I.E COMTE DE TOULOUSE
Et nous laisser abattre...
CHAULES , avec fierté. [ battu !...
On ne peut les tromper... mais on peut les com- Montrez-moi ce Tancrède, en champ-clos, au tran-
[ chant ,
Et qu'on ferme sur nous la barrière et le champ!
le comte de Toulouse. [ sonne ;
Tancrède aime bien mieux rire qu'on vous chan-
C'est un duel normand sans danger pour personne.
CHARLES
Sans danger !..
LE COMTE DE TOULOUSE
Le vainqueur est toujours ignoré, Et le vaincu, vaincu... toujours déshonoré : Or, cette nuit, après le saint pèlerinage, Ils vont élire un chef, peut-être davantage, Peut-être un roi , que sais-je?
CHARLES, avec autorité.
Il leur manque une voix.
Le dernier roi des Juifs est mort sur une croix ; Or, il faut, pour remplir son trône héréditaire, Une autre majesté que celle de la terre.
(Dans le fond le pèlerinage des Croisés et le récit des psaumes; l'armée traverse la scène et descend le mont Sion a travers les ravins. )
LE COMTE DE TOULOUSE
Chut! le pèlerinage. Ils vont tous aux saints lieux.
( A Raymond. )
Raymond, devancez-nous.
RAYMOSD, fermant sa chronique.
( La scène s'éteint. — Silence sur l'avant-scène. — L'action est
au fond du théâtre.)
Quel récit merveilleux !
Comme on fut aux lieux saints. Ce sera là le titre. Allons tout voir d'abord. Ah! c'est un beau cha-
[ pitre.
( Il rentre sons la tente: le pèlerinage continue.) CHARLES, à voix basse.
Trêve, mon oncle, trêve à de pareils débats; L'heure qu'on donne à Dieu ne se partage pas. A plus tard , à plus tard... Nos querelles , nos haines Sont , pour de tels moments, trop basses et trop
[ vaines...
( On entend les psaumes. )
Ces vieux chants de David , que David en ce lieu Et sur ce même mont chantait lui-même à Dieu, Sont des leçons pour tous; le front dans la pous- Le roi chante à Sion sa royale misère ; [ sière
Mon oncle , c'esl pai là qu il don étn imiu ' Le reste — vanité, vanité , vanité ! Mon onde, .liions prier. Voici votre bannièn
il1 vont si joindre aux Croisée; le comte (perçoit la bi ièn
de Godi froj
LE COMTE DE TOI LOI SE
Lorraine va devant. Toulouse est la dernièn
CHARLES , à Gabriel qui arrive du bas des ravins. I Tu restes, Gabriel '.'
m COBM ) DE roi i "i -K, attentif à l'ordre de la marche. Tancrède est an milieu !...
CHARLES, avec confusion.
j Ah ! — n'allons pas mentir à la face de Dieu '■ j ( IU joignent les I roi i el li pèlerinagi i ontinne. Toute l'arme* défile avec les bannières de chaque province el de chaqun
«".AIIRIEL, portant un vase d'eau fraîche dune main et un
I frais cueilli de L'autre.
C'est un rocher tout noir qui pleure goutte à goutte. Siloé vient du ciel, elle s'amuse en route...
( Il s'approche de latente de Lea.)
C'est égal , de l'eau fraîche... et puis, et puis ce long Beau lys que j'ai trouvé dans le bas du vallon... Cela vaut un baiser... Ah! ma fleur est tombée!...
( Il s'aperçoit qu'il n'a que la tige du lys. )
Oh ! pourvu qu'un passant ne l'ait [tas dérobée...
(II pose le vase à terre et court chercher son ! ISMAEL, ouvrant le fond de la tente.
Lea, Lea, j'étais un enfant du désert,
Libre comme les vents et les oiseaux de l'air;
Et j'ai plié mes pieds comme font les gazelles,
Comme l'aigle j'ai mis ma tête sous mes ailes ;
Je me suis fait esclave, un esclave d'un Franc ,
Et l'on joue avec moi comme avec un enfant.
C'est que l'amour, Lea , l'amour pour une femme
Est un vase d'or plein des faiblesses de I'ame.
C'est que ces fiers lions, quand tu les as frappés,
Viennent mourir, se plaindre et te baiser les pieds.
Gabriel !
( Il referme la tente, Lea s'évei I
GABRIEL, avec son lys.
Le voilà !
LEA , éveillée.
Ciel ! Seul !
GABRIEL, s'avançant doucement.
Elle sommeille?
Non... j'arrive toujours quand elle se réveille...
(A Lea.)
Voici...
LEA, effrayée.
Viens, près de moi...
( Elle le prend dans ses bras.) GABRIEL , lui présentant à genoux le lys et le vase.
Des fleurs... de l'eau du ciel...
Eh bien ! suis-je toujours votre ange Gabriel?
(Les dernières bannières des Croisés disparaissent dans les basfonds. Gabriel reste seul avec Lea. Le rideau tombe sur la scène calme et muette.)