ACTE V, SCÈNE VII
LE nue.
Vous y étiez?
VARGAS
Nous nous y sommes battus, vous pour le roi , moi pour ma ville.
i.k nie.
Votre ville!
VARGAS
Car je suis bourgeois de Gand , moi !
LE DDC.
De Bruges , voulez-vous dire?
VAIIGAS.
De Gand, s'il vous plaît, monseigneur.
LK DOC
Albernot Van-Stad?
VARGAS
Robert d'Artewelde !
LE DUC, se levant.
Robert d'Artewelde ?
VAIIGAS.
Oui , Robert d'Artewelde.
LE DUC , marchant veis lui.
Le chef de l'insurrection flamande, que l'on a cru mon ?
VARGAS
Et qui a survécu à sa défaite pour la venger.
LE DUC, faisant un pas à chaque réplique.
Qui a changé de nom , et s'est glissé dans les conseils des rois...?
VARGAS
Pour les pousser au mal, et du mal dans la ruine.
LE DUC
Qui a sauvé le prince d'Orange de lechafaud de d'Egmont...?
VAIIGAS.
Pour donner un chef visible à l'insurrection dont il était l'ame.
LE DUC, arrivé à la table près deVargas. Qui a livré à mes adversaires mes plans de campagne...?
VARGAS
Pour faire d'un général invincible un soldat fugitif et sans armes.
LE DUC, retombant assis dans le fauteuil de dioite. O trahison !
VARGAS
Me comprends-tu, à celte heure? A ton tour d'être humble et tremblant devant moi. Je dépose mon fardeau; je jette mon masque. Après vingt ans de silence, d'abaissement, de sacrifice... muet, je parle enfin; esclave, je redeviens libre.
LE DUC, se levant.
Et, proscrit, tu vas payer de la vie ton indiscret orgueil. A moi quelqu'un! holà! gardes! Faux comte de Vargas, la faveur royale ne te couvre plus de son aile. Tu as oublié , Robert d'Artewelde, que ta tête vaut son pesant d'or. — Holà! quelqu'un! Jéronimo! est-ce que tout
E.1 BOUttG . DE OAMO,
dort dans ce palais? (A la porte du fond.) Fermée aussi; c'est donc une prison?
VARGAS
Mieux que cela, Utl tombeau. (Conduisant le duc à la fenêtre.) Écoute et regarde.
LE DUC, à la fenêtre.
Des gens armés se glissent dans l'ombre, et cernent cet hôtel.
VARGAS
Ce sont les frères de Robert d'Artewelde, les bons bourgeois de la Belgique, Flamands de pure race, qui viennent faire leurs adieux au duc d'AIbe et à son secrétaire.
LE DDC.
Ils enfoncent les portes.
VARGAS
Ce sont leurs haches qui s'essaient contre les murs de ce palais, avant de heurter nos poitrines.
LE DUC, se retournant et s'appuyant contre la croisée.
M'apprendrez-vous ce que veut dire ceci?
Comment! vous ne devinez pas? Or çà, ministre de Philippe II , quand vous réveillerezvous donc? Gouverneur delà Relgique, cornprendrez-vous enfin le peuple que vous vouliez asservir? Quoi! vous avez vécu, veillé, dormi dans cette pensée que le lion belge n'avait plus ni dents, ni ongles, et que les dix-sept provinces se laisseraient égorger comme des brebis! — Eh bien! sur notre passage, le lion secoue sa crinière. Juges de d'Egmont , voici que le peuple nous juge à notre tour.
(Cris et lumières au dehors.) LE DUC.
C'est donc une conspiration?
VARGAS
Une révolution.
LE DUC
Dont monsieur de Vargas est le chef?
VARGAS
Un plus digne, monseigneur: mon fils, ou le vôtre!... Choisissez.
LE DUC
Don Luis!