SCÈNE VI
LE DUC , VABGAS.
(Le duc et Vargas restent un moment comme altérés sous cette parole ; le Duc éclate enfin. )
LE DUC
Vous ai-je supporté avec assez de patience, monsieur ? A mon tour. Comte de Vargas , votre royal protecteur vous a imposé à moi comme secrétaire ; mais il ne vous a pas garanti contre le fouet et la corde.... et ici je suis grand justicier.
( Il va à la porte du fond. )
* Le Duc , don Luis , Vargns.
cflfa
VARGAS
Malheureux! qu'ai-je lait? je viens de rn'oublier pour la première lois devant le Duc... LE DUC , dans la coulisse du fond.
A moi , gardes !
VARGAS
Et vingt années de dévouement à la cause que je sers, perdues en un instant , perdues à jamais, perdues !
( Il va tomber assis auprès de la table de gauche, la tête
dans les mains, et les coudes appuyés sur la table J
LE DUC, revenant, aux gardes.
VARGAS
Maudite dépêche qui m'a fait me trahir !...
LE DUC, aux gardes.
Emparez-vous de cet homme.
VARGAS. Ses yeux tombent sur la lettre ; il la prend. Ah! que vois-je! ce qui m'a perdu pourrait-il me sauver?... Avant de me livrer aux mains de vos gardes, veuillez, monseigneur, jeter les yeux sur le post-scriptum de la lettre du roi.
LE DUC fait signe aux gardes de s'éloigner; il prend la lettre et lit.
« Non, Ferdinand, je ne veux pas que M. de « Vargas vous quitte... »
VARGAS
C'est-à-dire que Votre Excellence voulait m'éloigner de sa personne.
LE DUC , lisant.
« Je l'ai placé près de vous comme un autre « moi-même; n'oubliez pas qu'il m'appartient « corps et ame, et que, si je réponds de lame « à Dieu, vous répondez du corps au roi. — « Vous m'êtes cher, Ferdinand, comme un « fils, comme mon propre sang; mais vous « savez que, lorsque j'en ai de mauvais, je « n'hésite pas à me le faire tirer. Que par ainsi , « le ciel vous soit en aide ! »
VARGAS
Signé : « Moi, le Roi. »
LE DUC, froissant la lettre avec colère.
Odieuse politique! ne m'en délivrerai -je jamais? Est-ce que cet espionnage me poursuivra par-tout, jusque sur mon trône? Est-ce qu'il y a ici d'autre roi que moi?... Gardes ,
vous m'avez entendu !
(Les gardes s'avancent
VARGAS
Monseigneur, avant de braver la volonté de Philippe, songez au sort de don Carlos.
LE DUC
Comte de Vargas, c'est une menace qui ressemble à une prière. A genoux donc ou à la mort, choisissez ; votre sang ou votre honte , comme il vous plaira.
VARGAS
Votre Excellence est trop généreuse... la mort! la mort !... Gardes, je vous suis !
LE DOC
Allez.
LE BOURGEOIS DE GAND
VARGAS, î* part, ('arrêtant.
Que fais-je encore?... comme si j'avais le droit de mourir pour un misérable orgueil ! Ma mission n'est pas encore terminée ! ( Il revient pies de la table de gauche et s'agenouille.) O Belgique ! je te donne plus que la vie! ( Haut, se tournant vers le duc.) Qu'exigez-vous de votre secrétaire ?
LE PUC, lui remettant un papier.
Écrivez. « Je n'eus jamais de fils
(Vargas se trouble et laisse tomber sa plume; le Duc la ramasse et la lui donne. )
VARGAS, ayant écrit.
Après, monseigneur?
LE DUC
«Et si j'ai avancé le contraire, c'était men- « songe et intrigue... »