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LE DUC, VARGAS

LE DUC , en déshabillé , entre sans voir Vargas ; il s avance et s'appuie sur un grand fauteuil qui est près de la table.

Je ne pourrai donc pas trouver une heure de sommeil !... ( Il quitte le dos du fauteuil et vient s'asseoir sur une chaise placée à droite de la table.) Et l'on dit que, peu d'instants avant son supplice, d'Egmont dormait si bien qu'il a fallu l'éveiller.

VARGAS , qui a remonté la scène.

C'est vrai.

LE Dl'C *.

Je ne suis pas seul... De Vargas!

* Vargas, le Duc.

BOUKGEOIS DE <;AND.

VARGAS, descendant la scène.

Qui cherche le sommeil comme vous, monseigneur, en se parlant à lui-même.

LE duc.

Vous en êtes encore à vous disputer avec votre conscience?... je vous croyais acteur plus consomme.

VARGAS

C'est que, comme vous, seigneur duc, voici la dernière nuit que je passe...

LE DUC

En Belgique.

VARGAS

Et le dernier rôle que je joue.

LK DUC

Grâce à votre royal protecteur qui nous rappelle.

VARGAS

Grâce à vous qui nous en faites chasser.

le nue.

Moi !

VARGAS , s'appuyant au dos du fauteuil. Car, entre nous , vous seriez encore vice-roi des Flandres sans les fautes que vous avez commises comme gouverneur et comme gênerai.

le nue.

Monsieur de Vargas, vous oubliez à qui vous parlez.

VARGAS

A un homme qui punit de mort la vérité , dans la bouche de ceux qui , comme Egmont , ont le courage de la lui dire.

LE DUC

Prenez garde, alors!

VARGAS

N'importe! il me prend envie de vous la dire aussi, une fois du moins... cette nuit, par exemple. — D'abord, ce fut une grande faute que votre mission en Belgique. Celle-là revient tout entière à Philippe II, et à moi qui l'ai conseillée.— Successeur de Marguerite de Parme, vous avez exaspéré les partis qu'elle avait laissé naître. Vous avez pillé Tordes bourgeois, violé les privilèges des nobles, blessé la conscience des catholiques, irrité les passions des dissidents. Etablir le tribunal des Douze et l'Inquisition sur cette terre de foi chrétienne et d'antique liberté, c'était arroser, avec le sang des martyrs, les idées d'indépendance et de révolte. Les Flamands sont patients, monseigneur; mais, en promenant par leurs villes et par leurs campagnes vos soldats pour prendre leurs femmes, et vos échafauds pour prendre leurs têtes, vous leur avez mis la rage au cœur et le fer aux mains ; vous avez élevé des citadelles , brûlé des villes, saccagé des provinces, ce qui a rendu la guerre légitiment nationale; vous avez poursuivi les factieux à outrance, vous les avez traqués comme des bêtes fauves, ce qui les a réduits au désespoir, et à la nécessité de

mourii ou de vaincre*, Vetilà ce ûjne vous avet fait, monseigneur.

( Il s'assied dans le fauteuil en face du duc.) LE ni i .

Président du conseil des Troubles, ( onfident de Philippe II, de qui tenez-vous le droil di

censurer ma conduite?

VAUGAs.

Gouverneur, je viens de vous signaler m,. fautes; homme, faut-il que je vous rappelle vos crimes?

LE DUC

Parlez pour vous, monsieur; la gloire a baptisé ma vie.

VARGAS

Le meurtre a souillé votre gloire.

le duc!

Qui regarde à mon front y voit une couronne.

VARGAS

Qui regarde à vos mains y voit du sang.

LE nue.

Toute tête s'incline devant moi.

VARGAS

Comme devant le bourreau... (Il se lève.) Oui, votre nom est grand entre tous les grands noms du siècle. Frère d'armes de Charles- Quint , vainqueur de François Ier et de Bayard, rival du duc de Guise et du prince d'Orange, votre gloire est plus vaste que les Etats de Philippe, où le soleil ne se couche jamais. Mais votre cruauté est inséparable de votre gloire; et comme la rouille ronge le fer, le sang dévorera votre nom!

LE duc, se levant.

Don Juan de Vargas, avant de quitter les Flandres, il me reste encore une justice à faire, et je la ferai , pardieu !

VARGAS, à la porte de droite vers laquelle se dirigeait le duc.

En attendant , vous m'écouterez jusqu'au bout.

le duc \ Quelle audace!

( Vargas tasse la pointe de son poignard dans la serrure, puis en jette le manche. — Le duc , stupéfait , va s'asseoir sur le Lord d'un fauteuil placé à gauche. )

VARGAS, redescendant la scène.

Savez-vous, seigneur duc , que si je mourais cette nuit, votre tour ne tarderait pas à venir ? ( Silence du duc. ) Vous avez l'air plus vieux et plus brisé que moi. (Leduc se contient à peine. — Vargas revient près de la table , sur laquelle il s'appuie. )

Au fait, vous êtes mon aine, vous aviez cinq ans de plus que moi au sac de Gand.

LE DUC

De Gand !

VARGAS

Où, pour la première fois, nous nous sommes vus face à face.

* Le duc, Vargas.

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