque danger à courir dans ce tems-là ; par conséquent , quelque honneur...
le ministre. Eh bien! allez demander récompense à ceux que vous avez servis.
LE militaire. Sont-ce là les promesses que l'on nous avait faites au retour du roi ?
le ministre. S'il fallait cpie sa majesté rendit compte ae sa conduite à tous ces...
LE MILITAIRE. Achevez , monsieur le ministre.
LE MINISTRE. Allons , allons ; je n'ai pa» le tems de vous écouter...
LE MILITAIRE . l 'arrêtant. Vous m'écoi
terez pourtant ! (.7 Lafeitilladc^ qui porte la main u son épée.) Oh! Laissez votre épéc où elle est, j< nue I m mu ne ; elle y est bien, {Au ministre.) \ ous m'écouterez , car je vous parle au nom de soixante mille braves, qui comme moi meurent de faim. Nous avez l'ail plus de mal à la France depuis un an, que nos ennemis eux-mêmes n'osaient le désirer; mais prenez-y garde! on n'essaie pas impunément d'avilir une nation , et vous l'avez essayé. ^ ous avez prodigué à des (-.liions et à des valets cette croix que nous n'osons plus porter, Je peur d'être confondus avec eux... Malheur à vous!
Vous ave/, substitué aux enfans de la patrie des hommes qu'elle ne connaît pas...
nés à l'étrangei , et qui ne sauront pas la défendre contre l'étranger.. Malheur à vous! Vous avez débaptisé nos victoin . renversé nos arcs de triomphe et reinplai Kléberet Desaix par Cadoudal et Pichegru. • Malheur à vous! Mais le teins n'ei pas loin où vous voudrez par toutes vos larmes payer nos larmes Ce ne sera pa assez! car nous voudrons du sang. Malheur, malheur à vous!... Allez, allez maintenant.
LE ministre. Gendarmes, arrêtez ecl homme.
LE MILITAIRE, Au moins me voila sûl d'avoir du pain...
(Le théâtre changr.) I
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