ACTE II, SCENE IX
sus
Mon frète !
LOWESD1.GIIKM.
Mon ami
VARGAS
Tu as échappé à l'Inquisition!
LOWENDÉGHEM.
Tu as survécu au massacre de Gand!
VARGAS
Et moi qui l'ai blessé, à mort peut-être.
LOWENDÉGHEM.
Et moi qui t'ai provoqué... pourquoi donc?
VARGAS
Hélas !
LOWESDÉGHEM, le repoussant.
Arrière... je me souviens.
VARGAS
Grâce, écoute-moi.
LOWESDÉGHEM, reculant.
N'est-ce pas un traître que je retrouve?
VARGAS, qui le suit en suppliant.
Non, non; un enfant dévoué de notre patrie.
LOWESDÉGHEM.
Le flatteur du roi, le secrétaire du gouverneur.
Oui, leur mauvais ange, qui conseille leurs fautes, précipite leur ruine, achevant par la ruse ce qu'il a commencé par la force.
LOWESDÉGHEM.
Le comte de Vargas enfin!
VARGAS
Robert d'Artewelde toujours !
LOWESDÉGHEM.
Dieu merci ! je meurs, et je ne serai pas le témoin de tant d'ignominie.
(Il tombe sur le banc de droite.) VARGAS, à ses genoux.
Grâce, pardon!... Oh! tu ne me quitteras point avec cet adieu! suis-je assez condamné! Je n'ai qu'un frère à qui je puisse confesser ma vie , qu'un cœur où je puisse épancher le mien ; et je viens de percer ce cœur, et cet ami expire en me maudissant!... Tu ne mourras pas sans me pardonner.
LOWESDÉGHEM.
Laisse-moi mourir.
VARGAS
Non , non : que le monde calomnie mon malheur, qu'il blasphème ma mémoire; peu m'importe! mais toi! oh ! c'est affreux!
LOWESDÉGHEM.
Assez, assez.
Écoute. — Mon Dieu, donnez-lui la force de ui'entendre. — Vaincu à Gand et laissé pour mort, j'ai juré de venger notre défaite. J'ai changé de nom ; je me suis glissé dans les con-
LE HOUHOEOIS DE G A INI).
-cils de la royauté espagnole, mais pour la perdre; dans le camp des ennemis de la Belgique, mais pour la sauver.
LOWENDÊGHEM.
Tais-toi, tais-toi... tu vas rne faire regretter la vie.
VARGAS
Si tu savais... J'ai tout sacrifié à notre patrie , mon nom, ma famille, mon honneur, mon ame peut-être... Et cela sans espoir de récompense ici bas, sans ambition encore... Tu dois me comprendre, n'est-ce pas? — Mon Dieu, donnez-lui la force de me répondre. — Mais c'est ta justice que j'invoque, ta bénédiction que j'implore.
LOWENDEGHEM , se soulevant.
EL bien! oui, oui, au nom de cette patrie éplorée, que tu sers, je t'absous et te bénis. Tu mérites encore la grâce du ciel... l'estime de ton frère... et l'amour de ton fils...
(11 retombe. )
VAnGAS.
Mon fils ! — mais je n'ai plus de fils ! — on
m'a dérobé mon enfant ! — Kst-cc que tu ne sais pas...?
LOWBNDÉGBEM , rilanl 11 existe ; je l'ai vu.
VAHOAS.
Mon fils existe... mon fils ' où est-il r qui est <•<• qui m'a pris mon enfant? Parle donc, malheureux !
LOWENDÉGHEM , râlant plus ba>.
C'est...
VAIIGAS.
Son nom , pour que je le retrouve ; son nom, te dis-je... son nom seulement. Réponds- moi donc !
LOWEnnÉGBT M
C'est...
VAIIGAS.
Oh ! oh ! — plus de regard , plus de voix , plus de souffle !
LOWENDÉGHEM , expirant.
Ah!
VARGAS
Mort !
( La toile tombe )
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