‹ Magasin théâtralChapitre 900 sur 1377 · VARGAS, JETTE B, ISEULT · texte numérisé non relu

VARGAS, JETTE B, ISEULT

JETTER , paraissant à la porte du fond avec Iseult. Tenez , il est encore ici.

(Sur un signe d'Iseult, il sort. ) ISEULT.

Oh! mon Dieu, ne m'abandonnez pas.

VARGAS , se retournants

Vous , Iseult !

ISEULT

Oui, monsieur.

VARCAS, faisant un pas vers elle.

Pourquoi quitter à cette heure votre retraite?

ISEULT

Pour sauver vos jours.

VARGAS

Est-ce qu'ils seraient en danger ?

ISEULT

Venez, je vous dirai... suivez-moi.

VARGAS

Que je te suive! explique-toi d'abord.

Ailleurs. Venez donc.

VARGAS

Parle , ici , ici...

ISEULT

Don Luis...

VARGAS

Est-ce lui qui en veut à mes jours?

ISEULT

Oh!...

VARGAS

Je lui ai fait assez de mal

ISEULT

Don Luis, qui m'a conduite...

VARGAS

Au couvent de Sainte-Claire... Après ?

ISEULT

M'a écrit ce soir qu'une émeute se formait aux portes de Bruxelles , contre le duc d'Albe et contre vous.

VARGAS

Hein!

ISEULT

Et qu à la faveur des ténèbres, on viendrait assiéger cet hôtel , que les gardes wallones ne défendent plus , — pour en arracher, avant leur départ, le gouverneur et son secrétaire. VARGAS, marchant à grands pas.

Dieu m'aurait-il exaucé? II y a donc encore par cette ville quelques bourgeois résolus et dévoués, des héros populaires au sang qui bout, à la haine qui se souvient, au bras qui frappe! je n'osais plus l'espérer... Achève...

ISEULT

Don Luis s'est trouvé au milieu des factieux !

VARGAS

Ne l'appelle plus don Luis ; appelle-le Phi-

lippe; c'est le nom de ses aïeux, c'est le sien. — Courage, mon fils!

ISEULT

Vous vous trompez, seigneur; ce n'est point par des trimes qu'il veut servir la cause nationale. « Avertis ton père, m'écrit-il; je sauverai celui qui fut le mien... »

VARGAS

Leducd'Aîbe, son père! et il veut le sauver !... Oui dà ! jeune homme, nous verrons.

ISEULT

Je vous attends, mon père.

Iseult, que Dieu te récompense, car je te dois plus que la vie.

ISEULT

Venez donc.

VARGAS

Pars seule.

ISEULT

Et vous?

VARGAS

Moi !... je reste.

ISEULT

Mais vous n'y pensez pas... c'est tout-àl'heure qu'ils vont venir. (Allant à la fenêtre.) Voyez-vous ce point rougeâtre à l'horizon; ce sont eux qui incendient la porte d'Anvers. Le prince d'Orange est, dit-on , dans la ville, et se tient prêt à les soutenir.

VARGAS

Je reste, te dis-je.

ISEULT

Mais c'est une mort affreuse qu'ils vous préparent !

VARGAS

Je le sais Lien.

ISEULT

Une mort abreuvée d'ignominies, rassasiée de tortures.

Mais nous serons deux, n'est-ce pas?

ISEULT

Le duc d'Albe et vous.

VARGAS

Encore une fois, je reste.

ISEULT

Mais c'est de la folie.

VARGAS

Et ne me comprends-tu pas? Il est là, celui que je suivrai par-tout ; au pilori, sur la croix , dans l'enfer... le duc d'Albe est là.

ISEULT

Et vous ne voulez pas fuir sans lui !

VARGAS

Je veux que nous mourions ensemble.

ISEULT

Eh bien! nous serons trois, alors.

VARGAS

Comment ?

LE BOURGEOIS DE GAND

ISKll I.

Ce que mou, i, mii de V.u;;.i, lui DOUI von

maître, je puis bien le faire pour mon père moi ! Je reste poui partagei votre sort.

VARGAS

Oh ! c'est impossible!

I8EOLT.

Je saurai bien mourir, allez '

VARGAS, éperdu.

Toi !... par ma faute... non, cela ne sera pas; Iseult, ton dévouement me décide, je cède. Il faut fuir ; viens, viens.

ISEULT

Merci, mon père, merci.

VARGAS, allant pour sortir par le fond. Hâtons-nous.

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