JETTER, JÉRONIMO
( Ils sortent de la chambre à coucher du Duc avec une malle qu'ils portent ensemble. Arrivés au milieu de la scène, ils la déposent comme pour se délasser.)
JETTER
Ouf!
JEROMMO.
Courage; nous avons fini.
JETTER, s'asseyant sur la malle.
Raison de plus pour prendre notre temps.
JÉROMMO.
Paresseux !
JETTER
Et puis, Je'ronimo , prolongeons nos adieux ; car, après cette besogne, chacun de son côté : toi en Espagne, à la suite du duc d'Albe ; et moi ici, dans l'hôtel du nouveau gouverneur, le duc de Médina Céli.
JEROMMO.
Voilà deux jours à peine que nous sommes frères de corvée... et de table...
JETTER
Et dire que nous allons trinquer ensemble pour la dernière fois !
JEROMMO.
A qui la faute?
JETTER
Au duc d'Albe, qui nous quitte... malgré lui.
JÉROMMO.
A toi , Jetter, qui ne veux pas le suivre.
JETTER
En Espagne !
JÉROMMO.
Pourquoi pas?
JETTER
Impossible. Ton duc , que le ciel sans doute punit déjà de l'assassinat du comte d'Egmont, ton duc n'est plus gouverneur des Pays-Ras ; or ce palais est celui du gouverneur, et je suis un des meubles de ce palais : donc, je reste.
JÉROMMO.
Et moi je pars; car Philippe est le représentant de Dieu; le duc d'Albe est le bras droit de Philippe , et je suis le poignard du duc d'Albe.
JETTER
Voilà , tu es Espagnol et je suis Relge ; Vive le roi! c'est ta devise ; et la mienne : Vive la patrie! et sous cette livrée de serf, mon cœur
de Flamand bat plus libre chaque lois qu'un de ces hôtes insolents que l'étranger non- envoie fait ses préparatifs de départ... (Il se levé.) Ah ! par saint Georges! si l'année de l'Indépendance...
JÉROMMO.
Avait une cave comme celle du gouverneur, tu deviendrais un héros, n'est-ce pas?
JE1TER
Tu verrais !
JÉROMMO.
Kn attendant, Relge par nature, ivrogne par tempérament, meuble de cet hôtel par état, ne bouge d'ici que pour conduire tes hôtes, et n'ouvre la bouche que pour boire à leur santé.
JETTER
Allons donc boire à la tienne.
( Ils reprennent la malle, et vont sortir par la petite porte de gauche. )