ACTE IV, SCÈNE VI
le mars qui nous enchaîne ; comme toi, je murmure aussi tout Las les noms de patrie et «le liberté.
Vous !
VARGàS.
Oui, moi! Dans le camp des ennemis de la Belgique, ne pouvant plus la défendre à cœur nu et à la face du glaive, j'ai cherché d'autres armes, la ruse, la trahison....
DON LUIS, reculant avec indignation.
La trahison !...
VARGAS, avec amertume.
Oh! tu ne m'entends pas; dans tes rêves de force et de jeunesse, il n'est pour toi qu'un seul courage, celui de la mort; qu'une seule route, celle de l'honneur.
ISEULT
Moi, mon père, je sais que vous avez toujours eu pitié de vos frères.
VARGAS
Oui, enfants; comme vous, j'ai ouvert mon cœur à toutes les larmes silencieuses de la Belgique; mais moi, j'ai pris sur mes épaules le fardeau des muettes douleurs de ma patrie, je me suis dévoué pour elle au crime et à l'infamie.
ISEULT, reculant avec horreur.
A l'infamie !...
VARGAS
Mais toi non plus, tu ne m'entends pas! Victime résignée , aine sans tache, tu ne connais le dévouement qu'avec la vertu, et le martyre que dans l'innocence.
DON LUIS, pressant Vargas.
Seigneur !
ISEULT
Mon père !
VARGAS
Laissez-moi tous deux, laissez-moi. — Depuis vingt ans je marchais seul dans ma voie , sûr de moi-même, en paix avec ma conscience : je vous ai rencontrés, et le doute s'est glissé dans mes pensées, et le remords s'est emparé de mon ame. Ne me retenez pas davantage ici entre la loyauté de l'homme et la pureté de l'ange, face à face avec votre vertu et votre innocence. Laissez-moi fuir : devant vous je n'éprouve que du remords; auprès du duc d'Albe je retrouverai ma résolution. ( Il va pour sortir par la porte du fond, et recule en disant : ) C'est lui !