VARGAS, JETTE B, ISEULT
JETTER , paraissant à la porte du fond avec Iseult. Tenez , il est encore ici.
(Sur un signe d'Iseult, il sort. ) ISEULT.
Oh! mon Dieu, ne m'abandonnez pas.
VARGAS , se retournants
Vous , Iseult !
ISEULT
Oui, monsieur.
VARCAS, faisant un pas vers elle.
Pourquoi quitter à cette heure votre retraite?
ISEULT
Pour sauver vos jours.
VARGAS
Est-ce qu'ils seraient en danger ?
ISEULT
Venez, je vous dirai... suivez-moi.
VARGAS
Que je te suive! explique-toi d'abord.
Ailleurs. Venez donc.
VARGAS
Parle , ici , ici...
ISEULT
Don Luis...
VARGAS
Est-ce lui qui en veut à mes jours?
ISEULT
Oh!...
VARGAS
Je lui ai fait assez de mal
ISEULT
Don Luis, qui m'a conduite...
VARGAS
Au couvent de Sainte-Claire... Après ?
ISEULT
M'a écrit ce soir qu'une émeute se formait aux portes de Bruxelles , contre le duc d'Albe et contre vous.
VARGAS
Hein!
ISEULT
Et qu à la faveur des ténèbres, on viendrait assiéger cet hôtel , que les gardes wallones ne défendent plus , — pour en arracher, avant leur départ, le gouverneur et son secrétaire. VARGAS, marchant à grands pas.
Dieu m'aurait-il exaucé? II y a donc encore par cette ville quelques bourgeois résolus et dévoués, des héros populaires au sang qui bout, à la haine qui se souvient, au bras qui frappe! je n'osais plus l'espérer... Achève...
ISEULT
Don Luis s'est trouvé au milieu des factieux !
VARGAS
Ne l'appelle plus don Luis ; appelle-le Phi-
lippe; c'est le nom de ses aïeux, c'est le sien. — Courage, mon fils!
ISEULT
Vous vous trompez, seigneur; ce n'est point par des trimes qu'il veut servir la cause nationale. « Avertis ton père, m'écrit-il; je sauverai celui qui fut le mien... »
VARGAS
Leducd'Aîbe, son père! et il veut le sauver !... Oui dà ! jeune homme, nous verrons.
ISEULT
Je vous attends, mon père.
Iseult, que Dieu te récompense, car je te dois plus que la vie.
ISEULT
Venez donc.
VARGAS
Pars seule.
ISEULT
Et vous?
VARGAS
Moi !... je reste.
ISEULT
Mais vous n'y pensez pas... c'est tout-àl'heure qu'ils vont venir. (Allant à la fenêtre.) Voyez-vous ce point rougeâtre à l'horizon; ce sont eux qui incendient la porte d'Anvers. Le prince d'Orange est, dit-on , dans la ville, et se tient prêt à les soutenir.
VARGAS
Je reste, te dis-je.
ISEULT
Mais c'est une mort affreuse qu'ils vous préparent !
VARGAS
Je le sais Lien.
ISEULT
Une mort abreuvée d'ignominies, rassasiée de tortures.
Mais nous serons deux, n'est-ce pas?
ISEULT
Le duc d'Albe et vous.
VARGAS
Encore une fois, je reste.
ISEULT
Mais c'est de la folie.
VARGAS
Et ne me comprends-tu pas? Il est là, celui que je suivrai par-tout ; au pilori, sur la croix , dans l'enfer... le duc d'Albe est là.
ISEULT
Et vous ne voulez pas fuir sans lui !
VARGAS
Je veux que nous mourions ensemble.
ISEULT
Eh bien! nous serons trois, alors.
VARGAS
Comment ?
LE BOURGEOIS DE GAND
ISKll I.
Ce que mou, i, mii de V.u;;.i, lui DOUI von
maître, je puis bien le faire pour mon père moi ! Je reste poui partagei votre sort.
VARGAS
Oh ! c'est impossible!
I8EOLT.
Je saurai bien mourir, allez '
VARGAS, éperdu.
Toi !... par ma faute... non, cela ne sera pas; Iseult, ton dévouement me décide, je cède. Il faut fuir ; viens, viens.
ISEULT
Merci, mon père, merci.
VARGAS, allant pour sortir par le fond. Hâtons-nous.